L’ Atlético, l’art de faire du 9

L'Atlético Madrid est une terre historique de buteurs

Lors de la seconde journée de Liga, Mario Mandzukic a ouvert son compteur but en championnat face à Eibar. Après avoir été décisif en Super Coupe d’Espagne face au Real, le buteur croate devrait prendre la route tracée depuis plus de dix ans par ses prédécesseurs à la pointe de l’attaque des Colchoneros. Car oui, le poste de numéro 9 à l’Atlético Madrid est entré dans une tradition d’excellence depuis l’émergence de Fernando Torres. Retour sur une décennie prolifique.

S’il y a bien quelque chose que l’on peut nier c’est que le club rouge et blanc de Madrid a toujours été une grande terre de buteurs. Ce sont notamment succédé à la pointe de l’attaque Rojiblanca entre 1942 et 1997, José JuncosaLuis Aragonés, José Garate, Hugo Sanchez, Baltazar, Hasselbaink ou Christian Vieri. Mais la dynastie de buteurs qui nous intéresse a vu le jour au cours de l’été 2001 et ne s’est toujours pas éteinte 14 ans plus tard.

Fernando Torres (2001-2007 – 286 matchs 105 buts)

Fernando Torres (Atéltico Madrid)

Fernando Torres est un gosse de Fuenlabrada, grosse ville de la banlieue Madrilène, mais c’est surtout un pur produit de la formation Atléti. 2001, débuts et des buts en professionnel à 17 ans avec le numéro 35 dans le dos, Torres balade calmement son indéniable talent de buteur sur les pelouses de Segunda (Ligue 2 espagnole). Quelques matchs et une dizaine de pions plus tard, à 19 ans El Niño devenu capitaine a pris rencard avec la Liga et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’a pas attendu longtemps pour conclure. A chacune de ses saisons dans l’élite le petit prodige de Vicente Calderon a toujours dépassé la barre des 10 buts. 13 pour sa première saison, puis 19, 16,13 et 14 pour les suivantes, ce qui est assez remarquable au sein d’une équipe assez moyenne à l’époque. Pas spécialement bien entouré, ses principaux pourvoyeurs de ballons se nomment Ariel Ibagaza, Gonzalo Colza ou José Maria Movilla. Si les performances de Torres attirent tout d’abord l’œil du sélectionneur de la Roja Iñaki Sáez qui le lance en 2003 aux côtés de Morientes, Raul et Diego Tristan, elles attirent aussi et surtout celui de Rafa Benitez à Liverpool qui fait sensation en lâchant en 2007 près de 40M€ pour transformer El Niño en Kid à Anfield. Orphelin de sa star on se dit que l’Atlético Madrid va mal le vivre. Mais c’est sans compter sur les dirigeants qui avaient préparé leur premier coup de maître à l’avance en arrachant un an plus tôt un argentin de 18 ans au potentiel de dingue : Sergio Agüero.

Sergio Agüero (2006-2011- 265 matchs 114 buts)

Sergio Aguero (Atlético Madrid)

On l’a peut être oublié mais Sergio Agüero a évolué une saison dans l’ombre de Fernando Torres sous le maillot des Colchoneros. Une saison d’adaptation tranquille où il aura quand même disputé les 38 matchs que compte la Liga et quelques rencontres sur la scène européenne pour un petit total de 7 buts. Pas spécialement extraordinaire mais le meilleur est encore à venir pour le natif de Quilmes. Quand on sait que le Kun a débuté en 1ère division argentine sous le maillot de l’Independiente à 15 ans et 35 jours et que l’Atlético n’a pas hésité à claquer 16M€ sur ce gamin courtisé par la moitié des clubs milliardaires du Vieux Continent, on comprend mieux la suite. Après le départ de Torres l’enfant chéri de Calderon, Agüero se retrousse les manches et enfile les habits d’un patron bien épaulé aux côtés de Simao, Maxi Rodriguez et surtout Diego Forlan. Avec son compère uruguayen, Sergio Agüero et ses 19 buts fait partie en 2006/2007 de la paire d’attaquants la plus redoutable d’Europe. En 2010 Fernando Torres est déjà loin dans les mémoires et alors que l’argentin réalise sa moins bonne saison (21 buts) les Colchoneros iront chercher le sacre en Ligue Europa ainsi qu’en Super Coupe d’Europe. L’Altético grandit en même temps qu’Agüero qui va accumuler 114 buts toutes compétitions confondues en cinq ans sous les couleurs Rojiblancas et s’affirmer comme l’un des meilleurs attaquants du monde. Malgré un statut d’idole à Vicente Calderon et une clause libératoire de 60M€ c’est encore les anglais qui vont braquer un buteur aux madrilènes et cette fois-ci c’est City qui posera 45M€ en 2011 pour faire signer El Kun. Même si on leur enlève l’une des plus belles réussite du recrutement de l’Atléti, les socios se montrent moins inquiets que lors du départ de Torres. En effet les dirigeants officialisent l’arrivée d’un colombien aux cheveux longs en provenance du FC Porto et Diego Forlan officie encore en pointe, au calme.

