Questions pour un champion

Alors que la Ligue des Nations pointe déjà le bout de son nez, l’Equipe de France se présente paradoxalement avec les incertitudes qui accompagnent un champion du monde. Depuis le Brésil en 1994, aucune équipe sacrée en juillet n’a remporté son match de reprise.

Un champion du monde qui n’est pas favori, vraiment ? L’Equipe de France qui va affronter les Pays-Bas et l’Allemagne pour le compte de la toute première Ligue des Nations va-t-elle rompre la malédiction qui touche les étoilés depuis 1998. Aucune des cinq dernières équipes sacrées n’a réussi à remporter son match de reprise. Relâchement, fin de cycle, match sans enjeu, joueurs à court de forme… les raisons sont nombreuses et les questions aussi.

1998 : Autriche x France (2-2)

Auréolés de leur tout premier titre de champion du monde après avoir giflé le Brésil en finale (3-0) un mois plus tôt, les Bleus se présentent au stade Ersnt Happel de Vienne en grands favoris. Pour ce match amical, le successeur d’Aimé Jacquet, Roger Lemerre se déplace sans Laurent Blanc et Marcel Desailly, suspendus, ni Fabien Barthez et Christophe Dugarry tous deux blessés et laisse Emmanuel Petit ainsi que Patrick Vieira à la disposition de leur club. Globalement, il fait confiance aux tous récents champions du monde mais donne sa chance aux deux parisiens Alain Goma et Florian Maurice ainsi qu’au Girondin Lilian Laslandes, qui n’a plus joué en Bleu depuis 1997. Deux nouvelles têtes font leur toute première apparition chez les Bleus, et ils sont tous les deux lensois : Frédéric Dehu et Tony Vairelles.

Version bêta d’Olivier Giroud

Premier buteur du match à la 16ème minute, Lilian Laslandes en profite également pour ouvrir son compteur personnel en équipe nationale. Alors qu’on imagine les Bleus se diriger vers une victoire aisée, ils se font ramener sur terre par Haas (41ème) puis Vastic (76ème). Sur un service de Djorkaeff, Alain Boghossian (83ème) évite la défaite aux maîtres du monde. Très vite redescendus de leur nuage, un mois plus tard, pour le compte de leur premier match de qualification à l’Euro 2000, les hommes de Lemerre iront se faire accrocher en Islande (1-1).

 

2002 : Brésil x Paraguay (0-1)

La cisaille paraguayenne ferait mieux de s’occuper des cheveux de Ronaldo plutôt que du ballon

Une fête gâchée. Voilà comment résumer le retour au pays des héros de la Coupe du Monde 2002. Un mois plus tôt, les brésiliens dansaient sur l’Allemagne en finale (2-0) pour aller chercher leur cinquième étoile mondiale. Loin de leur peuple, au Japon et en Corée du Sud pendant un mois, ils comptent ce 21 août 2002 fêter le titre devant le public du Estádio Castelão de Fortaleza plein à craquer avec 30 000 âmes en folie. Côté pelouse, Roberto Carlos, Cafu, Ronaldinho, Rivaldo et Ronaldo sont titulaires. En face, se présente le Paraguay et son attaquant Nelson Cuevas qui s’empresse d’ouvrir le score à la 28ème minute. Les entrées de Kaka, Denilson, Vampeta ou Emerson à la mi-temps n’y changeront rien, le Brésil cinq étoiles s’incline face au laborieux paraguayens. Seule défaite de l’année 2002 pour la Seleçao, le timing était mal choisi pour les 30 000 supporters venus faire la fête.

