L’arbitrage français se fait couper le sifflet

L'arbitrage français est mal en point, aucun arbitre ne représente la France à la Coupe du Monde 2014

Imaginée mais jamais réellement envisagée, la sentence prononcée ce mercredi par la FIFA fait l’effet d’une bombe. Pour la première fois depuis 1974, aucun arbitre français n’a été retenu pour la Coupe du monde en juin prochain au Brésil. Une déconvenue qui s’ajoute aux nombreux déboires que connaît notre arbitrage tricolore depuis plusieurs années.

Le 3 janvier dernier, Noël Le Graët, président de la FFF, se réjouissait de la nomination d’un dixième arbitre français pour officier lors des rencontres internationales. « Avec ces nominations, nous entamons l’année 2014 avec une bonne nouvelle. Elles démontrent que la réforme sur l’arbitrage entamée ces derniers mois commence à porter ses fruits. Nous n’en sommes qu’au début, nous devons poursuivre nos efforts pour pérenniser l’arbitrage français au plus haut niveau international ». Force est de constater qu’en ce 15 janvier, la FIFA a fait redescendre le patron du foot français sur terre.

Car les hommes en noir rient désormais jaune. Stéphane Lannoy, le seul représentant tricolore dans la liste des 52 pré-sélectionnés pour arbitrer la Coupe du Monde, ne foulera pas le gazon brésilien en juin prochain. Une véritable désillusion pour celui qui porte l’arbitrage français à bout de bras depuis plusieurs années. A 41 ans, le numéro un français, récompensé à plusieurs reprises lors des trophées UNFP,  vient certainement de laisser filer sa dernière opportunité d’officier une seconde fois en Coupe du Monde.

 

Un échec de plus dans l’escarcelle de la DNA

Stéphane Lannoy

Stéphane Lannoy lors de la dernière Coupe du Monde en 2010. Une scène que l’on ne reverra pas en juin prochain au Brésil…

Mais cette décision, vécue comme un véritable cataclysme, est en réalité une demi-surprise. En effet, il était facile de prévoir cet échec en regardant un peu en arrière : il faut remonter jusqu’en 2001 pour voir la dernière finale d’une grande compétition arbitrée par un français (Gilles Veissière en Coupe UEFA ndlr) . On peut ajouter à cela l’absence d’officiels français aux JO de Londres en 2012, tout comme la seule présence de Stéphane Lannoy quelques mois plus tôt à l’Euro ukrainien. « La FIFA a décidé de réduire le nombre d’arbitres sélectionnés. Il y a 25 trios contre 30 pour la Coupe du Monde. Et un trio de moins au niveau européen. Les prestations arbitrales de Stéphane ces derniers mois […] ont été particulièrement performantes. Il est peut-être possible que sa blessure, fin 2012, ait pu faire craindre à la FIFA une certaine fragilité physique » tentait d’expliquer hier sur les antennes de BFM TV Pascal Garibian, président de la DNA. Plus qu’un mauvais prétexte, cette déclaration est l’arbre qui cache une forêt que l’arbitrage français aura bien du mal à traverser.

 

Entre polémiques et luttes internes

Cette mise au placard des arbitres français est le fruit de dix années de gestion et de formation en complet décalage par rapport aux exigences internationales. La gouvernance de Marc Batta, arrivé en 2004 et remplacé par Pascal Garibian en juillet dernier, a été catastrophique, tant au niveau de la formation que de la gestion des relations humaines. Un mandat où le critère sportif n’était pas le plus important. Et les exemples sont nombreux.

Comme la suppression du nom de Saïd Ennjimi de la liste des arbitres internationaux, liste qui fut soumise à l’UEFA par le patron des arbitres en 2012. La décision avait à l’époque provoqué un véritable tollé au sein de la profession. En effet l’arbitre, très apprécié des joueurs pour sa pédagogie et sa psychologie, avait ensuite été réintégré à la liste par Noël Le Graet en personne. Preuve qu’à ce moment là Marc Batta n’était déjà plus en ballottage favorable, lui qui est également considéré comme responsable de la retraite anticipée de Gilles Veissière en 2005.

 

  On a privilégié le tout physique

Bruno Derrien, ancien arbitre international et aujourd’hui consultant sportif, ne voit en cette décision qu’un juste retour de flammes. Pour lui, le système de formation des arbitres est à remettre en cause. « On a effectivement privilégié le tout physique. Les arbitres on en a fait des athlètes, mais l’arbitrage ce n’est pas seulement cela » explique t-il. Pas étonnant, donc, de ne pas voir d’arbitre tricolore à Rio quand on connaît les critères de sélection pour le Mondial: une sélection faite « essentiellement sur la base de leur personnalité et de la qualité de leur compréhension du football en termes de lecture du jeu et de reconnaissance des approches tactiques des équipes […]» selon la FIFA.

« La priorité désormais c’est de s’adapter à ces critères : travailler le relationnel, le savoir-être sur le terrain. En faisant venir lors des stages des entraîneurs par exemple » rajoute Bruno Derrien. Dans l’espoir de retrouver un porte-drapeau tricolore pour l’Euro 2016 en France et la Coupe du Monde 2018 en Russie. Un ticket Ruddy Buquet-Clément Turpin-Anthony Gauthier est d’ailleurs à prévoir, eux qui se trouvent « dans l’antichambre de la Ligue des Champions » selon l’ancien arbitre international. Un essai qui devra être transformé tant il est impensable d’envisager l’Euro 2016 en France sans officiel tricolore. « Ce serait une véritable catastrophe. Il faut pour éviter cela tirer les leçons de cet immense gâchis et agir » clame Bruno Derrien. En attendant, les arbitres de Ligue 1 devraient pâtir de cette décision qui va alourdir encore davantage la pression pesant sur leurs épaules chaque week-end.

 

Pascal LEVRARD et Julien COLLOMB
@LePagalou | @JujuCollomb

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