Bye-bye Villas Boas

André Villas Boas enchaîne les échecs à Londres

Le revers de ce week-end face à Liverpool  (0-5) aura été celui de trop pour André Villas-Boas. Ce matin, la direction du club de Tottenham a décidé de limoger son entraîneur portugais. Après son échec à Chelsea, c’est la deuxième fois de suite que l’ancien adjoint de José Mourinho est viré avant la fin de son contrat. Retour sur le parcours d’un précoce qui n’a cessé de se brûler les ailes.

André Villas Boas

Villas-Boas du temps où il était plus conquérant que Marco Polo.

Cela faisait quelques temps qu’on le sentait venir. Après un début de championnat mitigé (septième de Premier League après seize journées), l’entraîneur de Tottenham, André Villas-Boas, a été limogé de ses fonctions ce matin par le conseil d’administration du club. Déjà dans le viseur après la correction reçue à City il y a un peu moins d’un mois (6-0), le Portugais paye les conséquences de la lourde défaite des Spurs hier contre Liverpool, 5-0. Un revers de trop pour les dirigeants du club, qui n’ont sans doute pas supporté de voir leur équipe être rabaissée de la sorte par des concurrents directs pour la qualification en Champion’s League. Arrivé en juillet 2012, Villas-Boas part donc de Tottenham les mains vides. Malgré un bilan honorable (41 matches à la tête de l’équipe pour près de 60% de victoires), « The Special Two », comme on le surnomme, n’a pas permis aux siens de remporter un trophée que les supporters attendent depuis cinq ans. Après son échec à Chelsea, où il n’était pas allé au bout de sa première saison, une question se pose désormais autour du Lusitanien : a-t-il été surcoté ?

 

Un quadruplé et puis la chute

Assistant de José Mourinho pendant quatre ans à Chelsea et à l’Inter, André Villas-Boas a très vite porté le costume de futur grand manager. Un statut qu’il s’est construit grâce à son quadruplé historique avec Porto lors de la saison 2010-2011. Cette année-là, alors qu’il n’a que 33 ans, André Villas-Boas remporte le championnat, la coupe et la Supercoupe du Portugal. Il devient même le plus jeune entraîneur de l’histoire à triompher en Ligue Europa, grâce à la victoire 1-0 de son équipe contre Braga en finale. Attiré par ses bons résultats et son tempérament de meneur d’hommes, le propriétaire de Chelsea, Roman Abramovitch, fait des pieds et des mains pour le recruter. Le Russe, qui voit en lui le remplaçant inconditionnel de José Mourinho, débourse la somme de 15 millions d’euros pour lever sa clause libératoire. Hormis quelques sceptiques, le milieu du foot ne cesse de faire des louanges à celui qui prend alors les rennes d’un effectif où Franck Lampard n’a qu’un an de moins que lui. André Villas Boas ne le sait pas encore, mais sa trajectoire, si parfaite jusqu’alors, va prendre un chemin semé d’embûches, dont le licenciement d’aujourd’hui apparaît comme l’apogée.

Dans un vestiaire miné par les tensions, l’entraîneur portugais ne parvient pas à trouver la bonne formule. Lampard, Drogba, Terry : il se met à dos les cadres d’une équipe, qui n’acceptent pas ses choix. Et sur le terrain, les résultats s’en ressentent. Cinquième de Premier League au mois de mars, Villas-Boas est loin des objectifs visés par le club et Roman Abramovitch décide de mettre un terme à son contrat. Un choix payant car deux mois plus tard, Didier Drogba et les siens remporteront leur première Ligue des Champions sous les ordres de Roberto Di Matteo.

 

Un Mourinho version discount ?

AVB et Sir Alex

« Allez passe à la maison je te dis comment durer plus de 6 mois en Premier League »

Si Mourinho n’a pas eu une carrière de joueur très marquante (une soixantaine de matchs chez les pros), Villas-Boas lui n’en n’a pas eu et c’est là où le bât blesse. Plongé dans le monde du coaching depuis ses 16 ans, il voit le football comme un gigantesque tableau tactique où les joueurs ne sont pas des hommes mais des pions à placer le plus efficacement possible. Critiqué pour sa gestion humaine désastreuse, Didier Drogba, Emmanuel Adebayor et Brad Friedel vous le diront, Villas-Boas ne possédera jamais l’aura et la sympathie d’un Mourinho auprès de ses joueurs. Le deuxième élément important à mettre en avant dans le licenciement d’AVB c’est le mercato douteux des Spurs. En cédant Bale au Real Madrid, Tottenham et son président Lévy se sont allongés sur un véritable trésor de guerre culminant à 100M€. Cet argent n’a pas toujours été bien ré-investit, on pense notamment à Erik Lamela (30M€ et 2 titularisations en championnat) ou encore à Vlad Chiriches (9M€ pour 6 matchs). Certainement victime du mercato de ses dirigeants André Villas-Boas s’est retrouvé avec un effectif XXL et un tas de nouvelles têtes à intégrer. Mais s’il veut prétendre à être un grand manager à l’anglaise Villas-Boas doit poser sa patte et ses choix, vous imaginez Wenger, Mourinho ou Ferguson en son temps se voir imposer des joueurs par leur board ? Nous non plus.

Maudit à Londres, ces licenciements de Chelsea et de Tottenham ont fortement remis en cause les qualités de grand manager d’André Villas-Boas. On peut certes considérer qu’il a subi les dérives d’un système qui l’a mis sur un piédestal après seulement une saison victorieuse. Peut-être aurait-il mérité le droit de confirmer ses talents avant de prendre le commandement d’une équipe difficile à manœuvrer. Mais il s’est mis dans cette situation tout seul… Pire, en plus d’un statut de looser, le Portugais jouit désormais d’une image de sale type qu’il s’est forgé tout au long de ses conférences de presse durant lesquelles son air dédaigneux et ses sourires trop rares en ont énervé plus d’un. André Villas-Boas a sans doute voulu trop copier son mentor Mourinho. Mais, aujourd’hui, rares sont ceux qui osent encore faire la comparaison.

 

Nicolas DURDILLY
@NicolasDurdilly

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