Andrés Escobar descendu pour un but contre son camp

Andres Escobar défenseur Colombien descendu pour avoir marqué contre son camp

Le 22 juin 1994 la Colombie s’incline 2-1 face aux USA lors de son deuxième match de poules en Coupe du Monde. L’ouverture du score est l’oeuvre maladroite d’Andrés Escobar qui trompe son propre gardien. Deux semaines plus tard il est assassiné à Medellín pour ce but contre son camp. Quand le football dépasse toute raison humaine.

 

A l’heure où la Colombie de Falcao, Guarin, James Rodriguez et autres Jackson Martinez fait office d’épouvantail du football mondial, les Remplaçants décident de revenir sur un autre âge d’or de la sélection Colombienne malheureusement terminé dans le sang. Andrés Escobar qui a vu le jour 27 ans plus tôt dans cette même Medellín était en négociations en 1994 avec le Milan AC, dont il ne portera finalement jamais le célèbre maillot rayé. Formé à l’école de l’Atletico Nacional de Medellín, il débute chez les professionnels à l’âge de 19 ans où son impressionnante maîtrise et son élégance hors-pair vont rapidement faire de lui un joueur reconnu. Surnommé « Le Gentleman » le jeune Escobar connaît déjà la consécration en 1989 lorsqu’à 22 ans il soulève avec ses potes la fameuse Copa Libertadores(équivalent de la Ligue des Champions en Amérique du Sud). La même année avec son équipe de Medellín il affronte le grand Milan à Tokyo à l’occasion de la Coupe Intercontinentale. Les équipes Européennes de l’époque étaient alors rarement inquiétées par leurs homologues sud-américains, ce qui ne fut pas le cas du Milan AC cette année là. L’Atletico Nacional de Medellín emmené par Escobar, Perea, Gomez ou encore le célèbre Higuita tient tête pendant 119 minutes aux Gullit et autres Van Basten avant de s’incliner sur un but de Alberigo Evani. L’ossature de cette surprenante équipe de Medellín sera celle de l’équipe Colombienne qui échouera en demi-finale de la Copa America.

 

Atletico Nacional de Medellín en 89 lors de la Coupe Intercontinentale
Atletico Nacional en 89 lors de la Coupe Intercontinentale

Pour Escobar les portes de l’Europe s’ouvrent en grand après ces prestations majuscules et il s’engage en Suisse sous la liquette des surprenants Young Boys de Berne. Seulement voilà l’expérience s’avère être un échec et Andrés revient rapidement au bercail à l’Atletico Nacional. Nommé capitaine en club mais aussi en sélection, il est l’homme de base de Francisco Maturana qui est l’entraîneur à Medellin mais aussi sélectionneur des Cafeteros. En survolant les éliminatoires AmSud, les Colombiens offrent une solide alternative aux deux géants du football du coin : l’Argentine et le Brésil. En offrant même un jour de septembre 1993 un véritable récital face à l’Albiceleste qui verra les hommes de Maturana s’imposer 5-0 à Buenos Aires avec une prestation XXL d’Escobar et surtout de Carlos Valderama. En quittant le stade sous les olés, les Cafeteros ont changé de statut et se présentent lors de la World Cup de 94 aux USA comme les outsiders n°1.

 

La pression de tout un pays

Le peuple Colombien emporté par l’euphorie mise alors très gros sur une victoire finale de ses protégés. Les gens s’endettent et parient jusqu’à la folie. La pression populaire est alors énorme dans une Colombie corrompue et aux mains des narcotrafiquants qui eux aussi n’hésitent pas à se rendre chez les bookmakers. Autant dire qu’une mauvaise performance des footballeurs Colombiens au pays de l’Oncle Sam mettrait pas mal de monde en colère. Et inévitablement dans ce contexte ça commence très mal pour les hommes de Maturana, défaits 3-1 par la Roumanie de Hagi. Surtout que dans le même temps les USA ont battu la Suisse, ce qui signifie qu’une défaite au match suivant face à ces mêmes Boys Américains condamneraient alors les Cafeteros. Inutile de dire que la pression au pays est colossale, le matin du match Maturana trouvera une lettre qui fait peser une menace de mort sur tous ses joueurs en cas de nouvelle défaite. Les auteurs annoncent même qu’ils tueraient le milieu de terrain Gabriel Gomez si ce dernier était à nouveau titulaire. Tout en sachant que la mafia avait executé quelques heures plus tôt le frère de Freddy Rincon, milieu offensif et compagnon de chambre d’Andrés Escobar. Dans cette ambiance pesante, les Colombiens attaquent donc ce match la peur au ventre et le pire se produit quand le malheureux Escobar veut écarter un ballon en corner et le propulse dans son propre but. On peut voir dans le regard d’Escobar que pas mal de choses se passent et sa détresse est immense.

La Colombie s’inclinera finalement 2-1 et est éliminée par la même occasion. En rentrant au pays, l’ambiance est surréaliste : les parieurs sont en colère et les joueurs ont pour consigne de ne pas quitter leur domicile. Seulement voilà Andrés Escobar qui se sent « fautif mais pas coupable » selon sa petite amie de l’époque, décide d’aller boire un coup dix jours après ce match, avec quelques amis au bar « El Indio ». Rapidement reconnu et pris à partie par des clients éméchés il ne répondra jamais aux provocations et en quittant le bar à 1h du matin il sera à nouveau invectivé par trois hommes sur le parking du bar. Alors que le ton monte cette fois-ci, Humberto Munoz Castro sort son arme et dégaine à 12 reprises sur Escobar en hurlant « GOL! » à chaque coup tiré. Simple homme de main d’une organisation puissante en Colombie, Munoz sera arrêté puis condamné à 43 ans de prison. La corruption bien présente lui permettre finalement de sortir au bout de 11 ans pour bonne conduite.

Andres Escobar
D’abord abattu sur le terrain il succombera quelques jours plus tard sous les balles…

Andrés Escobar victime malheureuse de la colère débile de tout un peuple aura le droit à des obsèques nationales devant plus de 100 000 personnes. Celui qui sillonnait les rues de Medellín les soirs de Noël pour distribuer des cadeaux aux enfants possède depuis un monument à son nom dans sa ville natale. Cet acte inexpliqué qui a bouleversé tout un pays et toute la planète football n’a visiblement pas touché Javier Florez. En 2009 et à 24 ans cet ailier du club de l’Atletico Junior de Baranquilla, pris à partie par un groupe de supporters pour ses mauvaises performances sur le terrain a sorti une arme et a descendu de sang-froid Israël Cantillo Escamilla jeune électricien un peu trop agité.

Comme pour rappeler que le football dépasse bien souvent la raison humaine, loin de ces histoires de bus et autres insultes aux journalistes qui pour le coup pèsent pas bien lourd.
 

Elias TOUMI
@Sir_Elias_

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