Diego Forlan (2007-2012- 238 matchs 112 buts)

Diego Forlan (Atlético Madrid)

Lorsque Diego Forlan débarque pour 21M€ en 2007 à l’Atlético sa tâche est claire : faire oublier Fernando Torres. Précédé d’une réputation de tueur qu’il a acquis lors de ses trois saisons à Villareal où il a été sacré Pichichi et Soulier d’Or européen entre autres. S’il a largement accompli son rôle avec une moyenne de 28 buts par saison sous les couleurs madrilènes, il a assisté à la naissance du phénomène Agüero avec qui il a du partager la vedette sur le front de l’attaque. Forlan atteint surtout l’excellence en 2009 où il inscrit 32 buts en 33 matchs de Liga, ce qui fait de lui le dernier être humain connu à avoir été sacré Pichichi. Sur sa lancée de l’épopée victorieuse de 2010 en Ligue Europa des Colchoneros où il fait partie des grands artisans du titre avec ses 6 buts il réalise une Coupe du Monde en Afrique du Sud de malade mental. Une quatrième place pour l’Uruguay, un titre de meilleur buteur, de meilleur joueur et une cinquième place au Ballon d’Or. Sauf que contrairement à Agüero et Torres, Diego Forlan approche des 32 ans et l’Atlético ne pourra pas en tirer autant en le transférant. Il boucle sa dernière saison un peu fatigué avec seulement 8 petits buts au compteur avant de s’envoler pour l’Inter de Milan. Avec ce départ combiné à celui d’Agüero, l’Atlético vient de perdre deux gars qui pesaient 226 buts à eux deux sous le maillot Colchonero. Pas grave, Radamel Falcao vient d’arriver.

Radamel Falcao (2011-2013 – 104 matchs 78 buts)

Falcao (Atlético Madrid)

Incroyable mais vrai, El Tigre qui débarque du FC Porto pour près de 50M€ va parvenir à lui tout seul à faire oublier le duo Forlan-Agüero en quatre petits matchs, le temps pour lui d’inscrire… 6 buts. Après ses débuts tonitruants, Radamel Falcao va continuer de griffer les défenses à tout va. En décembre 2011, après 5 mois de présence sous le maillot Colchonero, il est élu deuxième meilleure recrue du championnat espagnol. Mais là où Falcao va faire fort c’est en Europa League en menant les siens au succès en inscrivant notamment un doublé en finale contre Bilbao. Véritable talisman en C3, il avait remporté l’édition précédente avec les Dragoes et avait été sacré meilleur buteur de l’épreuve avec un total dingue de 17 buts. Prends ça Brandao, toi et ta Coupe de la Ligue. En Liga, l’Atlético boucle sa saison en 6ème place et Falcao lui s’installe sur le podium des meilleurs buteurs avec 24 buts, loin derrière Cristiano Ronaldo et ses 46 buts, très loin derrière Lionel Messi et ses 50 buts. La saison suivante est toute aussi prolifique pour Falcao qui débute en balle comme la précédente en explosant notamment Chelsea en solo avec un gros triplé en Super Coupe d’Europe. Pour la Liga c’est encore mieux puisqu’il atteint cette année là les 28 buts et s’impose comme le meilleur « pur numéro 9 » du monde. L’Atlético de Simeone quant à lui termine sur la 3ème marche de la Liga et remporte même la Coupe du Roi face au Real Madrid, tout va bien pour eux comme pour le colombien. Pourtant comme d’habitude le destin de l’attaque de l’Atléti va encore basculer et se décider autour de dizaines de millions d’euros. Cette fois-ci pas la peine de pointer du doigt l’Angleterre puisque c’est Monaco qui enrôle la star pour 60M€. L’ex-nouveau riche de la Ligue 1 fait affaire avec Jorge Mendes et compte sur la présence de Falcao pour asseoir définitivement son projet XXL. Et justement en parlant de projet, celui de l’Atlético Madrid en pleine progression prend du plomb dans l’aile avec les adieux de Falcao. Pour combler ce vide, los Indios ont fait rapidement fait signer David Villa en provenance de Barcelone. Mais jamais ils n’auraient pensé que celui qui ferait oublier Falcao était un inconnu Brésilien de 24 ans présent au club depuis 2007, un certain Diego Costa.

