Peut-on avoir une tronche de caïd et bien jouer au football pour son pays ?

Franck Ribéry et Karim Benzema, délit de faciès ?

Après un Euro jugé catastrophique par l’intelligentsia footix française, on peut décemment se poser la question.  Mais finalement si on y regarde bien, hormis le match contre Zlatan, le parcours des bleus n’est pas si dégueulasse que ça. Et puis perdre contre le tenant du titre et futur vainqueur, est-ce porter la honte sur le foot hexagonal ? Pourtant, les supporters français sont unanimes, notre équipe est indigne du pays. Mais où se situe donc le problème de notre équipe de France ? C’est aussi la question qu’à peu près toute la planète se pose depuis 2008.

 

Les joueurs

Les principaux suspects. Le, jadis, ennemis public numéro un, Raymond Domenech étant désormais hors d’état de nuire, il ne reste comme autres coupables que les onze types en bleus. Malheureusement pour eux, ils ont la tronche de l’emploi. Certains sont issus de quartiers plutôt éloigné de l’idée qu’on se fait de Beverly Hills et trainent derrière eux une petite réputation de jeunesse difficile. D’autres n’ont juste pas de chance et arborent une gueule franchement pas recommandable. Et enfin, assez peu d’entre eux peuvent se targuer de briller par leur intelligence ou du moins, de l’avoir montré une seule fois. Pour mieux comprendre le mal qui ronge nos joueurs, il faut s’attarder sur les pays qui réussissent dans le football. Plutôt que parler encore une fois des nains catalans et des bourrins madrilènes, dont la victoire à l’Euro n’a pas été une grande surprise prenons comme exemple, à tout hasard, la grande surprise de cette année footballistique, l’Italie.

Une équipe sportive ne réussit que si elle peut se reposer sur certains cadres. Ceux-ci sont bien souvent, soit des joueurs emblématiques et historiques de l’équipe nationale, soit des mecs qui carburent fort dans leurs clubs. De notre côté des Alpes, nous avons Benzema, Ribery et Evra. De l’autre, Pirlo, Buffon et Cassan….De Rossi.  Des vieux ? Pas de soucis, derrière attendent patiemment Marchisio, Montolivo et Balot….Chiellini. Pas difficile alors de se rendre compte que chez nous l’équipe ressemble à si méprendre aux cadets de Clichy-sous-Bois, de l’autre à l’équipe des étudiants des beaux-arts de Florence, bon certes, sans compter De Rossi ni Chiellini, recalés au concours d’entrée.  Nos joueurs sont donc moches, ne chantent pas La Marseillaise et semblent se foutre royalement de l’honneur de la patrie alors que Buffon et ses coéquipiers posent pour Dolce & Gabbana et massacrent Fratelli d’Italia avec les larmes aux yeux à chaque début de match.

Ce constat à l’extrême limite du racisme primaire digne des meilleurs débats du bar-PMU de Bouillon-sur-Oise, n’est pas très éloigné de ce que pense maintenant l’ensemble du peuple France de son équipe nationale. Tout le monde ne peut pas être Socrates ou Buffon. C’est indiscutable, les bleus manquent de personnalités fédératrices et de réels fuoriclasse capables de porter à eux seuls les responsabilités qui incombent à une grande équipe en compétition. Soyons honnête, que notre attaquant ne sache pas aligner deux mots de français correctement n’est pas vraiment un problème s’il plante des pralines de 35 mètres en pleine lulu à chaque match.

Et si alors, nous retournions la question : La disette de résultat de notre sélection nationale n’est-elle pas plutôt le résultat d’un désamour certain du peuple et de la nation pour le foot ?

 

Au pays des footix, la polémique est reine

Petit retour historique. Le football débarque avec fracas et un certain triomphe en France en l’An de grâce 1998. Avant cette date, il n’était suivi que par quelques illuminés dans quelques villes sans réelles importances. Il faut attendre l’apparition de Zidane et de ses 10 apôtres pour que la folie du joga bonito s’empare de l’hexagone. Deux têtes dans les filets brésiliens plus tard, le pays bascule dans l’euphorie générale. Nous pouvons enfin gagner dans un autre sport que le handball ! Tout un peuple se retrouve uni derrière son équipe nationale. Le racisme n’existe plus. A partir de ce 12 juillet n’importe quel jeune d’origine maghrébine va se voir pleinement accepté dans notre société, si fière de son multiculturalisme. Bref, tout va bien dans la meilleure des Frances. Deux ans plus tard, nouveau triomphe à l’Euro 2000 en battant l’ennemi intime italien, cette équipe que nous aimons tant détester. Les Zidane, Vieira, Henry, Desailly et cie forment donc la meilleure équipe du monde dans un sport où il devient franchement facile de gagner. La frénésie bleue n’est pas loin d’être au plus haut niveau du n’importe quoi. Il ne faudra attendre que quelques années pour que Johnny nous sorte son « Tous ensemble », qui selon certains spécialistes, est encore aujourd’hui l’une des principales causes du profond malaise de l’équipe de France.

