Dans le sifflet de Ryad Beghidja

Entretien avec un arbitre amateur

Si on a pris l’habitude chez les Remplaçants de vous faire des papiers sur des joueurs à suivre ou à découvrir cette fois-ci nous nous sommes penchés sur le poste le plus ingrat du rectangle vert : arbitre. Plutôt que d’aller voir comment ça se passe du côté des pros on a préféré fourrer le nez en plein milieu du football amateur. Pour vous guider dans ce monde encore trop méconnu, Ryad Beghidja, 22 ans et déjà pas mal d’expérience, il siffle entre Clairefontaine, Camille Abily, stages et plaisir, entre autres.

 

Comment a débuté l’aventure football pour toi ?
Gamin, j’ai tout d’abord commencé en tant que joueur. J’ai fréquenté les divisions départementales avec des clubs de la banlieue Grenobloise comme le FC Teissere ou l’ES Saint-Martin-d’Hères puis j’ai eu la chance de toucher le niveau régional et même national au sein du FC Echirolles. J’ai arrêté ensuite le ballon en 2009 après avoir joué à l’ASJF Domène, le club de ma commune où j’avais besoin de retrouver le plaisir de jouer avec des amis.

 

Ensuite l’arbitrage. Qu’est-ce qui t’a poussé à lâcher les crampons pour le sifflet ?
Je suis devenu arbitre par passion pour le football mais surtout grâce à ma famille. Mon père était lui-même arbitre et j’allais souvent le voir officier le weekend quand j’étais petit. Mais l’idée s’est concrétisée lorsqu’un membre de ma famille à l’époque président d’un club avait besoin d’arbitres. Il m’a donc poussé à m’inscrire à la formation d’entrée dans l’arbitrage en janvier 2007.

Au-delà de ma passion pour ce sport, j’ai découvert un réel challenge lors de mon premier match en tant qu’arbitre, il faut se mettre à la disposition du football et ses acteurs et avoir l’envie d’être toujours meilleur. Quand j’ai appris qu’on pouvait gravir les échelons et arbitrer des matchs de plus en plus importants j’ai tout de suite était séduit.

L’aspect financier fut tout autant déterminant. Imagine tu passes 2 heures à arbitrer un samedi aprèm et tu repars avec 50€. A 17 ans c’est plus que motivant !

 

  Il faut souvent choisir entre la pratique du football et l’arbitrage c’est le plus dur ça

C’est difficile de se lancer quand même non ?


Je pense que oui, c’est un pas à faire qui est difficilement réalisable seul. Il faut être motivé par quelque chose ou quelqu’un. J’ai eu la chance d’avoir un parent arbitre et une famille ancrée dans le milieu du football. Il y a pas mal de contraintes et sans la motivation nécessaire l’abandon est souvent immédiat. Il faut avoir du temps pour participer aux formations d’initiation à l’arbitrage qui t’amènent à passer ensuite l’examen d’entrée dans l’arbitrage.

De plus, il faut souvent choisir entre la pratique du football et l’arbitrage c’est le plus dur ça.

 

Quel plaisir trouves-tu dans l’arbitrage aujourd’hui ?
D’un point de vue sportif, l’arbitrage me permet de garder une forme physique optimale. Je suis aussi acteur de matchs d’un niveau que je n’aurais jamais pu atteindre autrement. Je pense que le championnat National U19 par exemple, offre parfois un spectacle digne des matchs de Ligue 1. Je participe aussi à des stages à Clairefontaine et j’officie parfois dans des complexes professionnels. C’est un véritable plaisir !

Humainement, l’arbitrage m’a apporté et m’apporte énormément. J’ai pu développer certaines qualités comme ma communication et mon sens des responsabilités. J’ai aussi fait la connaissance de collègues qui sont aujourd’hui devenus de très bons amis que je côtoie même hors du contexte arbitral.

 

Le fait de voyager un peu partout en France grâce ta fonction, on trouve ça cool. C’est un des avantages à être arbitre non ? On sait que tu en fais profiter tes potes en plus !

Les déplacements chaque weekend c’est que du bonheur ! Cela m’a permis de visiter beaucoup de villes et de faire des rencontres. C’est un avantage énorme d’être arbitre fédéral et j’essaie d’en profiter au maximum. Et en effet, il m’arrive souvent d’emmener de la famille ou des amis en fonction de ma destination !

 

Quelles qualités faut-il posséder, selon toi, pour être arbitre ?
Au-delà des qualités physiques élémentaires, la principale qualité qu’un arbitre doit avoir est pour moi le sens des responsabilités. Il doit garantir un sérieux dans sa fonction car il représente une instance (le District, la Ligue ou la Fédération). Il devra donc être responsable des décisions qu’il sera amené à prendre ainsi que du comportement qu’il va adopter vis-à-vis de tous les acteurs du jeu.