 

Diego Costa (2010-2014 – 141 matchs 64 buts)

Diego Costa (Atlético Madrid)

Parmi tous les attaquants passés sous la liquette de l’Atlético dans cette dernière décennie, Falcao possédait le meilleur ratio avec un beau 0,75 but par match et Diego Costa l’un des pires avec 0,45, rien d’anormal quand on se penche sur le parcours chaotique du garçon chez les Colchoneros. Difficile à croire mais Diego Costa était un joueur de l’Atlético Madrid bien avant Falcao, Forlan et a même croisé Fernando Torres et Agüero. En 2007 alors qu’il vient de fêter ses 19 ans il appose sa signature à Vicente Calderon pour 3,5M€ en provenance de Penafiel au Portugal. S’en suit alors une tripotée de prêts au Celta Vigo, à Albacete et à Valladolid où il se fait une réputation d’attaquant physique et plutôt efficace. De retour à Vicente Calderon en 2010 il intègre l’équipe première mais se retrouve barré en attaque par le duo Agüero-Forlan. Pas grave Diego Costa trouvera le moyen de grappiller une vingtaine de matchs pour un total de 6 buts. Insuffisant pour convaincre les dirigeants de rejeter l’offre du Rayo Vallecano où Costa signe en 2011. Du côté des Vallecas il joue 16 matchs de Liga et inscrit 10 buts et revoilà l’Atléti qui pointe son nez et propose 1M€ pour le rapatrier alors qu’Agüero n’est plus là, que Forlan commence à vieillir et que Falcao qui entame sa dernière saison est annoncé partant (déjà). Dans l’ombre du Tigre il réalise une saison 2012/2013 plutôt correcte avant d’exploser complètement l’année suivante après le départ de Radamel en terminant 3ème meilleur buteur de la Liga avec 27 buts. Véritable révélation et prototype parfait du joueur « façon Simeone » Diego Costa a pris son temps pour exploser au plus haut niveau. Champion d’Espagne et finaliste de la Ligue des Champions, le Brésilien de naissance participe  même à la Coupe du Monde sous les sifflets puisqu’il a choisi de représenter l’Espagne. Et comme l’histoire aime se répéter, c’est encore un club de Premier League qui vient bien évidemment piocher à Madrid pour se renforcer en attaque. Après Liverpool et City c’est Chelsea qui a laissé 40M€ dans les caisses du club rouge et blanc.

Mandzukic, Goleador VI ?

Raul Jimenez

Retenez ce nom ça pourrait être utile : Raul Jimenez.

L’ex-buteur du Bayern Munich qui a signé pour une vingtaine de millions d’euros à l’Atlético Madrid pour remplacer numériquement Diego Costa, se doit de perpétuer cette fabuleuse dynastie de goleadors qui a vu le jour au début des années 2000. Le board Madrilène qui n’a commis aucune erreur dans le recrutement de ses buteurs devrait être satisfait puisque le Croate semble avoir pris la bonne voie avec déjà deux buts inscrits en quatre matchs, dont un décisif en finale de Super Coupe d’Espagne face au Real. Et comme l’Atlético n’aime rien laisser au hasard, l’avenir plus lointain semble déjà assuré avec la présence de Léo Baptistao (23 ans), de Héctor Hernandez (19 ans) et surtout avec l’arrivée cette saison du Mexicain Raul Jimenez chipé au nez de Porto et qui à 24 ans a déjà inscrit une cinquantaine de buts dans son pays d’origine. Si le Real Madrid est un adepte de grands joueurs à tous les coins du terrain, l’Atlético est quant à lui assurément une terre de grands buteurs soutenus par une armée de soldats fidèles et travailleurs. Deux philosophies qui vont encore s’affronter cette saison et notamment ce soir pour notre plus grand plaisir.

Elias TOUMI
@Sir_Elias_

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