Italie – France : Entre destin croisé et rivalité

La longue histoire sportive et les rivalités entre l'Italie et la France

Tout est symbolique.  Comme cette forme, la botte. Par quel miracle, les forces gigantesques des plaques tectoniques et du volcanisme ont donné, au bout de millions d’années de travail, ce visage si particulier à l’Italie ? En parlant de botte, justement, par chez nous, on a bien l’impression que ce voisin prend souvent un plaisir malsain à vouloir faire dans les notre. Comme si la nature voulait nous signifier quelque chose, elle a donné cette curieuse inclinaison à la jambe Italienne, prête à nous mettre une belle reprise de volée dans le séant.

Andrea Pirlo à la Renaissance, ça se disait « Leonardo da Vinci »

Les problèmes de voisinage, tout le monde ou presque, connait. La vieille aigrie, le jeune con, le cadre dynamique péteux, la mère de famille reloue et ses moutards moches, on a toujours une bonne raison de détester son prochain. La nature humaine est ainsi bien faite. A l’échelle géopolitique, c’est de près ou de loin la même chose. Enfin surtout de notre point de vue à nous, français. Faut dire qu’à propos de nos voisins, on a constamment quelque chose à dire sur eux, leurs nourritures, leurs rapports aux femmes, leurs manière de conduire, de parler et de jouer au foot. Ce qui est sûr, c’est que tout ça, ils le font moins bien que nous. Mais l’Italie, c’est quelque chose de particulier. Une relation qui vogue entre amour et haine depuis 200 ans. Vous me direz, nous nous sommes fait une spécialité de créer des rivalités de toutes pièces afin de pimenter le morne quotidien. Parisiens et marseillais en savent quelque chose.

Mais celle qui prédomine entre la France et l’Italie est bien réelle, fondée sur une histoire et des origines communes. C’est César contre Napoléon, Leonard de Vinci contre Georges de La Tour, Chanel contre Gucci, les Alliés contre l’Axe, le cassoulet contre la carbonara, Godard contre Fellini, l’OM contre le Milan AC,  Zidane contre Baggio. Notre couteau-suisse préféré, Gennaro Gattuso résume cette relation à peu près de la même façon : « C’est une rivalité entre de belles choses (NDLR : Ne tenez donc pas compte de ce qui est dit entre les Alliés et l’Axe avant s’il vous plait) : il y a la rivalité du goût ; la rivalité sur la façon de manger, de s’habiller. Il y a la rivalité sur la cuisine, sur le football, sur les choix vestimentaires mais aussi sur les femmes. C’est une rivalité qui se base sur des choses belles, pas négatives. » On ne peut que croire le plus esthète des bouchers. Comment pourrait-t-il en être autrement, tant les rôles de dominants/dominés se sont intervertis au cours de l’histoire ? Aujourd’hui cette rivalité s’est trouvé un autre lieu pour s’exprimer, un rectangle d’herbe de 105 mètre par 68 entrecoupé d’une ligne médiane et avec deux cages à ses extrémités. Ce même endroit où la rivalité n’a pas toujours donné de belles choses justement. Comme cette tête de Zidane sur la poitrine de Materazzi, les provocations insistantes de Domenech ou encore lorsque le cadre sportif ne suffit pas à rendre les choses nauséabondes, la politique qui s’en mêle avec une efficacité inquiétante. On se rappellera de certaines déclarations racistes de parlementaires italien de la « lega del nord » mettant l’échec sportif de l’équipe de France sur le dos de son multiculturalisme. Il y a aussi tous ces poncifs sur le foot italiens qu’on ne rappellera pas ici ainsi qu’un certain sentiment de supériorité de nos amis transalpin concernant le calcio par rapport à notre ligue 1. Bon, à la vue des différents palmarès, on ne peut pas franchement leur donner tort…

 

