Le naufrage chinois de Carlos Tévez

Carlos Tévez en plein casse-tête chinois

Footballeur le mieux payé de la planète, Carlos Tévez avait débarqué à Shanghai dans la peau d’une superstar. Quelques mois plus tard, l’attaquant traîne son spleen et ses kilos en trop sur les pelouses chinoises. Et encore, c’est quand il joue. L’argentin n’a disputé que treize matchs et plafonne à trois malheureux buts. Autopsie d’un échec tellement prévisible, devenu le fiasco le plus cher de l’histoire.

Chine-Chine, à la vôtre ?

« Boca Juniors est parvenu à un accord avec Shanghai Greenland Shenhua pour le transfert de Carlos Tévez, respectant la volonté du joueur de continuer sa carrière footballistique dans le pays asiatique ». Ce communiqué de presse qui fend la nuit du 29 décembre 2016 est équivoque, la star argentine souhaite jouer en Chine. Traduction, Carlos Tévez veut s’en mettre plein les poches. A raison d’un salaire d’environ 40M€ par an, il devient alors le joueur le mieux rémunéré au monde. La Chine du football, de son côté, représente un nouveau paradis doré pour les joueurs (aux portefeuilles) ambitieux. L’Empire du Milieu a su faire plaisir aux internationaux Oscar et Hulk au Shanghai SIPG, Ramires et Alex Teixeira au Jiangsu Suning, au goleador colombien Jackson Martinez de Guangzhou Evergrande, mais aussi à Gyan Asamoah, Demba Ba, Paulinho, Graziano Pellè, Freddy Guarin, Gervinho, Axel Witsel ou encore Ezequiel Lavezzi pour ne citer qu’eux. Les clubs, adossés à de gigantesques groupes d’entreprises chinoises, dérèglent le marché, marchent sur les plates-bandes des clubs du Vieux-Continent et empilent les joueurs à vitesse grand V.

Carlos Tévez en peine

Tout amoureux du football qui a osé un jour se pencher sur un match de Chinese Super League est formel : le niveau est très moyen, pour ne pas dire faible. Pour Francis Gillot, ancien entraîneur de Shanghai Shenhua entre 2014 et 2015, « Les cinq premiers de Chinese Super League correspondent aux clubs de milieu de tableau de Ligue 1. » Pour Alain Perrin, sélectionneur de la Chine de 2014 à 2016, le constat est plus tranché « Les meilleurs clubs figureraient plutôt en seconde moitié de tableau en Ligue 1 ». La réglementation un brin particulière, réduisant notamment à 4, la présence de joueurs étrangers dans un onze de départ, ou obligeant la titularisation d’un gardien chinois, n’aide pas forcément à remonter le niveau d’un championnat qui ne rivalisera jamais avec les compétitions européennes. Dans ce contexte avantageux financièrement mais sans intérêt sportif pour un joueur de gros calibre, aucun mariage à la chinoise s’est montré durable. La différence de culture, les difficultés à comprendre la langue et donc ses coéquipiers, les règles qui s’ajoutent en cours de route, la corruption… sont autant d’ingrédients qui poussent les aventuriers avides à repartir dans l’autre sens, une fois le compte en banque alourdi de quelques zéros.

L’argentin à l’argent triste

Si l’intégration n’est pas chose aisée, niveau professionnalisme, la plupart des têtes d’affiche répondent présent. Eran Zahavi, international israélien passé par Palerme,  affiche 25 buts en autant de matchs, Alexandre Pato, Jonathan Soriano ou Hulk flirtent avec la quinzaine de caramels et même un flemmard comme Lavezzi survole le championnat avec 15 buts et 13 décisives. Et Carlos Tévez dans tout ça ? L’Apache qui a encaissé 26,7M€ de salaire depuis la signature de son contrat doré mais n’a disputé que treize petits matchs depuis janvier dernier pour seulement trois malheureux buts inscrits. Pour être clair, le Shanghai Shenhua qui pointe à la 11ème place, a payé Carlos Tévez à hauteur de 26 000 € la minute disputée et 8,9M€ le but inscrit… C’est comme craquer son compte en banque pour acheter l’iPhone X et s’en servir pour envoyer deux ou trois sms et passer un petit appel. Tévez en a même perdu sa place de titulaire, dans un championnat dont il raillait le niveau il y a peu en déclarant tranquillement que « même si le meilleur joueur du monde venait ici, cela ne changerait rien. Il y a cinquante ans de retard ici ».

Carlos Tévez

La raison d’un tel échec industriel et sportif ? Carlos Tévez souffrirait du mal du pays, la presse argentine évoquant même une dépression pour l’ancien goleador des Manchester. Rentré au pays, pendant deux semaines, en début septembre, officiellement pour soigner une blessure au mollet, le joueur s’est confié sur un plateau de télévision. « Mon rêve est de revenir jouer à Boca Juniors ». Des états d’âmes qui ne passent pas chez les supporters du Shenhua, dégoûtés par l’attitude de la star.  « Tévez montre une image désastreuse. Il devait être un modèle, il devait hausser le niveau du Championnat. En fait, c’est une diva. Il méprise la Chine. Ça fait vomir. » D’autant plus que son cas est alourdi par… son poids. Selon Gustavo Poyet, son ancien entraîneur à Shanghai « pour la nourriture, certains souffrent plus que d’autres, et c’est ce qui est arrivé à Tevez« , avait expliqué l’Uruguayen au quotidien argentin La Nacion en mai. Wu Jingui, qui a succédé à Poyet, avait prévenu qu’il n’accorderait plus de passe-droit à la star argentine. « J’ai discuté tactique avec lui. Mais je ne le ferai pas jouer, il n’est pas apte physiquement« . Ces critiques viennent compléter le dossier de Tévez, qui était ouvert en avril dernier lorsque l’argentin se baladait tout sourire dans les allées de Disneyland Shanghai alors qu’il était censé être blessé.

La conclusion pour Carlos Tévez est inévitable, malgré son contrat aux clauses contraignantes, il pliera bagage à la fin de la saison 2017 laissant derrière lui un immense sentiment de gâchis. Pour Mohamed Yousfi, agent de joueurs francophones sur le marché asiatique, « à cause de lui, ça va devenir encore plus difficile de vendre des joueurs qui évoluent en Europe. Les chinois vont se dire que les stars ne sont pas à la hauteur ». Il est clair qu’avec ce fracaso à 38M€, il sera très compliqué de leur donner tort.

 

Elias TOUMI
@Sir_Elias_