Iñaki au Pays Basque

Inaki Williams premier joueur de couleur noire à marquer un but pour Bilbao

En 117 ans d’histoire, aucun joueur de couleur n’avait fait trembler les filets pour l’Athletic Bilbao. Depuis le 19 février 2015 cette étonnante statistique est tombée sous les crampons d’un jeune attaquant de 20 ans, Iñaki Williams né au Pays Basque de parents africains. Attention talent.

 

Dans la longue et belle histoire que nous raconte la Liga depuis 1928, seuls trois clubs n’ont pas eu le malheur de connaître la relégation. Si le Real Madrid et le FC Barcelone vous semblent des noms évidents, le troisième est carrément plus surprenant puisqu’il s’agit de l’Athletic Bilbao. Surprenant quand on sait que ses moyens financiers sont largement en dessous de ceux des deux géants mais surtout que depuis sa création le club ne s’appuie que sur des joueurs nés ou formés au Pays Basque. Une politique identitaire risquée qui nécessite des investissements dans la formation et surtout dans la détection. Pratiquement aucun jeune joueur Basque n’est passé entre les mailles des filets tissés par les Lions sur des terres pluvieuses et fertiles en talents (Telmo Zarra, Pichichi, Exteberria, Julen Guerrero, Llorente ou Javi Martinez pour ne citer qu’eux). Si cette saison ne déroge pas à la règle avec l’émergence du jeune milieu de poche Unai Lopez (19 ans), la Cantera a abattu une carte exotique pour accoucher d’une perle noire qui naquit en 1994 à Bilbao.

 

Ni**as in Bilbao

Alors qu’Iñaki Williams lutte depuis peu sur des terrains de football professionnel, ses parents ont du mener un tout autre combat à l’orée de la décennie 1990. Sa mère surtout qui a 16 ans a du fuir le Liberia ravagé par une guerre civile interminable qui fera 150 000 victimes. En s’installant au Ghana elle rencontrera son futur mari et père de ses enfants. Les deux jeunes Africains décident ensuite de franchir la Méditerranée pour s’installer en Espagne en plein cœur du Pays Basque à Bilbao où ils donneront naissance au petit Iñaki. Après avoir commencé à travailler dans l’agriculture, les parents Williams quittent la côte Atlantique pour poser leurs valises un peu plus au sud à Pampelune. Si pour sa mère l’aventure s’arrête avec la chance de trouver un emploi dans un supermarché, pour son père le terminus se fera à Londres.

Inaki Williams bébé

Histoire familiale atypique, parents séparés et couleur de peau loin d’être banale pour un petit Basque de naissance, Iñaki Williams n’a fait dans la simplicité pour se présenter à la vie. Et pourtant comme pour beaucoup de gamins au destin cahoteux, le ballon rond est un exutoire fabuleux dans lequel il y trouve sa passion qui se transformera en métier. Trop fort, trop rapide et tout simplement trop talentueux pour le CD Pampelune où il tapait ses premiers ballons, il est rapatrié en 2012 par l’Athletic Bilbao pour intégrer ses équipes de jeunes. 38 matchs plus tard, la ligne de stats d’Iñaki indique 34 buts, ce qui lui ouvre les portes de la réserve dans laquelle il va continuer d’écraser les défenses au point d’être nommé meilleur joueur de la Segunda B.

 

Ramalho, Torino et Carvajal

Son rendez-vous avec la Liga, Williams l’a pris le 6 décembre dernier contre Cordoue et malgré la défaite il avoue vivre un véritable rêve, lui qui posait déjà tout petit avec le maillot des Leones. Si voir un joueur noir avec le maillot de Bilbao sur les épaules fut une véritable surprise pour la plupart d’entre-nous, Iñaki Williams n’est pourtant pas le premier. En effet, le défenseur Jonas Ramalho né à Barakaldo d’un père congolais et d’une mère espagnole avait déjà cassé cette barrière en 2011. Mais l’histoire s’est écrite pour Williams dans le Piémont à la 9ème minute du match opposant l’Athletic à Torino en 16ème de finale de la Ligue Europa en février dernier. En marquant à bout pourtant du tibia il n’aura pas pu empêcher son équipe de se faire éliminer au retour mais nous a offert un petit aperçu de son potentiel. Longiligne attaquant d’1m86 et fan de Van Persie, son plus beau coup d’éclat remonte à son match de la semaine dernière contre le Real Madrid. Martyrisant Carvajal par ses appels de balle incessants, sa vitesse et sa puissance il est sorti sous une standing ovation réservée par la cathédrale de San Mamés.

Alors que la France du football a vibré au rythme des choix nationaux de Nabil Fekir, Williams a déjà annoncé qu’il souhaitait évoluer sous les couleurs rouges de l’Espagne déclinant du coup une proposition du Ghana déclarant notamment que « même si mes racines sont Africaines, je suis né ici, j’ai grandi ici, je suis Basque ».

Iñaki Williams reste pour l’instant une solution de remplacement en attaque à Bilbao derrière les incontournables Aduriz, Sola et Toquero. Son éclosion au plus niveau n’est plus qu’une question de temps et cette fois-ci c’est sûr on attendra pas 117 ans pour voir à nouveau un joueur de couleur planter un but pour l’Athletic Bilbao.

 

Elias TOUMI
@Sir_Elias_

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