Zizou avec le plus beau des maillots

 Alors l’amour est-t-il impossible entre les deux nations ? Ne peut-t-on donc pas mélanger camembert et parmiggiano reggiano sur le même plateau fromage ? Faux, archi-faux. En fait, si l’on laisse lesclichés à leur place légitime, (c’est-à-dire dans l’oubli le plus total) et qu’on regarde au fond du problème, on se rend vite compte que nos pays ont toujours été dépendant, l’un de l’autre et que les échanges entre nos cultures leur ont apporté une richesse absolue rayonnant aux quatre coins du globe. Léonard de Vinci et Catherine de Médicis qui amène la Renaissance en France ou Napoléon qui donna à toute la péninsule l’envie d’unité dans une seule nation. Dans le foot, c’est la même chose, nos équipes n’ont jamais été aussi fortes que lorsque leurs joueurs avaient l’habitude quotidienne de jouer entre italiens et français. Cela fera mal au footix qui ne jure que par Arsène ou le Mou, mais l’équipe de France s’est fait le gros de son palmarès lorsque Zidane, Deschamps, Trezeguet, Thuram, et autres Djorkaeff évoluaient dans la botte, de la Juve au Milan en passant par Parme et l’Inter. Delon devant la caméra de Visconti en quelque sorte. La raison est toute simple, notre culture tactique, celle qui est insufflée à nos joueurs depuis leurs premières passes en centre de formation, se rapproche bien plus de ce qui se fait de l’autre côté des alpes qu’au box to box anglais. Car nous aimons défendre et ça tombe bien, l’Italie a eu les meilleurs défenseurs de l’histoire de ce sport. Comble de l’ironie, c’est toujours comme ça que l’on a battu la Squadra dans notre histoire récente et pas plus tard qu’hier soir. Même si l’époque où nos meilleurs éléments évoluaient dans des clubs italiens est bien loin.

Hier donc, c’était un Italie – France relativement calme. Peu de tension palpable malgré les déclarations de chacun ayant rappelé l’importance d’une telle confrontation. Mais on sentait bien que le choc n’était pas branché à la même intensité électrique que ce que nous avaient offert ces dix dernières années. Match amical oblige. C’est encore une histoire de destin croisé. D’un côté une équipe de France sur la voie de la reconquête, de l’autre une Italie qui, pour la première fois, mise avant tout sur sa talentueuse jeunesse.  Des bleus qui semblent renouer avec l’état d’esprit qui a fait gravir des montagnes à leurs ainés, des Azzurri qui retrouvent des certitudes quant à leur maitrise technique et à la qualité de leur effectif. Mais des deux côtés, des effectifs aux profils relativement similaires.  L’envie avait choisi de quel côté des Alpes elle devait s’installer. C’est donc une Squadra un peu malchanceuse et surtout beaucoup trop suffisante qui a reçu ces français. Erreur grossière tant le bon résultat face à la meilleure équipe du monde réalisé un mois auparavant a redonné foi en elle-même à cette France.  Pour autant il ne s’en est fallu de peu pour que le résultat et le constat soit inversé. De deux barres transversales plus exactement.

Un kinder buena

Mais la France n’a pas volé sa victoire, mieux, elle l’a totalement mérité tant grâce à son état d’esprit que par la confiance retrouvé en elle-même.  Les quelques attaques placées italiennes ont montré que la squadra n’avait pas perdu le talent avec lequel elle avait ébloui le dernier Euro. Il lui est même arrivé de se montrer parfois très dangereuse. Pourtant Prandelli a fait un choix, celui de la jeunesse. Et son équipe d’hier soir, avec une moyenne d’âge de 23 ans, en avait beaucoup sur le terrain d’Ennio Tardini. La France, elle n’en n’est pas encore là mais son travail sur elle-même porte ses fruits. Valbuena reconnu à sa juste valeur de bon technicien, Matuidi et Ménez passant tranquillement le palier qui sépare les éternel espoirs des confirmations et Ribery qui sacrifie son corps pour son pays, ce sont les quelques signes d’un changement certain dans cette équipe. C’est certes moins flamboyant qu’à l’ère Laurent Blanc, mais on pouvait s’y attendre avec Deschamps. Cet adepte du résultat avant le jeu, pas étonnant d’un homme qui a tant joué dans la botte. Hier, la France a donc battu sa rivale à l’Italienne, c’est-à-dire en s’appuyant sur une base défensive solide et en contrant grâce à la vitesse de ses talents individuels de l’attaque. L’Italie, elle, voit les crêtes fleurir sur la tronche de ses jeunes attaquants. Une preuve de plus de l’influence croisée entre les deux nations.

 

Cyril MORACHIOLI
@_Cym_

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