Itinéraire gâché

Nicolas Anelka itinéraire d'un talent gâché

La Fédération Anglaise de football a tranché. Elle a décidé de « mettre en accusation » Nicolas Anelka pour sa « quenelle » effectuée lors d’un match contre West Ham, le 28 décembre dernier. L’attaquant de West Bromwich Albion risque une suspension et une lourde amende. Hier, le principal sponsor du club, Zoopla, avait annoncé qu’il ne renouvellerait pas son contrat à la fin de saison suite au geste du Français, jugé antisémite par certains ou antisystème pour d’autres. Il s’agit d’une nouvelle déconvenue pour Nicolas Anelka, dont la côte de popularité n’était déjà pas au mieux. Sa carrière est jonchée d’événements qui ont créé la polémique. Retour sur les frasques du natif des Yvelines.

 

La grève au Real Madrid

Anelka-RealMadrid

En 1999, Nicolas Anelka quitte Arsenal pour rejoindre le Real Madrid. Son transfert est estimé à plus de 34 millions d’euros (220 millions de francs à l’époque). A tout juste 20 ans, l’attaquant français est annoncé comme un futur grand. Mais très vite, sa situation au Real se détériore. Nicolas Anelka, dont les prestations sont quelconques, devient la tête de turc des journalistes espagnols. Ces derniers lui reprochent sa mauvaise intégration dans le groupe alors que le club a fait un gros investissement sur lui. L’ancien Gunner n’est pas non plus très apprécié dans le vestiaire madrilène. Ses coéquipiers n’apprécient guère son manque de communication et son refus de parler espagnol. Isolé, Nicolas Anelka sèche trois entraînements, au cours du mois de mars 2000. Le club décide alors de le sanctionner pour son comportement : Anelka reçoit une suspension de 45 jours assortie d’une amende de 2,4 millions de francs. Deux semaines plus tard, il fera ses excuses et retrouvera le chemin des terrains. Malgré cet incident, il parviendra à remporter la Ligue des Champions avec le Real –il marquera même le troisième but de la finale face à Valence (3-0)- et sera sacré Champion d’Europe avec l’Equipe de France à l’Euro 2000. Toutefois, sa situation chez les Merengue étant compliquée, il sera transféré au PSG durant le mercato estival.

 

 

La gifle au journaliste de L’Equipe

En janvier 2001, Nicolas Anelka porte les couleurs du Paris Saint-Germain. Alors que les critiques fusent autour du recrutement « Banlieue » du PSG dont les résultats sont mitigés, l’attaquant français, acheté 215 millions de francs par le club de la capitale, pète les plombs. Après une brève altercation verbale au camp des Loges, Nicolas Anelka gifle un journaliste de L’Equipe. « Je passais tranquillement devant lui, explique-t-il au Parisien. Il m’a pris la tête, le ton est monté et j’ai eu le tort de lui mettre une gifle. Voilà, j’assume. »  Sébastien Tarrago portera plainte pour violences légères. De son côté, Laurent Perpère, président délégué du PSG, minimisera les faits, se contentant juste de déplorer l’incident. Finalement, aucune suite judiciaire ne sera donnée à cette affaire. Mais le journaliste agressé fera partie de ceux qui ont révélé les propos d’Anelka à Domenech lors du Mondial 2010 en Afrique du Sud.

 

 

L’affaire Santini

En novembre 2002, Jacques Santini, alors sélectionneur de l’Equipe de France appelle Nicolas Anelka en remplacement de Sydney Govou, blessé, pour un match amical contre la Yougoslavie. L’attaquant de Manchester City, qui réalise une bonne saison, refuse de faire le bouche-trou et  décline la demande de Jacques Santini. Il évoque un manque d’envie du sélectionneur à le voir revenir. La presse française s’offusque: qui est-il pour se permettre de rejeter une sélection en Equipe de France ? Nicolas Anelka, qui n’a pas digéré son absence au Mondial 2002 en Asie, répondra aux critiques quelques mois plus tard dans les colonnes de Paris Match. Pour lui, si la France veut le revoir en bleu, il faudra d’abord que Jacques Santini « s’agenouille » devant lui. Ces propos l’empêcheront de participer à l’Euro 2004 mais l’attaquant retrouvera le chemin de l’EDF, en 2005, sous les ordres de Raymond Domenech.

