Insigne, Immobile, Verratti, les joyaux des Abruzzes

Verratti, Insigne et Immobile sont prêts à exploser

Les italophiles le savent bien, les Abruzzes regorgent de trésors. Architecturaux, comme le centre historique de la magnifique Aquila, malheureusement sinistrée depuis le séisme de 2009. Naturels, de par son environnement unique où vallées et sommets pelés se voient dominés par le majestueux  massif du Gran Sasso. On va s’arrêter là pour le guide touristique et laisser ça à des pros. Ici on parle de football, de près ou de loin, certes, mais uniquement de football. Alors en ce qui concerne notre domaine de compétence, les joyaux des Abruzzes qui nous intéressent, ils ont joué au Delfino Pescara 1936.

 

Le club est un habitué de la Série B, avec seulement six participations dans l’élite italienne. S’il a vu quelques stars porter ses couleurs, à l’image des brésiliens Junior et Dunga, on ne peut pas dire qu’il soit l’un des grands fournisseurs de talents du Calcio. Pourquoi parler de cette sympathique petite équipe qui n’a pour elle, que de représenter une très belle ville d’une très belle région et de n’avoir gagné que deux titres de Série B en 87 et 2012 ? Justement pour ce dernier trophée glané et les artisans derrière ce succès. Les principaux architectes sont au nombre de trois, Marco Verratti, Lorenzo Insigne et Ciro Immobile.

Aujourd’hui, ces noms font autant frémir d’envie les supporters que les portefeuilles des dirigeants des grandes équipes européennes.  Pescara a donc accédé à l’élite du Calcio en grande partie grâce à leurs prestations d’une toute autre classe que la seconde division dans laquelle ils évoluaient. Malheureusement pour l’équipe qui arbore un petit dauphin sur la poitrine, les trois se sont envolés pour des cieux plus ensoleillés, façon de parler, où ils pourraient laisser exploser leurs talents à la face du monde.

 

Verratti, le petit prince du milieu

Le plus connu de notre côté des Alpes c’est assurément Marco Verratti, le seul natif de Pescara. Pour cause, ce gamin de 19 ans, il y a peu inconnu par le grand public, s’est vu propulsé sur le devant de la scène lors du mercato estival par le recrutement cinq étoiles d’un PSG pétri d’ambitions démesurées. Pourtant les grosses cylindrées s’étaient mises sur sa piste depuis bien des mois, avant même que le championnat de Serie B ne se finisse. En pole position figurait la Juve de Conte. Ça tombait particulièrement bien. Verratti a toujours affirmé rêver d’y évoluer. Dans ses interviews données lors de la saison 2011 à des médias italiens enthousiasmés par la découverte de celui qu’ils appellent déjà « Le Pirlo des Abruzzes », ses propos sont clairs à ce sujet : « Pour moi, il n’y a que la Juve. C’est là où jouent mes idoles Del Piero et Pirlo. Ça serait un rêve de jouer avec eux. ». L’histoire semblait écrite à l’avance. La Vieille Dame allait recruter le jeune milieu défensif créateur pour préparer sereinement la suite d’un Andrea Pirlo en fin de carrière.

C’était sans compter sur une fâcheuse habitude que les grands clubs italiens ont un mal fou à perdre. Celle de ne jamais faire confiance aux jeunes. Dans le même temps, le PSG propose à l’attention de Pescara une confortable valise remplie de billets à la hauteur de 11 millions d’euros auxquels il faut rajouter un bonus confortable de 5 millions. Deux obstacles se mettent en travers du chemin de la Juventus. Non seulement, ses dirigeants n’oseront jamais mettre autant pour s’attacher les services d’un gosse qui n’a brillé qu’en deuxième division, mais en plus le projet sportif proposé ne lui donne pas la place de titulaire espérée. « A la Juve on parlait du futur, au PSG du présent. » dira Verratti dans les colonnes de la Gazzetta dello sport. Le joueur affirme pourtant qu’il aurait suffi aux turinois de faire une offre de 8 millions pour que Pescara préfère l’envoyer dans le Piémont plutôt que dans la capitale française. C’est donc un rendez-vous manqué entre le petit milieu de terrain et son club de cœur. L’Italie, elle, n’a pas du tout apprécié voir un de ses espoirs les plus prometteurs se barrer de la péninsule pour un championnat moins côté mais où une certaine équipe paye mieux. Il y a de quoi. Il aura fallu que 2 matchs pour que Verratti s’impose pour de bon dans l’effectif parisien et devienne par la même occasion, probablement le meilleur milieu de terrain de la Ligue 1.

