N’Koudou à toute vitesse

Georges-Kévin N'Koudou est une des révélations du FC Nantes

A Nantes fief historique du beau jeu et laboratoire à joueurs collectifs, une anomalie est apparue depuis la fin de l’été. Un Canari qui n’est pas sorti du même moule que les autres et qui préfère les percées aux passes à une touche. Cette anomalie les formateurs nantais n’ont pas cherché à la corriger et bien leur en a pris.

Les couloirs de la Beaujoire sont des royaumes qui furent longtemps arpentés par des souverains répondant au nom de Blanchet, Amisse, Pedros ou Da Rocha. Tous formés et élevés à la Jonelière ces ailiers sont des pièces indispensables au bon fonctionnement d’un projet de jeu qui se réduit en un seul terme plutôt flou : « à la nantaise ». En gros et pour faire simple, les joueurs de côté participent à un jeu de passes courtes intelligent, léché et fluide avec leurs mouvements perpétuels, leurs appels de balle et leurs nombreux centres. Ce jeu à la nantaise qui a connu deux âges d’or (années 60 et années 90) a disparu complètement puisque Nantes s’est amusé à flirter avec la Ligue 2 avant de finalement y goûter une première fois en 2007 pour une saison puis en 2009 jusqu’à enfin retrouver l’élite et s’y maintenir en fin de saison dernière. Mais attention tout n’est redevenu rose, englués au cœur de problèmes financiers et interdits de recrutement jusqu’à l’été 2015, les nantais ont décidé de réactiver les cheminées d’un centre de formation plutôt improductif depuis quelques années mais qui nous a réservé une belle surprise cet été.

N'Koudou contre Guingamp

GK le dragster qui a appris à faire des virages

Les périodes de préparation estivales nous permettent de nous familiariser avec les nouvelles têtes qui ont débarqué dans un club. Pour Nantes et son mercato plombé par l’interdiction de recruter, cette année c’était plutôt l’occasion de nous présenter ses meilleurs jeunes invités à intégrer de plein pied l’équipe première de Michel Der Zakarian. Parmi eux, il y avait ceux qu’on connaissait déjà un peu comme Maxime Dupé ou Koffi Djidji et ceux qui malgré quelques apparitions restaient totalement inconnus du grand public comme Georges-Kévin N’Koudou. Si cet ailier de 19 ans surnommé « GK » dans le vestiaire, ne s’est pas pas encore fait connaître en Ligue 1 c’est en partie à cause des formateurs nantais qui ont préféré le couver et le polir avant de tourner la clé dans le contact. Avec son physique à la Raheem Sterling, N’Koudou est un étonnant mélange de vitesse, d’explosivité et d’endurance, à l’opposé de ce qu’à pu produire le FCNA sur ses ailes par le passé. Quid de son bagage technique si cher à la maison jaune ? Pour Samuel Fenillat, le directeur du centre de formation et Matthieu Bideau ce n’était qu’une question de temps et d’apprentissage « Au début, il n’avait quasiment que la vitesse. On a tout de suite vu sa puissance mais il manquait un peu de maîtrise technique et de justesse dans le jeu (…) GK, c’est un dragster à qui on a appris à la Jonelière à prendre des virages ».

 

De l’Ile-de-France à l’équipe de France

Natif de Versailles, N’Koudou a signé a apposé sa signature sur les licences de plusieurs clubs franciliens dans sa jeunesse. Et comme la plupart des gamins talentueux des alentours de la capitale, il entre en préformation au Paris-Saint-Germain à 13 ans. Membre de la génération 1995 comme Maignan, Ongenda ou Rabiot il n’est finalement pas conservé par le PSG. Hors circuit mais pas hors service, il rebondit du côté des 17 nationaux de Boulogne-Billancourt où il se fait rapidement repérer par les recruteurs du FC Nantes, persuadés d’avoir à faire à un phénomène. C’est plutôt chez les formateurs que l’histoire coince un peu, refroidis par le profil pas assez technique du bonhomme, avant que finalement Samuel Fenillat tente le pari en coiffant le LOSC « On avait décelé chez lui de grosses qualités de vitesse, de percussion. Une capacité à répéter les efforts. Bien sûr, il a encore quelques manques tactiques dans le jeu. Il restait encore quelques petits doutes par rapport à cela. Ce n’est pas le genre de profils qu’on recrute habituellement au FC Nantes mais, à l’époque, on s’était dit qu’il était important d’avoir des joueurs différents avec de grosses qualités de vitesse. »

Un temps convoité par Arsenal et Porto pendant ses deux ans de post-formation à la Jonelière, N’Koudou signe son premier contrat professionnel en août 2013, deux jours avant de disputer ses deux premières minutes en Ligue 1 à Bastia. Suivront 5 autres matchs de championnat et 2 de Coupe de la Ligue avec un but à la clé contre Lorient. Touchés de plein fouet cette saison par la FIFA qui les interdit de recruter, les Nantais s’en sortent pour l’instant facilement en championnat et ses jeunes jouent régulièrement avec en tête d’affiche Georges-Kévin N’Koudou. Passé de remplaçant à titulaire en quelques matchs, le joueur le plus rapide de l’effectif nantais ambiance son côté gauche et met à mal les défenses comme celles de Bastia et de Lyon contre qui il obtient des penaltys. Dans la continuité de son début de saison en boulet de canon, il inscrit même un des tops buts du premier trimestre contre Guingamp.

Appelé en octobre chez les Bleuets U20 il y retrouve Adrien Rabiot et brille en scorant contre la République Tchèque. Alors que l’on pensait la hype lancée, un grain de sable en forme de blessure aux adducteurs est venu perturber l’ascension du numéro 14 Canari. Si on devrait rapidement le revoir sur les terrains de Ligue 1, quelques doutes persistent comme chez la plupart des jeunes joueurs, sur sa capacité à enchaîner les matchs à un tel niveau. Suivi de près par le Milan AC, la Juventus ou encore Liverpool, son agent a calmé le jeu en déclarant qu’il valait mieux que son poulain reste à Nantes pour l’instant histoire de pas se brûler les ailes. Certainement une des rares fois où on lui demandera de ralentir.

 

Elias TOUMI
@Sir_Elias_

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.