Chelsea, le bonheur est dans le prêt ?

Chelsea fait dans le business du prêt

Sur la cinquantaine de joueurs sous contrat professionnel que compte Chelsea dans son effectif, 26 sont actuellement prêtés. Un nombre qui a de quoi étonner mais c’est une une politique choisie par les Blues pour permettre à ses joueurs de trouver du temps de jeu, mais aussi un excellent moyen de répondre au fair-play financier.

Ils sont tellement nombreux qu’un site référence leurs matchs, leurs buts, leurs progrès et leurs difficultés. Eux, ce sont la Loan Army de Chelsea. 26 joueurs prêtés par le club anglais aux quatre coins de l’Europe de Setubal à Trabzonspor en passant par l’Italie, la France ou la Belgique. Des noms connus comme Cuadrado ou Salah aux parfaits anonymes comme Houghton, Perica ou Delac. Une politique étrange qui peut interpeller, mais qui finalement est loin d’être vide de sens.

 

Du prêt artisanal au prêt industriel

Dans un pays où la tradition du prêt a toujours été féroce, le Chelsea version Abrahamovitch a toujours utilisé ce moyen pour servir un intérêt. Parlez-en à Alex par exemple. Acheté en 2004 par les Blues il va passer 3 ans en prêt du côté du PSV Eindhoven, le temps pour lui d’obtenir son permis de travail*, papier indispensable pour jouer en Angleterre. Une technique souvent utilisée par d’autres clubs du Royaume comme Arsenal en 2011 avec Joël Campbell notamment. Mais à l’époque on est encore loin des départs en masse de joueurs en prêt depuis Stamford Bridge. Les mouvements du genre se comptent alors sur les doigts de la main. En effet, seulement une quinzaine de Blues sont allés voir ailleurs le temps d’une saison entre 2004 et 2008. Parmi eux, on compte quelques noms ronflants en manque de temps de jeu comme Verón, Crespo ou Smertine et des espoirs devenus trop grands pour jouer en réserve mais trop légers pour la Premier League comme Carlton Cole, Forssell, Mancienne et Pidgeley. C’est en 2008 avec l’arrivée Michael Emenalo en tant que directeur sportif que Chelsea va considérablement changer de politique et devenir une véritable usine à prêts.

 

Des joueurs pas prêts

«Quand je suis arrivé, nous avions des super joueurs mais après eux, les autres étaient trop jeunes et leur niveau trop éloigné pour les intégrer. On essaie de réduire l’écart. Nous avons compris qu’entre 18 et 21 ans, un joueur se posait beaucoup de questions et n’arrivait pas au niveau de l’équipe première s’il ne jouait qu’avec la réserve. Alors on préfère les envoyer en prêt pour les mettre dans le grand bain et leur donner de la visibilité.» Le constat dressé par Emenalo est simple, l’académie de Chelsea ne forme pas de joueurs disponibles pour apporter immédiatement à l’équipe première alors il va falloir prêter les meilleurs d’entre eux le temps qu’ils explosent. Jusque-là rien de fou, mais Emenalo décide également d’acheter des jeunes joueurs prometteurs aux quatre coins du monde et les envoyer en prêt dans des clubs plus modestes. En 2008, la première vague de prêtés est partie et elle sème une trentaine de jeunes Blues formés au club comme Ryan Bertrand ou Scott Sinclair, ou piochés dans les centres de formation comme Sergio Tejera (Espanyol) et Fábio Ferreira (Sporting Portugal). De cette première fournée, les réussites sont relatives puisque aucun d’entre eux ne s’est imposé à Stamford Bridge, mais quelques uns mènent quand même une carrière honnête comme Jack Cork (Swansea), Michael Mancienne (Nottingham) ou Liam Bridcutt (Sunderland). Qu’on se le dise tout de suite, ce modèle prôné par Emenalo n’a jamais connu la réussite envisagée initialement, mais en le transformant légèrement Chelsea a assuré son avenir sportif et surtout financier…

 