2006 : Italie x Croatie (0-2), Lituanie (1-1), France (3-1)

L’Italie après son titre de 2006 a fait très fort : trois matchs, deux défaites et un match nul. Tout d’abord un match face à la Croatie à peine plus d’un mois après le sacre de Berlin mais prévu de longue date pour certains intérêts économiques. L’équipe du tout nouveau Donadoni se présente avec un seul champion du monde, le troisième portier : Marco Amelia. Le reste est constitué de ceux qui ont raté le train allemand comme Chiellini, Di Natale ou Ambrosini, ainsi que de mecs que même les amateurs de football ont du oublier comme Massimo Gobbi, Fabio Liverani ou Mauro Esposito. Résultat, une défaite 2-0 face à 50 000 personnes à Livourne, avec côté croate un petit jeune de 20 ans qui s’est permis de marquer un but, un certain Luka Modric.

Le doublé c’était un mois avant qu’il fallait le mettre, toujours un décalage horaire avec Sidney

Le premier match à enjeu pour la Squadra Azzura a lieu en septembre à Naples face à la Lituanie, comptant pour les qualifications de l’Euro 2008. Les champions du monde sont bien de retour, mais ils doivent concéder le match nul malgré un but de Pippo Inzaghi, qui a répondu à l’ouverture du score de Tomas Tamosaukas. Quelques jours plus tard, l’Italie se présente au Stade de France pour un remake de la finale. L’équipe de France se venge et s’impose 3-1 avec notamment un doublé de Sydney Govou. Maigre consolation pour les Bleus, et un début d’aventure pourri avec quatre étoiles sur le maillot pour nos amis italiens.

2010 : Mexique x Espagne (1-1), Argentine (4-1)

La Roja, tout juste sacrée pour la première fois de son histoire, se rend au Mexique pour étrenner son étoile. Dans le mythique Estadio Azteca, Vicente Del Bosque couche une liste de noms dont la grande majorité était en Afrique du Sud un mois plus tôt. Cueillie à froid par un but dès la 12ème minute de l’inévitable Javier « Chicharito » Hernandez, l’équipe ibérique ira chercher l’égalisation à 91ème minute grâce à David Silva, bien servi (pléonasme) par Xavi. Si, lors du premier match officiel de qualification pour l’Euro 2012, la Roja n’a fait qu’une bouchée du Liechtenstein (4-0) à Vaduz, le coup de tonnerre de cette fin d’année 2010 retentira à l’Estadio Monumental de Buenos Aires.

Messi entouré de deux êtres humains

Pour un match de gala face à l’Albiceleste, l’Espagne se pare de ses plus beaux habits rouges et jaunes et vient discuter étoiles sur le maillot avec l’équipe de Sergio Batista. Mais la bande à Lionel Messi a décidé de rouler sur l’Espagne. Premier buteur du match à la 10ème, la Pulga est suivie par Gonzalo Higuain (13ème), puis Tevez (34ème) qui se chargent de mettre le champion du monde sous l’eau avant même la pause. Llorente réduira l’écart à la 84ème mais Agüero ajoutera un quatrième but en toute fin de rencontre pour porter le score à 4-1. Débuts difficiles pour le champion espagnol.

2014 : Allemagne x Argentine (2-4)

Comme pour l’Italie en 2006 face à l’équipe de France, l’Allemagne retrouve sa victime de la finale, un mois seulement après l’avoir laissée en larmes. Et comme pour l’Italie en 2006, le match de la petite revanche se solde par une victoire des déçus du Mondial. Sur la pelouse de l’Esprit Arena de Dusseldorf, devant plus de 51 000 spectateurs, Yeugui Leuve (coucou Patrick Sabatier), présente un onze de départ plutôt solide : Neuer, Howedes, Kroos, Reus, Draxler ou encore Gomez sont titulaires. En face, l’Argentine s’est déplacée sans Lionel Messi, mais avec Angel Di Maria.

Menée 4-0 un peu avant l’heure de jeu, écrasée par des réalisations d’Agüero, Lamela, Federico Fernandez et Di Maria. L’Allemagne réagira tardivement par Schürrle puis Götze, mais le mal est déjà fait. L’Argentine tient sa revanche, mais si ce plat s’est mangé froid, nul doute qu’il n’avait également aucune saveur. Que vaut un amical face à un match qui vous fait rentrer dans l’histoire ?
 

Elias TOUMI
@Sir_Elias_