Caen veut bloquer l’ascenseur

Caen veut bloquer l'ascenseur de la Ligue 1

Le 16 mai dernier, alors que l’Evian Thonon Gaillard trébuchait contre Saint-Etienne, le Stade Malherbe de Caen officialisait son maintien contre Bastia. Dans l’euphorie des différentes interviews et réactions, une publication sort du lot et retient l’intérêt de la sphère web-football. Une vidéo de 15 secondes publiée sur le compte Twitter officiel du club dans laquelle se mêlent habilement autodérision et humour où l’on voit un ascenseur s’ouvrir pour laisser apparaître le message suivant “Non merci pas cette saison”

 

Le Stade Malherbe de Caen c’est comme ce pote qui nous emmène à la fête foraine tous les ans pour nous faire goûter à son attraction préférée : les montagnes russes. Une métaphore un peu foireuse comme une autre manière de dire que le club du Calvados est le spécialiste des allers-retours entre Ligue 1 et Ligue 2. Depuis 2003, les Malherbistes ont connu quatre montées pour trois descentes, sans jamais faire plus de deux saisons dans l’élite. En se sauvant cette saison malgré un exercice compliqué, ils n’auraient donc pas fait le plus difficile et c’est l’année prochaine qui devra marquer l’entrée dans une ère de stabilité pour les Normands.

 

Winter is boring

Irréguliers depuis plusieurs années, les Caennais ont également réussi à l’être sur une saison. Promus mais forts d’un mercato intelligent (Féret, Vercoutre, Raspentino ou Privat) et d’une préparation plutôt réussie, ils passent le test de la rentrée aussi facilement qu’un élève qui aurait révisé tout l’été sur son cahier de vacances. Deux victoires sur les trois premiers matchs et une 4ème place en fin août en guise de mirage. La suite est une catastrophe avec deux séries meurtrières de 7 et 9 matchs sans victoires entrecoupées par un seul succès contre Lorient. Bons derniers à la mi-janvier, les hommes de Patrice Garande ne comptent que 15 points en 20 journées et pointent à 5 points de Metz qui est alors le premier non-reléguable.

Tu peux poser Sala
Tu peux poser Sala

Après une trêve hivernale agitée sur le plan des transferts avec notamment le départ de Duhamel, rares sont les spécialistes a donner encore cher de la peau du SMC. Pourtant les Malherbistes ont visé juste en se faisant prêter Nicolas Benezet et surtout l’attaquant Argentin de Bordeaux, le longiligne Emiliano Sala. Et après avoir connu le pire, les pensionnaires de d’Ornano vont tranquillement redresser la barre avec cette fois-ci une série positive de 7 matchs sans défaites dont 6 victoires. Le tableau de chasse des Normands est alors impressionnant, Rennes, Saint-Etienne ou l’OM en font l’amère expérience et même le PSG se fait accrocher à domicile. A l’orée du printemps les Rouges et Bleus se sont calés à la 12ème place à distance de la zone rouge pour terminer finalement la saison un rang plus bas après avoir vivoté pendant une dizaine de matchs. Qu’on se le dise, voir Caen descendre en Ligue 2 aurait été une anomalie car à l’heure de finaliser le bulletin de notes, on y voit finalement pas mal de points positifs qui parviennent presque à nous faire oublier le trou Normand en plein hiver.

 

Caenoniers

Voici une statistique étonnante que Christian Jeanpierre n’aurait pas reniée, le Stade Malherbe de Caen a terminé à la 4ème place des attaques de Ligue 1, devancé seulement par le PSG, Lyon et Marseille. Bizarre pour une équipe qui aura passé la moitié de sa saison en dessous de la 15ème place. Si les Caennais n’ont pas toujours eu l’occasion de crier dans le vestiaire, à chaque fois qu’ils l’ont fait c’était pour célébrer une victoire prolifique (près de 3 buts par match). Parfaitement installés dans une tactique faite de jeu rapide, direct et favorisant les ailes les Normands ont fait exploser pas mal de défenses. Sans véritable sniper attitré, l’attaque Caennaise s’est répartie entre plusieurs artificiers. En forme à tour de rôle les Bazile (7 buts), Féret (6), Privat (6), Sala (5), Nangis (4) ou Benezet (4) ont assuré une efficacité continue tout au long de la saison. Au rayon des satisfactions impossible de ne pas citer le défenseur Damien Da Silva débarqué de Clermont l’été dernier, la pépite Thomas Lemar et surtout la révélation N’Golo Kanté. Milieu de terrain de poche au gros volume de jeu, il termine meilleur tacleur du championnat et second meilleur récupérateur juste derrière Gonalons. Bénéficiant d’un bon de sortie et suivi par quelques gros clubs, il pourrait rapporter un petit pactole au président Fortin. Reste à bien le réinvestir pour préparer au mieux la saison prochaine, celle qui doit enfin pérenniser le club Normand en Ligue 1.

 

Un mercato à réussir

7 saisons c’est la plus longue période vécue par le SMC en Ligue 1 entre 1988 et 1995, mais depuis impossible d’enchaîner plus de deux ans dans l’élite. Comme le dit l’adage c’est toujours la deuxième saison qui est la plus difficile pour un promu. C’est ici que se situe le défi pour la bande à Garande. Le chef d’orchestre Caennais qui a vu son contrat prolongé de trois saisons, devrait se voir amputer de son meilleur joueur. Mais le vide laissé par N’Golo Kanté sera comblé par une belle enveloppe estimée entre 5 et 10M€. On parle également d’un intérêt de plusieurs clubs pour le jeune Thomas Lemar qui lui non plus s’il devait plier bagage ne sera pas bradé par les dirigeants Normands. Plutôt doués à la vente, ils galèrent un peu plus quand il s’agit de remplacer des joueurs clés. On pense notamment aux cas Gouffran, El-Arabi ou M’Baye Niang dont les départs n’ont pas toujours été bien gérés. Selon Xavier Gravelaine « il faudra recruter entre six et huit joueurs, un mélange entre jeunes et joueurs expérimentés ».
A l’heure où ces lignes sont écrites, deux arrivées sont déjà bouclées celle de Florian Le Joncour (20 ans, Concarneau) et celle de Jordan Nkololo (22 ans, Clermont). D’autres devraient suivre avec un calibre supérieur, le Lensois Touzghar, le Nantais Bessat ou le Havrais Le Bihan sont notamment évoqués.
Un mercato réussi pourrait bien être la clé de la stabilité pour Caen qui en a assez des montagnes russes et qui préférerait certainement un jeu plus tranquille comme la pêche aux canards.

Retrouvez cet article dans le supplément de fin de saison « 10 pages de temps additionnel »

Elias TOUMI
@Sir_Elias_

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