Forlan, sauce samouraï

Diego Forlan vient de signer au Japon

Entre les déplacements, les nuits à l’hôtel, les mises au vert, les convocations en équipe nationale, les footballeurs professionnels modernes ont appris à voyager. Si à l’aube de leur carrière, beaucoup d’entre eux parlent de lassitude et d’usure, d’autres poussent le vice un peu plus loin et font du voyage leur spécialité. Diego Forlán est de cette race. De Milan à Manchester en passant par Porto Alegre ou Madrid, l’Uruguayen vient de poser ses valises et ses crampons au pays de Nintendo où après des débuts difficiles, il s’éclate comme un Pokémon sauvage dans les hautes herbes.

Historiquement, la force économique du Japon repose sur la puissance de ses exportations, où il occupe la 4ème place mondiale en la matière. Jouer à PES sur PS2 devant une télé Toshiba que vous êtes allés acheter au volant d’une Nissan, sont autant d’exemples qui vous montrent à quel point cette petite île volcanique de l’Océan Pacifique s’est imposé comme l’un des pays les plus puissants et influents du monde. Mais comme on est pas en cours de SES, faisons rapidement le rapprochement entre l’économie du Japon et ce qui nous intéresse un peu plus, le football. Inutile de vous refaire l’histoire du ballon rond au Pays du Soleil Levant, on l’a déjà fait il y a quelques mois, mais en tant que bons connaisseurs que vous êtes, vous savez bien que le Japon a pourtant failli dans un domaine : l’exportation de ses joueurs de football.

From Rio to Tokyo

Zico - Kashima Antlers

Zico sous les couleurs des Kashima Antlers en 1993.

Le championnat local, sous sa forme actuelle, est très jeune puisque le match inaugural de la J-League a eu lieu en mai 1993 alors que Raphaël Varane poussait ses premiers cris et qu’IAM dansait le Mia. Attirés par le vent de fraîcheur et l’exotisme du challenge, de nombreux étrangers se laissent tenter par l’aventure. Les joueurs qui posent leurs valises à Tokyo, Yokohama ou Kawasaki viennent en grande majorité du Brésil ou de Serbie et sont pour la plupart de parfaits inconnus. Le phénomène d’exode de stars en fin de carrière qu’ont pu connaître le championnat Américain au milieu des années 70 ou les pays du Golfe au début des années 2000 ne touche absolument pas la J-League. Les grands joueurs ayant foulé la terre Nippone ne se bousculent pas, notons tout de même la présence de Zico entre 1991 et 1994 et celle de Dunga entre 1995 et 1998. Le reste se résume à Patrick Mboma, Guido Buchwald, Dragan Stojkovic et beaucoup trop de Silva, Luis ou autres Emerson. Depuis le début de la décennie 2000, plus rien. Mais alors que diable Diego Forlán est-il donc allé faire là bas en 2014 ?

 

Un destin long à se dessiner

En débarquant début janvier dernier chez le Cerezo Osaka, Diego Forlán a surpris tout son monde mais s’est aussi rappelé au bon souvenir de la plupart d’entre nous. Le meilleur joueur de la Coupe du Monde 2010 avait, c’est vrai disparu des radars Européens depuis son départ en 2012 pour le Brésil et l’Internacional Porto Alegre. Aux côtés de Leandro Damiao, Andres d’Alessandro ou de l’ancien défenseur Romanista Juan, Diego Forlán va jouer une cinquantaine de matchs et inscrire sa petite vingtaine de buts en deux ans et demi. Si en Serie A Brésilienne, l’Internacional est à la peine (9ème en 2012 et 13ème en 2013), Forlán va tout de même garnir son palmarès d’un titre de Championnat Régional de l’Etat du Rio Grande do Sul en 2013.

Diego Forlan

Considéré comme une superstar au Japon, la carrière de Forlán a pourtant été longue à se dessiner. Des débuts prometteurs à Danubio et à l’Independiente qui lui permettront d’attirer l’intérêt de Manchester United qu’il rejoindra à 22 ans pour ne finalement jamais s’y imposer face à une concurrence inhumaine. C’est quatre ans plus tard que Diego Forlan va démontrer toute l’étendue de sa classe de buteur hargneux en ralliant l’Espagne et Villareal. En trois saisons dans le sous-marin jaune il torpille les lignes défensives à 65 reprises. Il monte en gamme lors de l’été 2007 lorsqu’il signe à l’Atlético Madrid où il va continuer à terroriser les gardiens de buts avec une moyenne de 28 buts par saison sur quatre ans. Cette aventure espagnole aura pour point d’orgue pour Forlán une Coupe de Monde 2010 de malade sous les couleurs Uruguayennes. Une quatrième place, un titre de meilleur buteur, de meilleur joueur et une cinquième place au Ballon d’Or à 31 ans. Après une dernière saison chez les Colchoneros il signe à l’Inter Milan où malgré toute sa bonne volonté il n’inscrira que deux simples buts en championnat. Un niveau en déclin, des buts de plus en plus rares, des jambes de plus en plus lourdes, Diego quitte l’Europe pour le Brésil pour la suite qu’on connait.

 

Forlán précuseur ou seul au monde ?

Avec une vingtaine de matchs déjà au compteur sous les couleurs d’Osaka depuis début 2014, en cumulant le championnat et la Ligue des Champions Asiatique, Diego Forlán a fait trembler les filets à 8 reprises. Sélectionné par Oscar Tabarez, pour son dernier Mondial avec le maillot de la Celeste sur les épaules aux côtés de Cavani et Suarez,  à 35 ans il rêve d’un dernier coup d’éclat à Rio.

Comme on vous l’a expliqué plus haut le Japon n’a jamais été une terre d’accueil prisée par les stars du ballon rond. Alors Diego Forlán va-t-il ouvrir une nouvelle voie royale vers l’Asie ou restera-t-il seule star actuelle de la J-League ? Le niveau du championnat local est encore à prouver et son exposition est quasi nulle en Europe. Pourtant la qualité de vie au Japon est l’une des meilleures au monde et on quand on voit la recrudescence de bons joueurs et même entraîneurs qui évoluent actuellement dans les championnats Chinois ou des pays du Golfe, on a du mal à comprendre pourquoi la J-League ne pourrait pas devenir le championnat à la mode dans les futures années.

 

Elias TOUMI
@Sir_Elias_

2 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.