Et toi, quel remplaçant es-tu ?

Quel type de remplaçant es-tu ?

On a tous connu un jour cette expérience. Bonnet sur la tête, couverture remontée sur les genoux. Etre remplaçant, c’est un art. Difficile de rentrer dans un match quand t’as pas débuté la rencontre. Pourtant, il y en a pour qui, c’est une situation banale. Parce qu’on tient à rendre hommage à ces mecs dont l’ego est froissé tous les dimanches, les Remplaçants font un tour d’horizon des différents « substitutes » en amateur.

Le joker

Ou plutôt le bouffon. Car on ne va pas se mentir, ce terme a été inventé pour passer la pommade aux remplaçants. « J’te prends comme joker ce week-end » te lance ton coach le vendredi soir. En clair, ton concurrent est meilleur que toi, mais bon, tes services peuvent être intéressants à un moment du match. Un mot t’irrite plus qu’autre chose : la hiérarchie. Etre le sous-fifre d’un de tes potes, ça te met hors de toi. Le week-end, t’arrives au stade sans envie. Ton seul plaisir, c’est d’échauffer le gardien : d’ailleurs il aimerait que t’arrêtes de viser les lucarnes et de tirer au-dessus, car il est tout, sauf prêt pour la rencontre. Pendant le match, t’observes attentivement ton concurrent : « Lui, meilleur que moi ?! Faut arrêter sérieux». C’est alors que le coach te lance : « On va faire souffler Karim. J’veux que tu sois décisif. Percute, percute! Sois bon! ». Tu rentres avec la pression. Tes premiers contrôles sont ratés. T’es pas dans le match. « Monsieur l’arbitre, changement s’il vous plait. »  Déjà ?! Et oui, Karim a soufflé. En dix minutes, il s’est refait une santé !

 

 

Le cireur de compèt’

L’essentiel de ta carrière est derrière toi. Depuis quelques années, tu sens que tes cannes commencent tout doucement à te lâcher. Le coach le sait, et te fait jouer du coup par intermittence. Toi t’aimerais descendre en réserve pour avoir du temps de jeu, mais il refuse : « J’ai besoin d’un homme d’expérience pour encadrer ce groupe jeune… » Alors, tu cires. T’es devenu l’homme du vestiaire. Celui que tout le monde respecte, mais qui joue dix minutes par match. Un seul sentiment te domine à chaque fin de rencontre : la frustration. T’en as ras-le-bol de porter les bidons d’eau et tenir compagnie au dirigeant sur le banc. Si seulement il connaissait quelque chose au ballon… Petit à petit, la pression monte en toi et un jour où le coach ne te fait jouer que cinq minutes, tu pètes les boulons… Insultes, menaces : tu lâches tout. Ca te soulage. Et surtout, tu descends enfin en équipe réserve !

 

 

Le puni

D’habitude, tu démarres toujours titulaire le week-end. Mais cette semaine, t’as vraiment déconné à l’entraînement. Ça a commencé avec ce retard lors de la dernière séance avant le match. Putain de dernière partie FIFA… T’as cru que t’avais le temps de la jouer (« Et oui, c’était contre le Barça ») mais les feux rouges sur le trajet t’ont mis dedans… Au lieu d’arriver sur la pointe des pieds, t’as pas pu t’empêcher de chambrer ton pote sur son look du soir. En même temps, un bonnet à pompon et un sweat trop court, on ne peut pas laisser passer ça ! Mais c’est surtout ton comportement durant les exos qui a fait craquer ton entraîneur: les balayettes à tes camarades pendant les tours d’échauffement, les coups du foulard à répétition lors de la passe à 10, et les consignes que t’as pas respectées parce que t’étais plus préoccupé à parler plutôt que d’écouter… Résultat, t’es sur le banc ce week-end. Quand t’as découvert ça sur la compo, ça t’as mis en rage : « Enc**** de coach, jamais le droit de déconner avec lui. » Pour te rattraper, tu t’es juré de lui rappeler qui était le meilleur sur le terrain. Le problème, c’est que ton remplaçant sort le match de sa vie contre le leader du championnat. Sur le banc, l’entraîneur est enthousiaste : « Il m’épate Francis aujourd’hui. » Et toi, tu ne peux que constater les dégâts…

 

 

