Le 400 crew

Alors que toute la Ligue 1 n’a d’yeux que pour la constellation parisienne ou les starlettes monégasques, il y a d’autres joueurs qui mériteraient que l’on s’intéresse à eux. Avec plus de 400 matchs derrière eux, leur expérience de la Ligue 1 est inestimable. De Balmont à Didot en passant par Hilton, retour sur le long parcours de ces trois increvables, vieux routiers des terrains de l’hexagone.

 

Florent Balmont, cap 500

 38 ans

 482 matchs de Ligue 1, 13 buts, 102 cartons jaunes

 1er match de Ligue 1 : AC Ajaccio – Olympique Lyonnais (26 octobre 2002)

Joueur en activité avec le plus de matchs de Ligue 1 dans les jambes, Florent Balmont est pourtant loin d’être un précoce. C’est à 22 ans, bien tassés, qu’il effectue sa première apparition dans l’élite. C’était un soir d’octobre 2002, au stade François Coty face l’AC Ajaccio sous le maillot de son club formateur, l’Olympique Lyonnais. Il effectue 88 minutes avant de se faire remplacer par Eric Carrière. Huit autres matchs viendront garnir sa ligne de stats cette saison-là. Vainqueur de la Gambardella 97, il n’a jamais réussi à s’imposer chez les pros, et, c’est barré par les Juninho, Carrière, Dhorasoo, Essien ou Mamadou Diarra qu’il décolle en prêt à Toulouse en 2003.

Aux côtés de ses compères du milieu, Cardy, Emana, Sylvain Didot et Nabil Taïder (frères de), il contribue grandement au maintien des Violets dans l’élite et se révèle comme un milieu de terrain défensif solide et très pugnace. De retour à Lyon, il s’envole dans le foulée à nouveau pour le sud de France, mais côté Est cette fois-ci. Il appose sa signature en bas d’un contrat estampillé OGC Nice pour 1,5M€. Chez les Aiglons, Florent Balmont est indispensable. C’est bien simple, en quatre saisons il joue 139 matchs de Ligue 1 sur 152 possibles. Véritable poumon du Ray, il forme, sous les ordres de Rohr puis Antonetti, avec Olivier Echouafni et Cyril Rool un trio redoutable et redouté.

Pour passer un pallier, lors du mercato 2008, il parcoure les 833 km à vol d’oiseau qui séparent Nice de Lille pour rallier le LOSC désormais drivé par Rudi Garcia. Pour une indemnité d’à peu-près 2,5M€ il compose avec Mavuba et Cabaye un milieu de terrain de grande qualité qui ira chercher le doublé Coupe de France x Ligue 1, trois saisons plus tard. Comme à Nice, le natif de Sainte-Foy-lès-Lyon est rarement blessé et donc très souvent sur le rectangle vert. En 8 saisons sous le maillot des Dogues, il va disputer 253 matchs de Ligue 1, inscrire 7 buts, donner 25 passes décisives et surtout récolter 57 cartons jaunes, pas de quoi usurper son surnom de « Pitbull ». 2016, en fin de cycle, il décide tourner une page de l’histoire. N’entrant plus dans les plans d’Ancelotti à Lille, il descend alors à Dijon libre de tout contrat.

Tout juste promu, le club bourguignon mise sur lui malgré ses 36 ans et ne le regrettera pas. Escorté d’une réputation d’insatiable compétiteur, il transmet son expérience et sa hargne pendant une saison et demie. Coupé net le 31 mars dernier, face à l’OM, il s’effondre victime d’une rupture du tendon d’Achille. Diagnostiqué indisponible pendant 6 mois, à 38 ans, il  ne « veut surtout pas arrêter sa carrière là-dessus ».  Bourreau de travail, son retour est déjà programmé pour l’automne approchant. Avec 482 unités, il fait déjà partie du top 30 des joueurs ayant disputé le plus de matchs en Ligue 1. Encore une petite vingtaine de matchs pour rejoindre le club des 500, où il tutoierait des mecs comme Maxime Bossis, Joël Bats, Alain Giresse, Patrick Battiston ou Henri Michel. Pas mal pour quelqu’un qui a démarré en Ligue 1 à presque 23 ans.

 

Etienne Didot, l’amour foot

 35 ans

 432 matchs de Ligue 1, 17 buts

 1er match de Ligue 1 : Stade Rennais – Paris Saint-Germain (12 janvier 2002)

Comme Florent Balmont, Etienne Didot a découvert la Ligue 1 en 2002. Mais alors que le lyonnais s’apprêtait à fêter ses 23 ans, le milieu de terrain breton lui arborait à peine la majorité sur sa carte d’identité. Couvé par Christian Gourcuff, Didot avec ses 19 ans est le plus jeune joueur de l’effectif rennais, chef de file de la génération 83. Il sera rejoint la saison suivante par ses collègues de promotion au centre de formation les Bourillon, Puygrenier, N’Guema et même le tout jeune Jimmy Briand.

