Mario Balotelli, super pigeon

Le 20 août s’est refermé le feuilleton du mercato français version 2018. Mario Balotelli annoncé depuis presque deux mois du côté de l’Olympique de Marseille décide finalement de rester à Nice. L’histoire agace les marseillais et fait rire la France du foot qui leur rappelle allègrement leur « échec » après s’être fait menés en bateau par Mino Raiola. Mais, au final, quand on démêle un peu l’affaire et que l’on met la passion de côté, tout le monde semble avoir trouvé son compte, sauf Mario Balotelli.

L’OM, coefficient du pigeon : 15%

Depuis l’arrivée de Franck McCourt pour le portefeuille et Jacques-Henri Eyraud pour tenir les commandes, l’OM nourrit de grandes ambitions. La patience n’est ni le fort du peuple marseillais, ni adaptée au monde du football actuel où tout doit aller très vite. Échaudés par des projets qui ont foiré, comme la catastrophe industrielle de Malaga, ou des revirements de stratégie après avoir ouvert le robinet comme à Monaco, les dirigeants phocéens ont pris leur temps pour ne pas arroser tout le monde. Alors oui, pour chaque ligne de l’équipe des renforts efficaces sont arrivés. Mandanda, Sakai, Rami ou Payet ont comblé quelque peu l’appétit des inconditionnels du Vélodrome. Alors oui, des paris ont bien fonctionné comme le retour d’Ocampos ou le repositionnement de Bouna Sarr. Et des jeunes du centre de formation, Lopez et Kamara, ont même intégré l’équipe première. Mais du côté de la cité phocéenne, un sempiternel sujet agace : le grand attaquant. Car ni le volontaire Germain, ni le puissant Mitroglou n’ont su calmer l’attente des supporters. Ils n’ont rien de sensationnel à se mettre sous la dent depuis le départ de Gignac, voire celui de Drogba avanceront certains.

Pour moi, le souci dans cette affaire, c’est la commission que Mino Raiola réclamait à l’OM. On n’en connaîtra jamais les tenants et les aboutissants exacts mais c’est ça qui a fait capoter le deal. Surtout que ce n’est pas légal en France !  – Mathieu Faure

Quand le nom de Balotelli est apparu dans les petits papiers marseillais, combien se sont surpris à rêver d’un mariage parfait entre le fantasque mais redoutable attaquant italien et la fureur du Vélodrome ? L’OM a besoin d’un buteur et avec Balotelli sur le marché, difficile de trouver mieux comme avant-centre de classe mondiale à ce prix là… Mais à quel prix en fait ? L’OGC Nice avance que Super Mario avait un bon de sortie à hauteur 4M€, tandis que Jacques-Henri Eyraud parle de 10M€. Mais plus que l’indemnité nette de transfert, ce sont d’autres éléments qui ont fait tiquer les dirigeants olympiens : le salaire, la durée du contrat et surtout la commission à verser pour Mino Raiola. Dans le monde idéal de Mino, Balotelli signait pour seulement une saison avec le plus gros salaire jamais versé à un joueur à la Commanderie tandis que lui se goinfrait d’une commission de malade. En somme, l’OM aurait du conclure un deal avoisinant les 25M€ pour une petite saison. Bien loin des 4M€ annoncés.

Si l’OM apparaît comme un bon gros dindon dans l’affaire pour avoir échoué sur un dossier qui s’est étiré depuis plusieurs mois, le club phocéen pourrait finalement avoir plus de raisons de se satisfaire de cet échec que de regrets. Claquer plus de 20M€ sur Balotelli pour voir l’ombre de Raiola planer lourdement au-dessus de la Commanderie l’été prochain, c’était en effet peu être un peu trop cher.

L’OGC Nice, coefficient du pigeon : 5%

Lorsque Mario Balotelli s’est engagé avec Nice, les questions sur la forme du joueur et son utilité dans le vestiaire niçois étaient nombreuses. Au sortir d’une saison complètement ratée sous les couleurs du Milan AC, auteur d’un seul but en championnat, et d’un été qui l’aura vu rater l’Euro 2016, l’italien débarque quasi gratuitement sur la Côte d’Azur avec la ferme intention de se relancer.

