Le monde appartient à ceux qui se révèlent tard

Les joueurs qui se révèlent sur le tard sont légion

A peine sortis du cocon formateur, beaucoup de jeunes joueurs sont déjà considérés comme des stars du ballon rond. Un parcours chez les jeunes sans faute et à la clé un contrat professionnel, quoi de plus simple ? Pourtant chaque saison recèle son lot de galériens qui ont passé quelques années dans les divisions inférieures et l’amateurisme avant d’exploser au plus haut niveau. Les ovnis Didier Drogba, Franck Ribéry, Luca Toni ou encore Andreï Arshavin font partie de cette catégorie. La cuvée 2012/2013 pue la galère mais sent bon le football.

 

Rickie Lambert, rookie en Premier League

Le 19 août dernier, Rickie Lambert foulait une pelouse de Premier League pour la première fois de sa carrière sous le maillot de Southampton, à 30 balais. Pour faire les choses bien il se présente par un but face au champion sortant les SkyBlues de City et cela malgré la défaite de son équipe. Depuis, le boy de Fazakerley, quartier historique au nord de Liverpool a remis le couvert à 7 reprises et navigue dans les mêmes eaux que des prédateurs comme Rooney, Torres, Tevez et Berbatov. Solide. Pourtant pour en arriver là, Lambert a du écumer les basses divisions Anglaises où il a su se forger à coups de buts et d’épaules une belle réputation de killer.

Formé à Blackpool où il découvre la D4 à 16 ans il enchaîne par la suite chômage et clubs de seconde zone (Macclesfield Town, Stockport Country) avant de se révéler à Rochdale en 2005. Replacé avant-centre il forme avec Grant Holt un duo d’enfer et boucle son premier exercice à plus de 20 buts. Il file alors aux Bristol Rovers où pendant quatre saisons il soufflera le chaud et le froid mais inscrira tout de même une bonne cinquantaine de buts. En 2009 il rallie le Hampshire au sud du Royaume pour défendre les couleurs de Southampton. Les Saints, club formateur de Walcott, Bale ou Chamberlain rament en D3 et Lambert commence à prendre conscience de son potentiel. Décrit par Steve Parkin son ancien manager à Rochdale comme un joueur trop facile et détendu vis-à-vis de son talent, Rickie Lambert va planter 87 buts en l’espace de trois saisons emmenant Soton de la D3 à la Premier League. Capable de bouger n’importe quelle défense et décomplexé, il montre cette saison que l’accès au Graal que représente la Premier League ne se fait pas forcément par les strass et les paillettes. Fer de lance d’une attaque composée de Jay Rodriguez et Gaston Ramirez,  Rickie Lambert lui, fleure bon l’Angleterre industrielle, la bière et le football.

 

Piti est devenu grand

Pour beaucoup la Liga Espagnole se résume aux duels entre le Barça et le Real, entre Messi et Cristiano Ronaldo en y saupoudrant un peu de Falcao par-ci et de Soldado par-là. Pourtant en terre Ibère il y a tellement à découvrir. Coincé entre l’Atletico, le Real, Getafe et la crise économique survit le Rayo Vallecano. Le club du quartier Vallecas vous l’aurez compris à Madrid, squatte à nouveau la Liga depuis la saison dernière. Avec un effectif composé d’anciennes rock stars comme Trashorras, Alejandro Dominguez ou Delibasic et de jeunes talentueux nommés Abu et Bangoura, les Franjirojos luttent avec leurs moyens contre la relégation qui leur est promise. Perchés à la 8ème place il peuvent compter sur Francisco Medina Luna dit Piti. Auteur de 6 buts, il régale les spectateurs du stade Vallecas avec l’appétit d’un jeune premier. Pourtant à 31 ans il ne joue là que sa deuxième saison parmi l’élite Espagnole. Piti ou comment cet enfant de la Catalogne est devenu l’atout principal d’un club banlieusard Madrilène.