Originaire de Paimpol en plein cœur de la Bretagne, il devient inévitablement un symbole du club rouge et noir. Titulaire dès la saison suivante, il impressionne par son volume de jeu et sa capacité à se projeter vers l’avant. Sous le règne de Didot dans l’entrejeu, le Stade Rennais se qualifie pour la Coupe UEFA, pour la première fois de son histoire en 2005 puis en 2007. Etienne Didot, associé tour à tour à Bourillon, Faty, Källström puis à Gourcuff, Sorlin ou Cheyrou, devient indispensable, réalise même quelques sorties avec le brassard et se voit pré-convoqué en Equipe de France en fin d’année 2007. Convoité par Bordeaux et Marseille, ce sont les blessures qui vont freiner son irrésistible progression, lorsqu’au même moment le Stade Rennais enchaîne les mauvais résultats. Il perd rapidement son statut de titulaire avec l’arrivée de Guy Lacombe et ne se montre pas convaincant les rares matchs où il joue. Vexé par le manque de confiance que lui accorde le technicien à la moustache, le gamin de Paimpol décide de s’exiler à Toulouse. Au mercato 2008, il met donc un terme à plus d’une décennie de présence à la Piverdière, rendant une feuille de statistiques avec 152 matchs de Ligue 1 sous les couleurs rouges et noires.

Je viens à Toulouse pour me remettre en question.

8 saisons sous les couleurs des Violets, 226 matchs joués, une 4ème place en Ligue 1 synonyme de qualification en Coupe d’Europe, 3 demi-finales de coupes nationales et 9 buts avec le maillot du Téf’ sur les épaules.

« C’est une présentation particulière. C’est le retour au pays d’un joueur costarmoricain. Un Paimpolais qui va porter les couleurs de EAG. C’est un mariage magnifique. » Enfant, Etienne Didot était un fidèle abonné du Roudourou, ce 15 juin 2016 il en devient un joueur présenté par Bertrand Desplats, le président de Guingamp. A 35 ans, il attaque sa troisième saison sous le maillot de l’En-Avant mais surtout sa dix-huitième en Ligue 1. « Je suis comme un gamin. Chaque match, c’est comme une première fois. J’en commence certains complètement excité, ce qui me fait perdre bêtement deux-trois ballons. Ça me transcende ». La passion est exponentielle aux nombre d’années.« L’amour du foot  » souffle-t-il.

 

Hilton, l’autel de la quarantaine

 40 ans

 422 matchs de Ligue 1, 20 buts

 1er match de Ligue 1 : SC Bastia – Toulouse FC (7 février 2004)

Assis à la table des records de la Ligue 1, il y a Delio Onnis et Vitorino Hilton. Prolongeant l’éternelle rivalité Argentine/Brésil jusque dans les archives de notre première division, le défenseur montpelliérain poursuit le génial buteur des 70’s/80’s pour le titre de joueur étranger ayant disputé le plus de matchs de Ligue 1. Seules 27 unités les séparent encore. Au vu de la régularité du brésilien depuis son arrivée en France, c’est une affaire de quelques mois.

Débarqué un soir de février 2004 en Ligue 1, prêté à Bastia par le Servette de Genève, Hilton, de son prénom, s’est rapidement fait remarquer pour ses performances aussi solides que sobres sur l’île de Beauté. Six mois plus tard, c’est au RC Lens qu’il signe à l’âge de 26 ans. Le vrai point de départ d’une carrière en Ligue 1, qui, 14 ans plus tard est toujours en cours. D’abord associé à Nicolas Gillet puis à Adama Coulibaly, il se révèle comme l’un des meilleurs centraux de l’hexagone intégrant l’équipe type du championnat lors des saisons 2007, 2008, 2009 et 2012. Justement, après avoir obtenu ses deux premières distinctions avec Lens, il s’envole pour 5M€ à l’Olympique de Marseille et réalise une saison de haute volée pour aller chercher sa troisième récompense consécutive en 2009. La suite du côté méditerranéen est moins jolie : il perd progressivement sa place au profit de Diawara et Heinze, privilégiés par Deschamps lors de la saison du titre olympien et pire, il est victime d’un home jacking violent qui le pousse à quitter rapidement le club.

C’est ainsi qu’à l’été 2011, à 33 ans, il débarque à Montpellier pour une année et éventuellement une autre en option. Il s’impose rapidement comme la pièce maîtresse de la défense pailladine et conduit les siens à un titre de champion de France ravi au nez et à la barbe du nouveau grandissime favori, le PSG. L’année en option s’est depuis transformée en renouvellements réguliers sans jamais annoncer ni de départ et encore moins de retraite. Hilton fêtera ses 41 ans en octobre prochain. Delio Onnis avait lui arrêté à 38 ans. C’est toujours ça de gagné.
 

Elias TOUMI
@Sir_Elias_