Fair-play financier et gestion impeccable

Jusqu’en 2015, ils sont plus d’une centaine de joueurs à avoir connu les joies d’être prêtés par Chelsea, mais un seul est revenu pour s’y imposer, le gardien Thibault Courtois. Alors quel intérêt pour les Blues de faire perdurer ce modèle sportivement discutable ? Pour Emenalo c’est économiquement que cela se joue «Nous cherchons des moyens pour faire avec le fair-play financier. On a besoin de recruter jeune et d’avoir un réservoir». En gros, les scouts des Blues recommandent des jeunes joueurs au prix abordable dont on sait qu’il ne seront certainement jamais utiles à l’équipe première. Ces derniers sont prêtés en attendant que leur valeur marchande explose, dans ce cas, Chelsea n’hésite pas à revendre pour faire de belles plus-values. Les exemples de Ryan Bertrand (formé au club et vendu 10M€), Kevin De Bruyne (acheté 8M€ et revendu 22M€) ou Lukaku (acheté 20M€ et revendu 35M€) sont là pour appuyer cette thèse. Notons également que Chelsea ne fait pas uniquement dans le prêt de jeunes joueurs, les Blues n’hésitent pas céder des stars en manque de temps de jeu comme ce fut le cas pour Essien, Torres, Shevchenko ou le dernier en date Cuardado (acheté pourtant 36M€ quelques mois plus tôt). Des prêts bien évidemment payants où les clubs prennent en charge une partie du salaire du joueur. Selon le Daily Mail l’usine à prêts de Chelsea rapporte au club une manne estimée à 100M£ par saison, ce qui permet à José Mourinho de renforcer son effectif sans toucher spécialement au portefeuille d’Abrahamovitch. Un joli tour de force après des années folles d’achats à perte et de transferts fastes. Si la politique de Chelsea a de quoi rendre admiratif, certaines langues n’hésitent pas à se délier aux Pays-Bas et pas pour dire du bien.

Joueur prêtés par Chelsea en 2015/2016

 

« A Arnhem c’est bel et bien Chelsea qui commande »

En 2010, Chelsea se rapproche du Vitesse Arnhem modeste club de première division néerlandaise pour signer un partenariat « gagnant-gagnant », en clair, les baby blues sont prêtés prioritairement en Eredivisie. Ces dernières années ils sont une petite vingtaine à avoir étrenné le maillot jaune et noir (Matic, Atsu, Van Ginkel, Kakuta, Piazon) « ce partenariat marche avec le Vitesse parce que le championnat hollandais est un championnat qui joue bien, et aussi parce que le club tient ses promesses : quand ils disent qu’ils veulent un joueur, ils le font jouer.» 

Le club a progressé à vue d’œil grâce à la présence des jeunes prêtés, il se cale régulièrement dans les 5 premières places. Mais pour un ancien proche de l’entourage des deux clubs, Merab Jordania « A Arnhem c’est bel et bien Chelsea qui commande. Chelsea assume une partie de la masse salariale du Vitesse et prête un certain nombre de joueurs. Ce qui compte pour Chelsea, c’est le bon développement de ses joueurs et non que le Vitesse soit champion. » Un message qui fait allusion au fait que le club hollandais n’ai aucune chance de jouer la Ligue des Champions, car le règlement UEFA interdit à deux clubs liés financièrement de jouer la compétition, de peur d’un conflit d’intérêts. Une affaire qui n’est pas allée plus loin que ces accusations mais qui pourrait se reproduire dans d’autres pays puisque Chelsea lorgne du côté de la Belgique notamment pour y établir d’autres partenariats.

La politique de Chelsea en matière de prêts est novatrice en la matière, d’autres clubs de Premier League n’hésitent pas à suivre l’exemple des Blues comme Manchester City (18 joueurs prêtés la saison dernière). Si d’un point de vue financier la gestion est impeccable et la réponse est parfaite au fair-play financier avec de nombreuses plus-values sur des jeunes joueurs, c’est au niveau sportif que cela coince. Comment ne pas avoir un sentiment de gâchis ou de compassion quand on voit les carrières de mecs comme Matej Delac (23 ans et 9 clubs connus en prêt) ou Ulises Davila (prêté depuis 2011), car, après tout, malgré les chiffres positifs et les comptes bien garnis, c’est bien de football qu’on parle et pour ces joueurs pas sûr que le bonheur soit dans le prêt.

Elias TOUMI
@Sir_Elias_

 

* Selon la réglementation FIFA, pour obtenir un permis de travail « Le joueur doit pouvoir apporter une contribution significative au développement du football britannique de haut niveau, et pour cela il doit jouer 75% des matchs internationaux sur les deux dernières années et son pays doit faire partie des 70 premiers au classement Fifa »

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