Slutski, génie à la double chapka

Leonid Slutsky sélectionneur de la Russie et entraineur du CSKA Moscou

Fraîchement nommé à la tête de la sélection russe, Leonid Slutski récupère une équipe en grande difficulté. Face à la tâche qui l’attend il n’aura pas le plaisir de se reposer puisqu’il cumule également le poste d’entraîneur du CSKA Moscou. Une mission compliquée qui n’effraie pas ce jeune coach considéré comme un génie en Russie.

Si comme entraîneur le nom de Leonid Slutski ne vous dit rien, ne vous attendez pas à trouver plus d’informations sur lui en tant que joueur. En effet, le natif de Volgograd (l’ancien Stalingrad) n’a jamais foulé de pelouse dans la peau d’un joueur professionnel, la faute à une vilaine mais insolite blessure au genou gauche. Cet ancien gardien de but du Zvezda Gorodishche a mis un terme à sa petite carrière à l’âge de 19 ans… après avoir chuté d’un arbre en voulant secourir le chat de ses voisins. Une mésaventure qui ne l’a jamais éloigné du football, bien au contraire.  Trois ans plus tard, après une formation en science sportive, il lance sa carrière d’entraîneur en prenant en main l’équipe des moins de 12 ans de l’Olimpia Volgograd. Il va ensuite gravir les échelons de façon déconcertante jusqu’à l’équipe première. Une fulgurance dans son ascension qui fera dire au président de l’époque Nikolai Chuvalski « C’est peut-être le Russe qui en connaît le plus sur le football. Retenez bien ces mots, il entraînera un jour l’équipe nationale ! » Bien vu.

 

Le Mourinho russe

Ses premières consignes au haut niveau, Slutski les a donné en 2004 au Uralan Elista modeste club de seconde division russe. Âgé d’à peine 33 ans, coach Slutski est même plus jeune que certains éléments de son effectif. Une première année mitigée qui verra son équipe terminer au 18ème rang (sur 22 équipes) de la division, mais suffisante pour attirer l’œil du FC Moscou qui bataille alors un cran au-dessus. Ses trois saisons en 1ère division (5ème, 6ème et 4ème) consacrent le trentenaire comme l’un des plus grand talents nationaux au poste d’entraîneur. Des résultats qui amèneront le directeur sportif du club moscovite à comparer Slutski avec Mourinho, tous les deux ayant commencé très tôt leurs carrières de coach en n’étant jamais passés par la case joueur professionnel. En 2008, Leonid Slutski quitte la capitale pour le Krylia Sovetov où il passera à peine deux saisons avant de s’engager avec le CSKA Moscou à seulement 38 ans.

 

Le jeu agréable en marque de fabrique

En prenant en main une grosse cylindrée du championnat, Sloutsky va affirmer clairement son style de jeu et son identité tactique. Il abandonne rapidement le 3-5-2 habituel pour imposer son 4-2-3-1 joueur et technique. En s’appuyant sur des joueurs comme Doumbia, Honda, Dzagoev, Tosic ou Musa, il rend le jeu du CSKA très agréable, loin des rigidités souvent prônées à l’Est. Si son onze est parfois en difficulté face aux équipes à l’impact physique important, il parvient rapidement à étoffer l’armoire du club avec deux championnats (2013, 2014), deux Coupes de Russie (2011, 2013) et trois Super Coupes de Russie (2009, 2013, 2014). C’est sur les terrains continentaux que Slutski va marquer son empreinte. Malgré un raté monumental en 2012 face à l’AIK en qualifications de la Ligue Europa (défaite 2-1 sur les deux matchs), le CSKA Moscou est un poil à gratter notamment en Ligue des Champions où il atteindra pour la première fois de l’histoire du club les quarts de finale en 2009, avant de chuter face à l’Inter de … Mourinho. En 2011, son équipe échouera en huitièmes face au Real Madrid, mais depuis le club de l’Armée Rouge tombe régulièrement au sein de groupes compliqués (avec la présence récurrente et conjointe de Manchester City et du Bayern Munich).

 

Un coach, deux postes

Le 14 juillet dernier, la fédération russe a décidé d’arrêter sa collaboration onéreuse avec l’italien Fabio Capello. A la tête des Tsars depuis 2012, l’ancien technicien du Real Madrid était sous le feu des critiques notamment après la défaite de la Russie à domicile contre l’Autriche. Un revers qui coûte cher à une sélection qui a glissé à la 3ème place du groupe G, derrière l’Autriche (8 points) justement et la Suède (4 points). Pour le ministre russe des Sports Vitaly Mutko, la donne était claire «Nous avons répété à plusieurs reprises que, dans cette situation, seul un entraîneur russe pourrait reprendre les rênes de l’équipe nationale». Pas la peine d’être devin pour comprendre que le profil de Leonid Slutsky correspondait parfaitement aux critères de la RFU. Après s’être arrangés avec la direction moscovite « L’entente prévoit que Slutsky tienne ses deux emplois en même temps » la fédération a officialisé l’accord en début août. La mission de coach Slutsky est simple, il lui reste quatre matchs pour qualifier la Russie à l’Euro 2016. De nombreux éléments prêtent cependant à l’optimisme avec la nomination de Slutsky. Observateur averti du championnat russe depuis 2004, le nouveau sélectionneur s’appuie sur une solide connaissance des produits locaux et contrairement à Capello il parle russe. Pour sa première liste avant d’affronter la Suède et le Liechtenstein, le technicien de 44 ans s’est appuyé sur une base expérimentée et sur cinq de ses joueurs en club (Akinfeyev , les frères Berezutsky, Dzagoev et Iagnashevich). Si la situation n’est pas catastrophique, elle reste néanmoins urgente pour un pays qui ne peut pas se permettre de rater la dernière grande compétition avant sa Coupe du Monde de 2018. Pour Slutsky la pression sera double puisqu’il va mener de front deux batailles entre matchs internationaux, championnat de Russie et Ligue des Champions. Espérons que ses épaules soient plus solides que son genou gauche.

 

Elias TOUMI
@Sir_Elias_

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