Le sacrifié tactique

Toi aussi, le banc d’habitude, c’est pas ton truc. Titulaire indiscutable, t’es l’un des piliers de l’effectif. Mais aujourd’hui, il faut absolument gagner ce match contre cette équipe de bas de tableau. Le problème, c’est que les attaquants pêchent en peu en ce moment. Alors le coach tente un truc : sans jamais l’avoir testé à l’entraînement, il décide d’aligner une compo en 3-5-2 pour marquer un max de buts. Et toi, le latéral gauche officiel, t’es niqué. « Je sais que ça ne te fais pas plaisir, mais c’est pour le bien de l’équipe… » te lance-t-il avec une voix mielleuse. « T’inquiètes, je comprends. Pas de souci… ». Evidemment, c’est un mensonge. Qu’est ce qu’il fout bordel à faire ce changement de dernière minute ? Le pire dans tout ça, c’est que son idée ne fonctionne pas… Les mecs sont pommés sur le terrain et encaissent deux buts face à une équipe vraiment pourrie. A la mi-temps, le coach revient sur sa décision et te fait rentrer pour rééquilibrer le groupe. Finalement, l’équipe l’emporte 3-2 en toute fin de match. Et toi, tu te sens plus indispensable que jamais.

 

 

Le compte est bon

Cette convocation en équipe première, tu l’as tellement méritée. Trois ans que t’es au club, et que tous les week-ends tu joues avec la réserve. Mais cet été, tu t’es dis que pour grimper dans les échelons, tu devais mettre toutes les chances de ton côté. Alors t’as respecté à la lettre la préparation physique du coach. Au retour des vacances, t’étais le premier à l’entraînement. Et là, la verdict tombe : l’entraîneur t’embarque pour le premier tour de Coupe de France. Le problème, c’est qu’il t’a convoqué par récompense de ta ponctualité. Ce que tu peux lui apporter sur le terrain, il s’en branle. Il t’a pris parce qu’il n’avait personne d’autre et qu’un quatorzième homme, ça peut toujours servir. Tu passes le match sur le banc de touche à regarder tes potes galérer pour se qualifier, et ça te met hors de toi. Quand le coach te demande d’aller t’échauffer, il ne reste que 10 minutes, et tu devines le scénario qui t’attend : un remplacement à trois minutes de la fin du match, deux ballons touchés et à la douche… Sale journée. Mais bon, lundi au boulot, ça va pas t’empêcher non plus de te la péter : « Hey les mecs, j’ai joué en coupe de France ce week-end. »

 

 

L’erreur de recrutement

Il y a des joueurs qui montent en puissance au cours d’une saison. Mais toi, tu fais l’inverse. Arrivé au mercato cet été, t’as impressionné ton monde pendant les détections (même toi en vérité t’en revenais pas de tes prouesses…) Tu savais que tu étais au-delà de tes limites. Et petit à petit, ton niveau réel est revenu. De titulaire en équipe Une, t’es passé remplaçant en réserve. Une descente aux enfers qui t’as fait perdre confiance. Le doute t’envahit. A chaque fois que tu touches le ballon, tu fais le mauvais choix… Conséquence : tu ne joues plus que des bouts de matches dans des vieux patelins moisis. Tu sais que ton coach te fais rentrer parce qu’il a de la peine pour toi. Car au fond, il n’attend plus grand-chose de tes performances sur le terrain. Humilié, tu décides de partir à la fin de saison. Car il y a ce club qui te veut absolument, depuis que t’as cassé la baraque lors d’un match amical…

 

 

Le petit jeune

En temps normal, tu joues en U 19. Mais cette semaine, le coach des Seniors s’est pris pour Paul Le Guen. « Ras le cul de ces joueurs qui ne montrent aucune envie sur le terrain ». Il veut un électrochoc et décide alors de faire appel aux jeunes. Toi, t’es dans le lot et ça te fais plutôt plaisir. Tu sais que tu vas démarrer remplaçant mais tu t’en fous : t’es surclassé (Et ouai, tu peux pas test !). T’arrives au stade serein. T’es là pour « emmagasiner de l’expérience».  Seulement pendant le match, tu découvres une intensité que tu ne soupçonnais pas : « Putain ça charbonne en senior ! » Des tacles, des coups de coude, des insultes. « Ils sont fous les mecs ! » A un quart d’heure du terme de la rencontre, ton coach veut te lancer. Et toi, t’as la pression : boule au ventre et jambes molles, t’as pas trop envie de rentrer. A la fin du match, tu te fais chambrer sous la douche. « Oh minot, t’es blanc comme un linge, ça va aller ? ». Allez-y parlez, l’an prochain je vous prends votre place !

 

Nicolas DURDILLY
@NicolasDurdilly

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