Dans le jeu, l’abruzzese justifie grandement les surnoms le comparant à l’illustre Pirlo. Même poste, un milieu défensif d’un type particulier et assez rare que les italiens appellent « regista ». Même tendance à faire jouer l’équipe, voir le match dans son ensemble à son rythme. Ses principales qualités sont donc la régulation du jeu au milieu de terrain et sa distribution de ballon vers l’attaque.  Pour cela, Verratti possède une très grande qualité de passe, qu’elle soit courte ou longue, un peu comme qui vous savez. Avec déjà deux passes décisives cette année, l’artiste ne cesse de progresser dans ce registre-là. Il y a ensuite sa capacité d’éliminer l’adversaire sur un dribble, un crochet, geste qu’il maîtrise particulièrement bien. Les autres milieux et défenseurs de Ligue 1 ne vous diront pas le contraire.

Enfin pour ressembler totalement à son maître, il lui reste tout de même à peaufiner quelques aspects de son jeu. Pour le moment le Parisien ne marque pas. Seulement 3 buts dans tout l’ensemble de sa carrière pro. C’est peu, même s’il n’affiche que 19 ans au compteur kilométrique. Sa palette technique ne souffrirait pas de s’enrichir d’une meilleure qualité de frappe sur coups de pied arrêtés et dans le jeu.  Disciplines dans lesquelles le grand Andrea Pirlo est devenu l’un des plus grands spécialistes de l’histoire du football. Il faudra aussi penser à changer un peu de look, histoire de ne plus ressembler à un personnage random du menu de création des joueurs d’un jeu de foot PS2. Mais voilà, Verratti a encore du temps devant lui, beaucoup de temps, enfin suffisamment pour qu’il se laisse pousser une belle chevelure. A 19 ans il affiche déjà une sérénité très rarement vue ailleurs à un même poste. Il a aussi réussi le plus difficile pour un jeune joueur, aussi talentueux soit-t-il techniquement, s’imposer dans un effectif de qualité comme le PSG 2012 – 2013. Ce départ de la péninsule vers une équipe plus apte à lui donner du temps de jeu est une bénédiction pour lui. A la Juve il serait tombé face à Pirlo, qui fort d’une saison 2012 excellente et d’un Euro monumental ne risquait pas de laisser grand-chose à Verratti.

L’Italie ne peut s’en prendre qu’à elle-même si sa nouvelle pépite s’en est allé vers d’autres cieux. Parier sur les jeunes n’est pas dans la culture des grands clubs du pays. Chose qui va devoir changer rapidement, tant les liquidités font cruellement défauts du côté des institutions footballistiques de la botte. C’est cette carte là qu’ont joué le Napoli et Genoa en recrutant, respectivement, Insigne et Immobile.

 

Petit Insigne deviendra grand

Lorenzo Insigne, lui, n’a absolument rien d’un mec des Abruzzes. Non son style à lui c’est plutôt le marcel blanc qui laisse apparaitre ses gros tatouages, les lunettes Carrera et bien sûr, la coiffure impeccable à la cire. Ce n’est pas pour rien, le gosse est né en 1991 à Frattamaggiore, près de Naples. Son, séjour dans la calme ville de Pescara ne lui a pas fait adopter le style local, bien plus discret. Mais comme nous nous appelons les Remplaçants et non les stylistes, ce qui nous intéresse chez ce jeune garçon c’est plutôt ce qu’il fait avec ses pieds et un ballon taille 5.