Deux saisons plus tard, le pari est largement réussi : 33 buts en 51 matchs de Ligue 1 et une côte qui est remontée en flèche. Si les sautes d’humeur, les fantaisies et désobéissances de l’italien font toujours partie de son personnage, Mario Balotelli s’est affirmé comme un buteur régulier et par moments comme un avant-centre de classe mondiale.

Alors quand l’OM est venu aux nouvelles, tout en sachant qu’il ne restait qu’un an de contrat à Balotelli, on s’est dit que tout était gagné pour l’OGC Nice. Les Aiglons ont à nouveau rendu bankable un joueur qui n’avait plus aucune côte sur le marché tout en profitant de son efficacité pendant deux saisons. Alors finalement, l’échec de son départ à l’OM signe la fin des espoirs du club azuréen de percevoir une indemnité cet été et de mettre fin à un contrat qui pèse dans le vestiaire. Ce qui aurait pu ressembler à une opération réussie à 100% cet été, deviendra ce que Mario Balotelli voudra bien en faire. Car s’il est capable d’amener l’OGCN très haut, c’est aussi dans ses cordes de réaliser une saison pourrie et de partir gratuitement comme un anonyme en juin prochain.

Mino Raiola, coefficient du pigeon : 0%

Mino Raiola rate rarement ses coups. Il a toujours dit qu’il n’avait pas peur de « casser les couilles des dirigeants » quand il voulait placer un joueur. Or le problème de Raiola ce n’est pas qu’il casse les couilles des dirigeants, c’est qu’il semble bien souvent faire passer ses intérêts financiers au-dessus des intérêts sportifs des joueurs de son écurie. Le scandale Donnarumma ? C’était déjà lui. Le pire, c’est que l’agent italo-néerlandais est bien loin de dormir sous les ponts. Rien qu’en 2016, il s’est gavé de près de 50M€ sur le transfert de Pogba de la Juve à Manchester United.

Le tag sur Mino Raiola à la Commanderie

Marseille, ville de poètes

Mino Raiola fait partie des agents que je déteste, c’est un sac à merde – Sir Alex Ferguson

Bien embêté par la législation française qui limite à 10% les commissions sur les transferts, Raiola n’avait pas plus d’intérêt que ça à voir Mario Balotelli s’envoler à Marseille. Autant attendre encore un an et jouer sur le transfert gratuit de son poulain pour taper une prime à la signature maximale… Bien qu’il n’en soit pas le seul responsable, Mino Raiola est l’un des éléments majeurs de l’échec du transfert de Super Mario à l’Olympique de Marseille.

Mario Balotelli, coefficient du pigeon : 80%

Qu’on se le dise tout de suite, le grand perdant de ce feuilleton c’est bel et bien Mario Balotelli. Si l’on met de côté tout ce qui impute directement de son comportement, sa carrière est très loin d’être un long fleuve tranquille. Parfois adulé, souvent détesté, auteur de performances XXL comme de périodes où il se rate dans les grandes largeurs, Balotelli s’était acheté une conscience, une tranquillité et une régularité sur la Côte d’Azur. Bien loin des grandes écuries européennes, à 28 ans il était temps.

Lalalalalala, suuuuper pigeoooon

De retour sous le maillot de la Nazionale, idolâtré par le peuple niçois et respecté par toute la Ligue 1, il a trouvé un cadre où pour la première fois de sa carrière il semble être épanoui. L’étape suivante était toute tracée : un club d’envergure européenne où il demeurerait l’attraction principale et l’atout numéro 1. Sans garantie de résultats, l’Olympique de Marseille semblait être ce club, plutôt bien régulier depuis 10 ans. Même si le natif de Palerme ne s’est jamais clairement exprimé sur le sujet, n’aurait-il pas apprécié se voir désirer par l’OM et certainement adulé par l’un des plus beaux stades d’Europe ?

Mino Raiola ne semble pas s’être posé ces questions. C’est pourtant dommage. Il ne voit pas « son » joueur comme un joueur de football mais comme un produit, son éventuel transfert comme une progression mais comme un pactole personnel. Du coup, Mario Balotelli qui aime tant se définir comme un lion ne serait-il finalement pas un pigeon ?

 

Elias TOUMI
@Sir_Elias_