Pogba, un nouvel espoir

Paul Pogba le jeune français de la Juventus est un espoir mondial

On pourrait éternellement le comparer à Vieira. Mais on ne tomberait pas vraiment dans l’originalité. On pourrait dire que c’est peut être lui le milieu perforateur que l’équipe de France recherche depuis les retraites du même Vieira et de Makelele. Cette fois, on s’avancerait peut être trop sur le destin d’un gamin de 19 ans. Enfin on pourrait saluer ses premières bonnes prestations au sein de la Juventus et de son milieu de terrain platinum édition. Avant de s’enflammer, on va plutôt commencer par là.
 
Le mètre 88, les 81kg et les grands compas (si chers à Christian Jean-Pierre), de ce beau bébé de Paul Pogba explosent à la face du Monde le 20 octobre 2012 au soir quelque part dans le nord de l’Italie. L’histoire veut qu’à la 75e minute du match qui se joue alors, Angelo Alessio, coach par intérim de la Vieille Dame, remplace Vidal son aboyeur du milieu de terrain par un jeune français. Cinq minutes plus tard Martin Caceres ouvre le score d’une tête sur une offrande de l’éternel Pirlo. Le gamin de Lagny-sur-Marne, bien inspiré, double la mise la minute qui suit d’une grosse praline en reprise de volée à ras de terre et de l’extérieur de la surface s’il vous plait. De Sanctis est fusillé, quoi que l’expression « snipé » soit plus appropriée pour le coup, la Juve se décroche et file vers une victoire capitale à sa mainmise impériale sur la Série A.
De notre côté du Mont Blanc, la presse s’enflamme. Un simple but, certes magnifique et très important, et les papiers parlent déjà de lui en équipe de France A, le comparent à toutes les gloires passées de la même couleur de peau et du même poste. L’excitation médiatique autour du bonhomme ne fait que s’amplifier deux journées de Calcio plus tard lorsqu’il se voit aligné comme titulaire face à Bologne à la place de l’habituel Vidal. Il faut bien dire qu’il n’a pas fait grand-chose pour calmer les journalistes. Omniprésent à la récupération, avec lui le milieu de la Juve devient un rempart bien trop haut pour les offensives bolognaises. Seulement il ne se contente pas de se la jouer Matuidi bianconero. Ses petites particularités, celles qui font la différence avec les autres gamins de son âge, celles qui l’ont amené à faire ses classes au centre de formation de Manchester United et non à rester éternellement à l’US Roissy-en-Brie, c’est son intelligence tactique, sa science du placement et une technique supérieure à la moyenne. Dans ce match, la Juve s’impose 2-1 face à un adversaire en tout point inférieur. Comme toujours elle aurait pu en planter 3 ou 4 en plus, mais le rôle d’attaquant n’a pas vraiment la côte aux pieds des Alpes. Donc, c’est au milieu de terrain que ça se débloque. Au milieu de la légende Pirlo et du nouveau Fuoriclasse du Calcio, Marchisio, le gamin Pogba pourrait se sentir légèrement à l’étroit. Ce qui serait la moindre des choses d’ailleurs.  Un but refusé, une frappe pure de 25 m sur le poteau, des dizaines de récupérations de balles, une passe lumineuse qui amène vers le premier but et une seconde réalisation sous ses nouvelles couleurs, plus tard, prouvent que c’est l’exact contraire qui se produit. Non, le gamin n’a aucun complexe.

Pourquoi devrait-t-il douter ? Pogba commence le football dans le petit club local de l’US Roissy-en-Brie, pas très loin de son Lagny-sur-Marne natal. Après un passage à l’US Torcy, c’est le grand pas vers le Havre et son centre de formation. Deux années de travail plus tard, les recruteurs de Sir Alex Ferguson lui font faire un bond bien plus grand vers la gloire. Il traverse la manche et signe avec les Red Devils à l’âge de 16 ans. Le quotidien de Paul est donc de taper le cuir avec des mecs comme Giggs, Rooney, Scholes ou Garry Neville. De quoi prendre le gout et l’habitude du luxe. Il n’y a donc vraiment pas lieu d’être impressionné par Pirlo, Marchisio ou Vidal alors que son éducation footballistique s’est faite avec des mecs du même calibre. Au sein des Red Devils, Pogba va même faire quelques apparitions avec l’équipe première. Sept matchs en tout, généralement comme joker. Bien trop peu pour l’ambitieux français, qui malgré ses 18 ans n’apprécie pas vraiment le choix de Ferguson de ne pas en faire un élément primordial de son effectif. C’est pour cette raison qu’il décide de ne pas renouveler son contrat avec les mancuniens. De son côté, sa légende de coach avait d’autres projets, comme celui de l’intégrer progressivement à l’équipe première jusqu’à l’y laisser définitivement. Une évolution beaucoup trop lente pour Pogba qui quitte Manchester avec pertes et fracas, faisant de Ferguson, son nouveau meilleur ami dans le monde du football : « Pogba a signé avec la Juventus il y a un bon moment d’après ce que nous savons. C’est décevant, je ne pense pas qu’il ait montré quelque respect que ce soit envers nous, pour être honnête, je préfère le voir bien loin de nous. » Dira de lui l’écossais.