Sur le terrain, Insigne est un hybride. Cela ne signifie pas qu’il est le fruit de manipulations génétiques pour en faire un super mechafootballeur du IVe Reich, mais juste que son style se situe à mi-chemin entre Lavezzi et le grand Del Piero. Ce qui tombe très bien, puisque ce dernier est aussi l’idole du jeune attaquant. Et de 90% des autres attaquants ou joueurs à vocation offensive de la péninsule d’ailleurs. « Je m’inspire de Del Piero. Je regarde ses buts depuis tout petit et j’essaie de copier ses tirs enroulés. » Insigne est donc un attaquant de soutien moderne, rapide, agile, doté de frappes puissantes, d’une technique facile et d’une plutôt bonne vision du jeu. Ses qualités font qu’il peut aussi bien évoluer sur les côtés, que dans le rôle d’un numéro 10 juste derrière l’attaque. Lors de la saison  2011 – 2012 qui l’a révélé au grand public avec ses potes Verratti et Immobile, il a inscrit quelques 18 pions en 37 rencontres. Un bien bon rendement auquel il faut ajouter la plus-value artistique, tant ses buts sont le plus souvent spectaculaires. Le Napoli ne s’y trompe donc pas, Lavezzi son argentin préféré depuis «  El Pibe » étant parti pour le PSG, son trio des merveilles semblait perdre un certain éclat. Les Azzurri ont alors profité du mercato estival pour rappeler celui qu’elle a formé jadis au sein de ses effectifs des jeunes puis envoyé en prêt aux quatre coins de la botte.

Sur le papier c’est bien joli mais pour l’instant le seul endroit où le jeune Lorenzo a confirmé son talent c’est en seconde division Italienne. Il lui reste donc à s’affirmer dans un club comme le Napoli où le secteur offensif est une monarchie dirigée par le roi Cavani et son prince Hamsik. Ce n’est clairement pas gagné d’avance, même si les supporters ont déjà adopté l’enfant du pays. Cela n’empêche pas certains observateurs  de totalement s’enflammer lorsqu’il s’agit d’évoquer Insigne.  A l’image de son coéquipier chez les Azzurri, Goran Pandev qui n’y va pas vraiment avec des pincettes niveau comparaison : « Insigne est très fort et a beaucoup de personnalité.  Dans ses actions, il me fait penser à Messi. » Rien que ça. Il n’y a rien d’étonnant finalement à ce que le PSG en pleine période de chasse de stars passées, actuelles et en devenir, se montre plus qu’intéressé par le profil du jeune Italien. A voir les premiers résultats de l’ancien-coéquipier, Verratti au Parc des Princes, le club aurait tort de se priver. Il lui faudra probablement faire transiter un peu plus de fonds du Qatar que prévu. Lorenzo Insigne a signé (haha) avec le Napoli jusqu’en 2017. Le joueur ne cesse de prendre de la valeur à mesure qu’il enchaine les bonnes prestations. Il n’en est certes qu’au début de sa saison et n’a pour le moment marqué qu’un seul but sous le maillot napolitain. Reste que sa valeur marchande a triplé en l’espace de seulement neuf mois et culminerait pour le moment à 7.5 millions d’euros. Le PSG devra au moins mettre le double pour pouvoir l‘aligner aux côtés de Zlatan.

Si un hypothétique transfert ne pose aucun problème au niveau financier, c’est plutôt au niveau sportif que c’est plus compliqué. Le prometteur attaquant est retourné au sein de son club formateur avec l’assurance que l’entraineur du Napoli, Walter Mazzarri lui réserverait une place de titulaire sur le front de l’attaque. Les Partenopei placent effectivement beaucoup d’espoirs en lui pour les saisons à venir. Tout comme le reste de l’Italie. Un nouveau départ de l’un de ses plus grands espoirs de fuoriclasse vers la Ligue 1 serait vécu comme un véritable camouflet inacceptable par les supporters et par l’Italie du football. Mais à une époque comme la nôtre, l’honneur et l’attachement au maillot semblent être des concepts venus d’un autre âge.

 

L’intenable Immobile

S’il arbore une coiffure blonde plutôt étonnante pour un gamin de la banlieue de Naples, Ciro Immobile est lui aussi un adepte du pot de cire fixation extrême. C’est le plus âgé des trois lascars qui nous intéressent dans ce papier, 22 ans et déjà un certain parcours dans plusieurs clubs des Séries A et B. Plutôt chaotique d’ailleurs comme débuts dans le monde professionnel.

