Tunisie, je t’aime moi non plus !

Les bi-nationaux Tunisiens ont du mal à choisir les Aigles de Carthage

Contrairement aux joueurs d’origine algérienne, ces dernières années les Tunisiens semblent plus frileux quand il s’agit d’aller défendre les couleurs des Aigles de Carthage. Si pour des mecs comme Sami Khedira (Allemagne) ou Karim Rekik (Pays-Bas) le choix est tout à fait compréhensible – n’en déplaise aux plus fervents patriotes – d’autres pinaillent en espérant intégrer des sélections plus compétitives sur la scène mondiale avec des attitudes qui flirtent souvent avec le manque de respect pour une sélection qui n’a certes plus son lustre d’antan, mais qui revient petit à petit dans le gotha du football africain.

Il y a quelques jours, Wissam Ben Yedder, criait son amour pour les Bleus après un début de saison convaincant. Convaincant certes, mais visiblement pas assez pour taper dans l’œil de Deschamps. Ni même pour le faire revenir dans la liste concoctée par Pierre Mankowski pour les barrages de l’Euro Espoirs 2015 contre la Suède. Contrairement à Griezmann, son escapade nocturne de 2012, en pleine phase de qualifications pour l’Euro Espoirs 2013 aux côtés de M’Vila et consorts – il aura était suspendu plus d’un an malgré des excuses publiques – semble toujours aussi présente au moment de coucher 23 noms sur la liste des sélectionnés. Pourtant le garçon continue à dire haut et fort que ce sera « la France ou rien » malgré les nombreux appels du pied de la Fédération Tunisienne de Football et ses déclarations d’amour au pays de ses parents à son époque Futsal. Un discours et une attitude de plus en récurrents chez les binationaux franco-tunisiens, et qui commencent à doucement agacer chez les supporters des Aigles. Surtout quand il s’agit de joueurs qui attendent, dans la majorité des cas, une autre sélection en vain et qui se résignent après plusieurs années d’hésitations à choisir la Tunisie par défaut. Sans vouloir faire une liste exhaustive des joueurs concernés, les cas de Mouez Hassen, Yohann Benalouane ou encore Yoann Touzghar permettent de faire le tour des cas de figures auxquels la FTF, depuis plusieurs années, et Georges Leekens le sélectionneur national, depuis quelques mois, ont à faire.

Mouez Hassen, entre Tunisie et France

Pour Mouez Hassen, les choses semblaient en bonne voie. Mais ça c’était avant que le gardien niçois ne devienne titulaire, au prix d’un concours de circonstances (David Ospina s’est envolé pour Arsenal et Joris Delle s’est fait les croisés du genou gauche en préparation), devant Simon Pouplin arrivé de dernière minute. Fort de son nouveau statut et d’une convocation avec les Espoirs français, le portier a décidé de « prendre son temps » avant de répondre à l’appel de la Tunisie. Un cas symptomatique chez les binationaux tunisiens qui caressent le fol espoir d’un jour défendre les couleurs de la France A. Pourtant, le jeune niçois semble bien loin de son rêve et finira certainement pas opter pour la sélection tunisienne dans les prochains mois. Un choix par défaut qui a de quoi faire grincer des dents de l’autre côté de la Méditerranée. Une tension qui est d’ailleurs de plus en plus présente chez les supporters des Aigles notamment quand il s’agit du cas de joueurs qui se disent prêts à défendre les couleurs de leur pays d’origine mais qui font traîner les choses à grands coups de fausses bonnes raisons.

Aujourd’hui du côté de l’Atalanta Bergame, Yohann Benalouane ne semble lui non plus toujours pas disposer à aller jouer pour les rouges et blancs. Pourtant, le défenseur central, après avoir longtemps espérer être appelé en Equipe de France, a choisi la Tunisie il y a déjà de ça plusieurs mois. Malgré tout, à chaque fois qu’un sélectionneur le sonde, Benalouane refuse l’offre qui lui est faite. Si la fédération tunisienne est certes loin d’être un modèle d’intégrité et de choses bien faites, ses « excuses » passent de plus en plus mal. Après avoir avancé que les conditions pour sa venue en équipe nationale n’étaient pas réunies en remettant la Fédération en cause à demi-mots, il estime désormais ne pas être encore prêt à venir jouer pour les Aigles de Carthage. Bref, comme Mouez Hassen et tant d’autres, Benalouane semble snober la Tunisie.

Des bons résultats qui font évoluer les choses

Equipe nationale tunisienne

Si aujourd’hui il est clair que contrairement à une sélection comme l’Algérie la Tunisie a plus de mal à attirer, les choses commencent à changer. Depuis quelques mois, les Aigles de Carthage redeviennent attractifs au prix de belles performances sur la scène africaine. Après des joueurs comme Jamel Saihi (Montpellier), Wahbi Khazri (Bordeaux) ou Anis Ben Hatira (Herta Berlin), c’est autour de Yoann Touzghar de choisir la Tunisie. Absent de la dernière liste de Georges Leekens pour la double confrontation décisive contre le Sénégal dans le cadre des éliminatoires pour la CAN 2015 au Maroc, l’attaquant lensois aurait fait savoir aux dirigeants tunisiens qu’il est disposé à rejoindre la sélection. Une bonne nouvelle pour les supporters tunisiens mais pas assez pour les réjouir, lassés de trop d’annonces similaires qui ne se sont finalement jamais concrétisées.

Face à de telles situations, le Tunisie doit rapidement trouver les solutions appropriées pour faire venir ses enfants. Car si le football tunisien regagne petit à petit ses lettres de noblesse à travers des clubs très performants sur la scène africaine, il est primordial que les résultats de la sélection suivent pour ne pas couper ce bel élan. La récente victoire au Caire avec une grande majorité de joueurs locaux a laissé entrevoir de bonnes choses. En effet, le travail quotidien de formations comme le Club Sportif Sfaxien, l’Espérance de Tunis ou des nouveaux riches du Club Africain, qui ont réussi cet été à rapatrier bon nombre de binationaux en manque de temps de jeu à l’étranger, permet à l’équipe nationale de faire belle figure sur le scène continentale. Mais il manque ce petit quelque chose aux Aigles que les « Tunisiens d’Europe » sont capables d’apporter pour franchir un palier et aller titiller des sélections comme la Côte d’Ivoire, le Cameroun ou l’Algérie qui elles peuvent allégrement se reposer sur leurs expatriés. Alors plutôt que d’attendre une qualification en Coupe du Monde pour aller jouer pour la Tunisie, les binationaux feraient mieux d’aller donner un coup de main aux Aigles de Carthage pour y arriver.

 

Nourredine REGAIEG
@Nourregaieg

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