Ballon d’Or – Tout va bien dans le meilleur des Mondes

Le Ballon d'Or

Mais tout ça pour ça ?! Sérieusement chère FIFA ? Des mois de tractations, de campagnes politiques dans tout ce qui ressemble de près ou de loin à des organes de presse par les finalistes, de faux suspens pour un final aussi mou et prévisible ? Pour l’année prochaine il va te falloir engager des scénaristes dignes de ce nom. Ça commence vraiment à se voir, que vous n’y panez que dalle au cinéma, messieurs de Zurich.

On va être franc. La cérémonie du Ballon d’Or 2013, c’était une sorte d’Academy Awards du pauvre. Non pas que les robes et les costumes brillent moins, que la salle de Zurich fasse peine à côté du Kodak Theater ou que les invités ne soient pas assez prestigieux. Loin de là. Les Pelé, Figo, Zidane, Beckenbauer et Platini étaient là dans leurs plus bels apparats pour représenter dignement le foot. Les Wags avaient sorti le grand jeu aussi, pour le plus grand plaisir du réalisateur de la cérémonie qui a bien pris soin d’envoyer la sauce niveau cadrage sur Irina. Le réel souci est plus dans le fond que dans la forme. Un peu comme un Mockbuster de chez Asylum ou Atlantic Rim a remplacé Pacific Rim, les millions de dollars en moins et les effets After Effect en plus. On s’est clairement emmerdé pendant cette heure et demi de cérémonie. L’ensemble manquait horriblement de rythme, les (trop ?) nombreux prix mettaient des plombes à s’enchainer. Et la présentation n’arrangeait rien, même si le sympathique Ruud Gullit essayait tant bien que mal d’envoyer de la vanne pour égayer une cérémonie qui à l’image de CR7, était bien trop serrée dans son costard. Les invités n’avaient pas grand-chose à dire. Alors oui, vous me répèterez que ce sont des footballeurs et pas des acteurs ou réalisateurs, des sportifs et pas des hommes de cultures et que donc forcément c’est avec le ballon qu’ils s’exprimeront toujours le mieux. Alors pourquoi calquer la formule sur ce qui se fait dans le cinéma ou la musique si elle n’est pas du tout adaptée aux gens qui y sont récompensés ? Le summum du ridicule sera atteint avec la question du spectateur français demandant avec beaucoup trop de fautes de syntaxes si Ribery viendrait au PSG un jour. De quoi lâcher pour de bon le foot, lâcher le sport dans sa totalité, éteindre une dernière fois la télé, prendre la bouteille de Whisky, vous savez, celle que l’on réserve généralement pour les moments les plus difficiles et se finir dans une chambre, chauffage et  toutes lumières éteints.

Mon préccccccccccieeeeeeux....

Mon préccccccccccieeeeeeux….

Ce que veut faire la FIFA c’est du Hollywood. Mission réussie niveau strass et paillette. Et c’est pareil pour le scénario de ce Ballon d’Or. Tout pue franchement la manipulation, le faux suspens et le mauvais jeu d’acteur. On n’ira pas remettre en question la légitimité de Cristiano Ronaldo à remporter pour la deuxième fois le trophée. Ses statistiques ahurissantes de l’année et son niveau de jeu en font un réel extraterrestre au même titre que Messi. Il n’y aura pas besoin de s’interroger sur les conditions d’attribution du Ballon d’Or déjà mainte fois discutées, que ce soit après les grands changements de 2010 ou avant. Les polémiques de ce type ont d’ailleurs toujours existé depuis la création du trophée. A travers cette grandiloquente cérémonie, la FIFA semble chercher à redorer au maximum son image bien ternie par l’affairisme. Pendant une heure et demie on nous balance à la gueule que le foot, c’est du rêve, de l’inaccessible, du mythe et des légendes. Et bien sûr on prend bien le soin de nous le répéter un maximum afin que ça rentre bien dans nos cranes.  On fait donc revenir Pelé un nombre incalculable de fois et souvent, sans trop de raisons, sur la scène. Et enfin on tente tant bien que mal de faire monter la sauce jusqu’à l’attribution du fameux Graal. Et là encore, ça ne marche pas. Parce que le rythme est foireux et que tout le monde connaissait d’avance le gagnant. Il n’y avait guère que la presse hexagonale pour légitimement espérer un vainqueur français. Enfin le Roi arrive sur scène, pour la troisième ou quatrième fois, ouvre l’enveloppe et annonce le nom. Et là c’est l’apothéose. Putain, 4 ans qu’il en a été privé le pauvre Cristiano, forcément il craque. Et les larmes de joie coulent sur les joues du lauréat, sur celles de sa maman et de sa fiancée. Le réalisateur prend bien le soin de nous le montrer sous plusieurs angles. Il aurait pu foutre des ralentis et une bonne musique de Hans Zimmer, qu’il se serait pas gêné.

C'est dégueulasse de se moucher comme ça mec.

C’est dégueulasse de se moucher comme ça mec.

Finalement, cette cérémonie était à l’image du lauréat CR7 et de son histoire. Du moins, de celle que l’on veut bien nous raconter. Une belle success-story qui débute dans la pauvreté à Madère sous l’éducation d’un père alcoolique. Puis des années de travail acharné et l’ascension inexorable vers la gloire jusqu’à devenir le roi de la planète football. Cristiano est passé du petit gamin pleurnicheur que ses potes surnommaient « la petite abeille », à une machine à gagner, prototype de l’être Alpha Plus imaginé par Huxley. Sa femme est parfaite, son style est parfait, ses 1000 abdos quotidiens lui donnent un physique indestructible et sur le terrain, rien dans son jeu ne laisse un millimètre de place au hasard.  Tout cela est bien trop beau pour que l’on y croit vraiment sans avoir l’impression d’assister à une mauvaise série TV des années 80 genre Santa Barbara du Football. Le personnage comme la FIFA et son ballon d’or, prend tellement soin à ne laisser dépasser aucune aspérité dans sa personnalité ou dans son style sur et en dehors des terrains qu’il n’a plus rien d’humain.  C’est la même chose pour le foot, du moins pour l’image dont veut en donner la FIFA. Tout doit être beau et bien ordonné dans la joie et l’allégresse des foules ahuries droguées au bonheur. Et si comme certains le prétendent, le football est en quelques sortes, un miroir des évolutions de nos sociétés, il y a franchement de quoi flipper pour la suite.

 

Cyril MORACHIOLI
@_Cym__

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