Il commence à taper dans un ballon dans le club de Sorrento. Très vite, les débusqueurs de talents des grands clubs professionnels le remarquent. En 2008 alors qu’il compte 18 printemps, il signe à la Juventus où il va terminer sa formation avant de rapidement intégrer l’effectif des pros. Il ne lui faudra attendre qu’une petite année, jusqu’au 14 mars 2009, pour connaitre sa première entrée en jeu, à l’occasion du match Juve – Bologne.  Cependant, son ascension vers le succès va connaitre quelques ralentissements. Avec Del Piero, Amauri et Iaquinta, la concurrence à la Juve est forte. Beaucoup trop forte pour un gamin d’à peine 19 ans. La Vieille Dame décide donc de  l’envoyer vers ce qui lui sert de réserve de luxe, le club de Sienne qui évolue Serie B. Même si l’effectif y est moins fourni, Immobile n’arrive pas à s’imposer et n’y joue que quatre matchs. Même rengaine à Grosseto quelques mois plus tard avec 16 participations et seulement un petit but. Celui qui semblait alors si prometteur durant ses classes chez les jeunes de la Juventus peine misérablement à s’imposer à haut niveau.  Une question de talent ? Non, probablement plus de maturité.

Il arrive donc à Pescara lors de la saison 2011/2012. Comme à la Vieille Dame on est plutôt du genre prudent dans les affaires, on l’y envoie encore sous forme de prêt. C’est la révélation pour le jeune joueur. Il ne met que très peu de temps pour s’imposer comme titulaire indiscutable sur le front de l’attaque à côté de son pote Insigne. Les statistiques parlent pour lui. 28 buts en 37 matchs, ce qui le fait terminer à la première place du classement des buteurs. Dans les faits, Immobile est une sorte de « Bomber » moderne. Ce type d’avant-centre que les Italiens apprécient particulièrement. Soit un attaquant physique et rapide qui tire parti de sa très grande explosivité pour mettre dans le vent les défenses. Il n’est pas non plus particulièrement grand ni plus costaud que la moyenne avec son mètre 85 pour 78 kg. Il ne semble pas avoir besoin d’un physique hors norme pour s’imposer dans les surfaces de réparation adverses. Son sens du placement et son efficacité devant le goal suffisent généralement à faire le boulot. Très remuant, difficile à marquer pour les défenseurs tant il prend un plaisir malsain à se placer toujours là où on ne l’attend pas, dans le jeu, Ciro n’a rien d’immobile (toudoumtchiiiii). Pour sa première vraie saison dans l’élite,  c’est au Genoa, qu’il a atterri. Les rossoblu ont signé un accord de copropriété avec la Juve, qui plus que jamais a tout intérêt à garder un œil sur l’animal. Ses débuts en Série A sont plus que prometteurs avec déjà 2 buts en 4 matchs, dont un contre la Vieille Dame. Surement une façon bien à lui de demander à son club formateur, de ne pas l’oublier…

Depuis quelques mois, enfin surtout depuis les départs des vedettes Zlatan, Thiago Silva mais aussi du grand espoir Verratti, nombreux sont ceux qui voient le football Italien emporté dans un inéluctable déclin. C’est indiscutable, les stars se barrent vers des clubs où les mallettes contiennent plus de billets à la fin du mois. Et c’est bien là que se situe le réel problème du football transalpin, au niveau économique. Il n’y a plus d’investisseurs locaux prêts à débourser des centaines de millions pour tenir la comparaison avec les nouveaux riches et nouveaux arrivants qui font exploser les enchères. Par contre, l’Italie semble toujours aussi apte à sortir de grands joueurs. Elle a tout de même connu une période de transition difficile entre son titre mondial de 2006 et le dernier Euro. Une période où elle a vu partir ses plus grands joueurs et en arriver d’autres qui peinaient à se hisser à leur meilleur niveau. Ce qui est pourtant chose faite aujourd’hui avec des Marchisio et Chiellini, devenus de véritables cadres du foot local. Le paradoxe finalement, c’est qu’en même temps que le Calcio perd de la vitesse et du prestige, une nouvelle génération d’excellents joueurs, portée par Verratti, Immobile et Insigne, vient totalement relancer la Squadra Azzurra et la faire renouer avec les sommets.

 

Cyril MORACHIOLI
@_Cym_

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