Francisco Medina Luna a vu le jour en pleine terre Catalane à Sant Boi de Llogrebat fief de Pau Gasol. Ne cherchez pas dans les archives de la Masia il ne l’a pas fréquenté, il n’a pas non plus intégré l’autre institution de la région l’Espanyol Barcelone. Piti est purement issu du sérail amateur Espagnol. Il a tout d’abord fréquenté des clubs comme la Peña Barcelonista Cinco Rosas puis Novelda, Tarrega avant de réaliser une saison remarquable en troisième division sous les couleurs de Reus Deportivo. Calé en pointe il boucle l’exercice avec 23 buts au compteur. A 22 ans il séduit le Real Saragosse qui bataille en Liga. Mais la marche était trop grande pour Piti (excusez le jeu de mot) qui ne disputera que 3 bouts de matchs avec les Blanquillos. S’en suivent des expériences peu concluantes à Murcie puis à Almeria avant d’atterrir en troisième division chez le Rayo Vallecano. Retour à la case départ. Quarts de finalistes de la Coupe UEFA en 2001, les blancs et rouges entament une renaissance emmenant Piti dans leur sillage. Attaquant polyvalent, du haut de son mètre 74  il contribue grandement aux deux montées en trois saisons en inscrivant une trentaine de buts dont certains s’avèrent décisifs. De retour parmi l’élite à 30 ans il ne score que 3 fois la saison dernière mais sa force de caractère et son jeu en mouvement perturbent les défenses. Cette saison Piti marche sur l’eau, notez son doublé contre Malaga et Vallecano aime ça. Adulé par le public depuis 4 ans maintenant il a reçu en gage de reconnaissance une carte de socio Rayista à vie. Après avoir longuement arpenté le milieu amateur du football Espagnol, Piti rayonne en Liga. Et mieux, il vient de fêter contre le Nigéria sa troisième cape avec la très officieuse sélection de la Catalogne au milieu des Xavi, Piqué, Alba et Busquets. Alors maintenant chaque week-end après avoir satisfait votre envie de savoir qui a fait mieux entre Cricri, Léo et Falcao, faites un Piti tour du côté de Vallecano, ça sera pas plus mal.

 

Kassim Abdallah des tribunes au terrain

En France nombreux sont les cas de ces joueurs qui ont du batailler ferme avant de s’imposer au plus haut niveau. Drogba, Ribéry, Valbuena, Savidan, Rami ou encore Giroud ont tous fréquenté les pelouse amateurs de l’hexagone avant celles de la Ligue 1. Pour représenter ce phénomène nous avons choisi Kassim Abdallah, hier chauffeur livreur et aujourd’hui footballeur professionnel à l’OM. Ses prestations ne sont pas spécialement remarquables, mais l’histoire est belle et pas commune pour ce gamin des quartiers nord qui s’est accroché à son rêve.

Kassim Abdallah a grandi au 3ème étage du bâtiment B7 au sein du médiatisé quartier de la Busserine au nord de Marseille. Entre descentes du GIPN et trafic de drogue il préfère que les journalistes retiennent « ces petits jeunes qui travaillent pour s’en sortir ». Lui aussi a très vite travaillé comme chauffeur-livreur à l’age de 20 ans. Et le football dans tout ça ? Kassim a écumé les clubs de la cité Phocéenne, il a même évolué en UFOLEP. Pour lui « c’était avant tout un loisir ». Pourtant un jour tout s’accélère après une belle saison avec AS Félix Pyat en DH, il signe à Marignane en CFA. Le longiligne latéral prendra petit à petit son envol et en l’espace de deux saisons il parvient à se faire repérer par un club professionnel à l’autre bout de la France : le CS Sedan Ardennes. La situation est coquasse, il demande à son boss une autorisation pour quitter son camion le temps d’un essai. Mais comme la vie n’est pas un film Américain à rebondissements, le patron accepte et Kassim signe quelques temps plus tard son premier contrat professionnel. Après un petit temps d’adaptation, Abdallah explose à Sedan et devient rapidement un rouage essentiel de la formation Ardennaise. En 2012 il est même élu meilleur latéral droit de Ligue 2 et commence à susciter quelques convoitises dont celle de l’OM. Le dernier jour du mercato 2012 le voilà de retour chez lui, à Marseille. Sélectionné dans l’équipe des Comores, il découvre la Ligue 1, l’Europe et les classicos tout ça avec le maillot de l’OM sur les épaules et ses potes dans les tribunes. Alors même si il alterne le bon et le moins bon, son parcours force le respect et son humilité détonne. Lui dont le seul but est « de sortir sa famille du besoin » donne beaucoup d’espoirs à tous ces jeunes Phocéens qui rêvent un jour de gambader au Vélodrome.

 

Federico Peluso du jeune premier à la Vieille Dame

Une saison et demie en Série A aura suffit à convaincre Cesare Prandelli le maestro de la Squadra Azzura et Antonio Conte le manager de la Juventus pour glisser Federico Peluso dans leurs petits papiers. A l’instar de la Ligue 1, la Série A a révélé quelques bons joueurs sur le tard, Di Natale ou Toni pour ne citer qu’eux et le dernier en date Federico Peluso donc. Passé par la Série C2 et la Série B il se révèle être un des tous meilleurs spécialistes à son poste cette saison en Série A.