Ou aller lorsqu’on a 19 ans, que l’on ne doute jamais de la supériorité de son talent, que l’on se sait destiné à un grand avenir mais que l’on n’a strictement rien prouvé au plus haut niveau ? Le jeune Pogba voit arriver plusieurs propositions, et pas de la part de n’importe qui d’ailleurs. Chelsea, Arsenal, ces clubs que l’on affectionne tant par chez nous dans ce championnat qui nous fait tant rêver où l’on aime tant envoyer nos jeunes espoirs pour qui la Ligue 1 est devenue trop étroite. Mais aussi Milan, l’Inter et la Juventus. Ces vieilles équipes, du championnat agonisant d’un pays qui n’a de prestigieux que son passé. Pour un jeune homme né dans la banlieue Parisienne, pur produit de la formation moderne française, la question devrait trouver sa réponse en quelques secondes. C’est sans compter sur l’agent de Pogba, Mino Raiola, aussi connu par chez nous pour être le monsieur derrière la venue de Zlatan dans la capitale. L’américano-italien va donc convaincre le jeune milieu de terrain de s’intéresser plutôt au Calcio en pleine mutation et donc plus apte que jamais à donner leurs chance aux jeunes. D’autant que les projets proposés sont plutôt alléchant.

C’est donc dans le Piémont que Pogba va poser ses valises dans lesquelles il n’a surtout pas oublié d’apporter ses ambitions démesurées. Choix bien étonnant pour les médias français qui voient en la série A, un championnat bien inférieur au reste de l’Europe, à peine du niveau de l’Eredivisie Hollandaise. Fort de l’expérience de l’échec Verratti, qui a préféré partir au PSG plutôt que d’aller dans son club de cœur où on ne lui avait pas donné l’assurance de jouer, Conte promet au Français une place à l’importance grandissante au sein de l’effectif bianconero. De quoi exciter un peu trop l’égo du personnage : « Mon but, c’est de prendre la place de Pirlo. Même si on a tous besoin de lui et que c’est le master de la Juve, je veux montrer que quand Pirlo sort et que je rentre, il n’y aura pas de différence. » Soit. L’ambition est louable surtout quand elle est suivie de bonnes prestations comme celles face à Naples, Catane ou Bologne, mais l’excès de confiance n’est pas vraiment le style de la maison turinoise. « Il a bien joué, il a même très bien débuté…Et puis il est devenu un peu trop facile. Ça n’a pas du tout plu à Antonio Conte. Il n’aime pas ça. » Dira de lui Angelo Alessio après la rencontre contre Bologne. Une petite remise en place du club après un très bon match. Le français le sait, il a encore beaucoup de boulot avant de devenir un vrai titulaire de la Juventus.
Que penser de cette éclosion du talent Pogba ? Quelles conséquences pour notre équipe de France ? Ce que nos spécialistes oublient souvent de dire, c’est qu’il va apprendre au sein du milieu de terrain qui a mené l’Italie jusqu’en finale de l’Euro 2012. Un certain gage de qualité en somme. Ce qu’on omet aussi de rappeler c’est que la France n’a jamais été aussi forte que lorsque ses joueurs clés évoluaient en Italie royaume où la tactique est reine et la défense, princesse. Que Pogba ait préféré partir de l’autre côté des alpes plutôt que de se perdre dans un club de nouveau riche où la valeur morale n’a que trop peu d’importance est aussi une bonne nouvelle. Reste que nous nous sommes fait une spécialité de voir en chacun dans nos jeunes techniquement à l’aise, les successeurs de Zidane ou Platini et lorsqu’ils récupèrent cinq ballons dans un match de haut niveau ceux de Vieira ou Makelele pour à chaque fois les voir soit cirer le banc d’une grosse écurie ou bannis de l’équipe de France pour avoir insulté un journaliste ou un coach. Pour en rajouter un peu plus à l’incertitude, Pogba a clairement misé sur la difficulté en allant là où l’histoire s’est écrite avec les exploits de Boniperti, Platini, Zidane et Del Piero, là où il n’y a pas de place pour les éternels espoirs. Sa confirmation au plus haut niveau ne sera que plus belle, si elle a lieu…

 

Cyril MORACHIOLI
@_Cym_

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