2002 et sa coupe du monde ratée marque le début de la fin. La fin de la confiance aveugle du peuple dans son équipe nationale, la fin de la frénésie débile autour de cette dernière et le début d’une nouvelle ère de doutes. Plus haute est l’ascension, plus dure est la chute. L’équipe de France et l’ensemble de ses supporters vont en faire l’amère expérience. 2006 et le grand show final de l’icône Zidane va rassembler à nouveau l’ensemble des français avec leur équipe nationale. L’embellie n’est malheureusement que de courte durée. Les qualifications des compèts’ suivantes vont être à la limite de la torture sadique pour les nerfs. La sélection  n’est à aucun moment séduisante dans le jeu, elle ne l’est pas beaucoup plus par les personnalités qui la composent. S‘ensuivent 2008, 2010 et 2012, trois années synonymes de grands échecs pour le foot français.  A chaque fois, en représailles de ce qu’il considère comme un déshonneur national,  le pays tout entier prend un malin plaisir à dézinguer son équipe nationale à vue, histoire de lui faire payer plus que de raison ses échecs. N’importe qui a son mot à dire pour éclairer la situation. Vous n’avez jamais été intéressé par le foot, mieux, vous méprisez totalement ce sport d’abrutis surpayés courant derrière une balle ? Parfait, l’occasion est trop belle pour ne pas déverser votre flot de bave acide sur cette discipline de demeurés. Vous êtes un(e) politique en mal de crédibilité ? Quelle formidable opportunité de faire parler de vous et de faire remonter  votre côte de popularité à grand coup de déclarations populiste contre les milliardaires en short qui se foutent bien de l’honneur du drapeau ! Vous n’en avez rien à foutre et pensiez que Ben Arfa n’est que le nom de la boucherie hallal la plus proche de chez vous ? Bah, ça ne coûte rien de se laisser aller aussi à la critique facile, personne n’ira contre vous de toute façon.

Finalement, le vrai problème, c’est peut-être que le peuple français n’accepte tout simplement pas la défaite de son équipe nationale. Quatre années de domination de la planète football nous ont trop vite habitués à la victoire. Or la France n’est pas un pays de football comme peuvent l’être l’Angleterre, l’Allemagne, l’Espagne ou l’Italie, pour ne parler que de nos voisins les plus proches. Il n’y a guère que dans la victoire que le peuple se trouve entièrement uni derrière son équipe nationale. Simple exemple, le nombre microscopique de supporters français qui ont fait le déplacement en Pologne et Ukraine le mois dernier en comparaison avec nos voisins. Même les Irlandais, pas forcément une grande équipe de ce sport, ont montré beaucoup plus de ferveur que nous dans les travées des stades de l’est. Bien sûr, cette disette de supporter est surement une des conséquences de la pitoyable épopée sud-africaine des bleus et de leurs problèmes de transports en commun. J’en conviens, il reste tout de même très dur de défendre les types qui sont derrière cette vaste blague, même deux ans après. L’équipe de France est alors entré dans une sorte de cercle vicieux, dur de jouer à son meilleur niveau dans une équipe qui n’est pas vraiment supportée, dur d’être de croire dans une telle sélection quand elle n’est pas foutue de battre la Suède. Reste que, le grand public français n’y comprend pas grand-chose.  Avant de parler tactique, on parle honneur du maillot, avant de parler de talent, on parle de mouiller le maillot. Tous les mecs qui foulent un terrain de foot à ce niveau sont par essence des compétiteurs. Hors, l’envie ne suffit plus pour dépasser les différences de niveau qu’il y a entre notre équipe et le très haut niveau espagnol. La polémique qui a explosé, certes après avoir enflé suite au message fleuri de Nasri aux journalistes, n’a pas lieu d’être. S’il y a un problème dans cette équipe de France, c’est dans le niveau de jeu qu’il se trouve. Nous ne pouvons pas encore rivaliser avec les meilleures équipes du monde et nous devons l’accepter au lieu de continuellement chercher des excuses politico-sociales.

 

Le mauvais exemple espagnol

Hors le peuple footix est devenu exigeant. Le peuple footix est tombé amoureux du jeu développé par les espagnols et barcelonais depuis 2008. Le peuple footix a alors demandé à ce que son équipe nationale joue de la même manière. Et comme d’hab’, le peuple footix s’est foutu le doigt dans l’œil jusqu’aux couilles. Faut dire qu’avec trois sujets sur le Barça à chaque Téléfoot dominical, dont l’habituel duel statistique entre CR7 et Messi, il y a de quoi être (mal) influencé. Hors la France n’a jamais su jouer comme ça. La coupe du Monde 98 a été gagnée avec une forme moderne du catenaccio utilisé par les Azzuri dans les années 70. Anecdote amusante, Cesare Maldini (le Papa), défenseur de métier et entraineur de la squadra sortie en quart par Zidane et ses coéquipiers, dira ironiquement à l’issue de la rencontre : « Nous avons accouché d’un monstre ». Eux, avaient abandonné le jeu défensif depuis bien longtemps, les fous. La vérité qui fait généralement mal aux footix, c’est que nous avons gagné la coupe du monde en défendant comme des morts de faim et en contrant comme des gros fourbes. L’Euro 2000 remporté ne sera pas franchement plus offensif. Les victoires se feront toujours à l’arraché. Who cares ? Dur à accepter, certes, mais notre football est encore plus italien que les celui qui est joué par les transalpins depuis les années 80. La nomination de Deschamps à la tête de la sélection va surement faire renouer cette dernière avec ce jeu peu spectaculaire qui l’a fait gagner jadis. Reste à voir si l’efficacité sera aussi de retour…

Peut-on bien jouer au foot pour son pays quand on a une tronche de caïd ? Certainement. Le potentiel est là. Manque encore quelques cadres pour unir les individualités. Ce qui est sûr, c’est quand même beaucoup plus dur de gagner quand on est supporté par des types qui n’y comprennent rien.

 

 

Cyril MORACHIOLI
@_Cym_

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.