 

 

« Va te faire enculer, sale fils de pute »

Au lendemain de la défaite cuisante des Bleus contre le Mexique au Mondial 2010, la Une du journal L’Equipe est équivoque. On y voit Nicolas Anelka et Raymond Domenech barrés de la citation suivante : « Va te faire enculer, sale fils de pute ». Ces injures, l’attaquant tricolore les auraient adressées au sélectionneur à la mi-temps du match, après que Domenech ait menacé de sortir son joueur si celui-ci continuait à dézoner sa place durant la rencontre.

L’incident est révélé au grand public et déclenche une tempête médiatique autour de l’équipe de France. Nicolas Anelka, dont c’était là le dernier match avec le maillot Bleu, est exclu du groupe et doit rentrer chez lui. Quelques jours plus tard, en réaction à cette décision, certains joueurs de l’Equipe de France décident de se mettre en grève lors d’un entraînement : l’affaire Knysna éclate avec toutes les conséquences que l’on connait pour le football français…

La commission de discipline de la FFF suspendra Nicolas Anelka de 18 matchs ferme en équipe de France. Face à cette sanction, la réaction du joueur sera rapide : « Pour moi, toute cette histoire de commission de je ne sais quoi est une aberration, une mascarade pour ne pas perdre la face. […] Qu’ils tournent enfin la page, car Laurent Blanc a besoin de bosser sereinement. Ce sont de vrais clowns… Je suis mort de rire ! »

 

Que penser de Nicolas Anelka ?

Il avait tout pour réussir. A son arrivée dans le monde professionnel, Nicolas Anelka disposait de la panoplie complète de l’attaquant racé : des qualités techniques incontestables, une vitesse de pointe réelle, un sang froid remarquable, et une confiance en lui à toute épreuve. Un soir de février 1999, la France prenait conscience du joyau brut dont elle disposait lorsque, dans un stade de Wembley archi comble, le jeune Gunner réalisait un doublé historique sous le maillot bleu. Une performance notable, car c’était la première fois que l’Equipe de France gagnait chez les Anglais. Nicolas Anelka n’avait que 19 ans, et c’était déjà (et malheureusement !) l’apogée de sa carrière. Car depuis, le natif de Trappes n’a cessé de faire parler de lui en mal. Hormis quelques courts instants de grâce, ses prestations sportives n’auront jamais été à la hauteur des attentes. Avec seulement 221 buts en 725 matches, le joueur de West Bromwich Albion est loin des statistiques de Trézéguet ou d’Henry, ses compères de la même génération, qui tournent à près d’un but tous les deux matchs. En outre, il n’aura jamais réussi à s’imposer durablement dans un club, comme Raul ou Van Nistelrooy. Avec 11 clubs en 18 ans de carrière, Nicolas Anelka n’a jamais passé plus de trois ans dans une même équipe, signe de son instabilité et de sa volonté criante de ne jamais s’intégrer.

Mais plus que ses prestations sportives, le Français aura surtout marqué les esprits en dehors du terrain. Arrogance, grosse tête, déclarations fracassantes : il aura cumulé les bourdes tout au long de sa carrière pour devenir l’un des sportifs les plus détestés de son temps. Un exemple qui prouve que l’on peut être doué d’un talent divin, et rater sa carrière de sportif. Car ce qu’il restera de Nicolas Anelka, ce ne sont pas ses deux Ligues des Champions, ni même son titre de Champion d’Europe en 2000, mais bien malheureusement ses écarts de conduite à répétition…

 

Nicolas DURDILLY
@NicolasDurdilly

1 commentaire

  • Le correcteur dit :

    Une erreur s’est glissé dans le papier : le dernier but de la finale de C1 2000 du Real contre Valence n’est pas l’oeuvre d’Anelka mais de Raul. En revanche il a marqué un but à l’aller et un but au retour face au Bayern.

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