Pur sang Romain, Peluso fait toutes ses classes à la Lazio de Rome qu’il quittera sur la pointe des pieds à 17 ans, non conservé par le club Biancocelesto. Il prend ses valises pour atterrir sur les bords de la rivière Sesia à Pro Vercelli dans le Piémont en Série C2, comprenez le 4ème échelon national. Après trois saisons relativement correctes, il débarque en 2004 en Série B à Ternana. Pas le temps de se stabiliser il bouge deux ans plus tard à AlbinoLeffe toujours en Série B. Chez les Seriani il commence à se faire un petit nom et frôle l’accession en Série A. La belle mécanique s’enraille la saison suivante où pour cause de difficultés économiques Peluso est échangé au voisin l’Atalanta contre Karamoko Cissé et un peu d’argent. C’est l’époque des grands débuts en Série A, mêmes si ils sont anonymes. Peluso jouera une trentaine de matchs avant de connaitre les affres de la relégation. De retour en Série B, à 26 ans c’est déjà la dernière chance pour lui de percer. C’est le moment qu’il choisi pour avoir le déclic, il survole le championnat avec son équipe de l’Atalanta, accumulant les prestations XXL. Un an après l’avoir quittée, il retrouve la Série A avec un nouveau statut de taulier. Propre sur l’homme, spécialiste des retours en catastrophe il voit son nom associé à plusieurs clubs huppés de l’élite. Cesare Prandelli le sélectionneur Azzuro est séduit et le convoque en août dernier pour ses premières capes et même son premier but face à Malte. Privés de Chiellini et faisant face au départ d’Asamoah pour la CAN, les dirigeants de la Juve n’ont pas hésité à recruter celui qui fêtera ses 29 ans le 20 janvier prochain. Après tout en Italie, 29 ans c’est encore jeune, n’est-ce pas monsieur Ambrosini ?

 

Sascha Mölders, l’autre Allemagne

Vue de France, la Bundesliga c’est du beau jeu, un bon public, des jolis buts, le Bayern et Dortmund. Si vous êtes un peu comme Jean-Charles Sabatier vous pouvez pousser le vice jusqu’à Leverkusen, Stuttgart ou le Werder Brême. Mais si on vous parle du FC Augsburg 07 c’est clair vous êtes à la masse. Ce club centenaire du sud de l’Allemagne en pleine terre Bavaroise n’a accédé à la Bundesliga qu’en 2011 pour la première fois de son histoire. Sauvés de peu la saison dernière, les pensionnaires de la SGL Arena sont en galère à l’avant-dernière place cette saison. Un homme se charge pourtant d’entretenir l’espoir, Sascha Mölders auteur de 4 buts en 7 matchs. Petit portrait d’un attaquant Allemand qui ne porte pas un prénom d’Italien et dont les parents ne sont pas immigrés Turcs ou Polonais, pour une fois.

Dans une Bundesliga truffée de jeunots aux pieds d’or comme Reus, Götze ou Schürle, le profil atypique de Mölders détonne. Formé en Westphalie du Nord au sein de plusieurs club de la ville d’Essen il rejoint le Schwarz-Weiß Essen modeste club de 5ème division à 19 ans. Rapidement prêté chez les amateurs de Wacker Bergeborbeck il inscrira 35 buts en 34 rencontres. Malgré tout, de retour au Schwarz-Weiß Essen on ne lui fait pas spécialement confiance. Il parvient tout de même à convaincre la réserve du MSV Duisbourg dont l’équipe première officie en Bundesliga de le recruter en 2006. En deux saisons chez les Zèbres il se révèle être un véritable buteur… en réserve. Appelé une dizaine de fois en Bundesliga il ne score pas et ne convainc pas ses dirigeants de le conserver. Retour à Essen, au Rot-Weiss Essen en division régionale à 24 ans. Là bas en deux saisons il confirme sa réputation de terreur régionale en plantant 42 buts en 52 matchs. Il remet alors un pied dans le monde pro en rejoignant le FSV Francfort en Bundesliga 2 un jour de janvier 2010. La dernière chance qu’il va saisir avec brio. Une saison et demie plus tard Mölders a réussi à passer ce pallier de décompression en scorant à 18 reprises dans l’antichambre de la Bundesliga. Augsburg qui vient de monter à l’étage supérieur emmène dans ses valises Sascha Mölders. Grand artisan du maintien avec 5 buts il se révèle être un poison pour les défenses adverses. Gravement blessé il revient seulement en novembre dernier au sein d’une équipe larguée au classement. Depuis il a marqué à 4 reprises en 7 matchs dont 3 buts sur ses 3 premiers matchs. Augsburg respire un peu mieux. Tout sauf un hasard. Même si le chemin est encore long en vue du maintien, les Bavarois peuvent compter sur Mölders qui s’est fait une place en Bundesliga à 27 ans.

 

Elias TOUMI
@Sir_Elias_

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