Un arbitre se doit aussi d’être impartial et juste. Conscient qu’il peut se tromper comme n’importe qui, il doit malgré cela être un décideur  sur le terrain et appliquer les lois du jeu avec beaucoup de psychologie.

 

   L’arbitrage français tend vers une certaine uniformité

 

Quel est ton style d’arbitrage ?
J’ai constaté au fil des saisons que l’arbitrage français tend vers une certaine uniformité. Les instances dirigeantes essayent lors des stages d’uniformiser les décisions des arbitres afin de garder une certaines cohérence. Voilà pourquoi je ne sais pas si on peut parler de style mais pour répondre à la question je suis du style à laisser au maximum la place au jeu dans la mesure du possible et j’aime la proximité avec les joueurs sur le terrain en dialoguant souvent avec eux.

 

Penses-tu que les joueurs et les éducateurs connaissent suffisamment les lois et les règles du jeu ?
Je pense que globalement les joueurs et éducateurs les connaissent assez bien, même s’ils ne les connaissent pas toujours en détail. Ces lois varient chaque année et ils ne sont pas toujours à jour de ces changements. Des solutions sont aujourd’hui en place. Par exemple j’ai déjà été sollicité pour réaliser une rencontre avec un club pour parler des lois du jeu et répondre aux questions des joueurs et membres de clubs. Je pense qu’il serait bien que les clubs prennent cette initiative plus souvent et surtout en mobilisant tout leurs licenciés. Cela permettrait de tisser un lien entre arbitres et joueurs, éducateurs et dirigeants, et éviter les incompréhensions du coup.

 

L’inévitable question de la violence dans le foot amateur, as-tu déjà été confronté à elle ?
J’ai déjà assisté à des échanges de coups entre joueurs mais rien de vraiment très grave. J’ai eu de la chance vis-à-vis de ce qu’ont pu connaître certains de mes collègues.

La Fédération et les Ligues régionales font énormément de travail pour qu’on puisse se sentir tranquille. Je n’ai personnellement jamais eu un sentiment d’insécurité lors d’un match. J’ai eu la chance de commencer jeune et de gravir les échelons assez rapidement pour ne pas connaitre les divisions séniors de district qui sont beaucoup moins structurées que les rencontres de Ligue ou de Nationaux même si je sais que des situations peuvent dégénérer à n’importe quel niveau.

 

 

La vidéo pourrait être très utile dans certaines situations mais il faudrait tout de même limiter son utilisation

 

 

Selon toi, les arbitres ont-ils toujours une mauvaise image ou ça évolue ?
Il y a toujours beaucoup de polémiques autour des arbitres notamment en Ligue 1. L’image des arbitres français a souvent été négative car critiquée par la presse qui recherche sans cesse la polémique. Je ne sais pas vraiment si cette image s’améliorera vraiment un jour mais je pense en tout cas que sur le terrain l’image des arbitres est meilleure. On voit de moins en moins de gestes d’humeur ou de comportements agressifs à notre encontre.

 

Et dans les médias ?
Je pense que les médias ont un rôle très important vis-à-vis de l’image des arbitres. Bien entendu leur but premier étant de faire de l’audimat, par conséquent il arrive souvent qu’ils écornent l’image des arbitres. Seulement, on entend trop souvent parler des erreurs mais pas assez des évolutions, des points positifs. En plus, les personnes qui critiquent les arbitres n’ont pas forcément les compétences pour le faire. Indirectement ils incitent les acteurs du football amateurs à réagir de la même façon. Dans les émissions la plupart du temps on a qu’un seul avis et point de vue : celui des journalistes. Je pense qu’il faudrait favoriser la présence d’une personne compétente qui saurait au-delà de l’erreur expliquer pourquoi et comment l’arbitre s’est trompé.

 

Du coup tu es pour ou contre la vidéo ?
On a pu à de nombreuses reprises étudier cette question lors de devoirs écrits. Il est clair qu’avec tout l’argent circulant dans le milieu du football, les tensions générées dues aux erreurs d’arbitrage sont énormes ! L’arbitrage vidéo paraît être la meilleure solution face aux situations litigieuses influant sur le score d’un match. Mais quelles seront les limites de l’utilisation de la vidéo ? Savoir si le ballon a franchi ou non la ligne, s’il y hors jeu ou non, s’il y a penalty ou pas … Ça fait beaucoup d’arrêts de jeu, ce qui est totalement contraire à l’évolution du football actuel. Le public aime la fluidité, la rapidité, le spectacle donc les buts.  Le fait de stopper le jeu pendant un certain moment afin de laisser le temps à « un arbitre vidéo » n’irait pas donc pas dans cette direction.

 

 

Il t’es forcément arrivé d’être admiratif devant la qualité d’un joueur au cours d’un match non ?
Bien que j’essaie d’être le plus concentré possible sur ma fonction il m’arrive souvent d’admirer certains gestes techniques ou de très beaux buts. J’ai souvent été surpris pas la qualité technique de certains joueurs et j’ai conscience de la chance que j’ai d’arbitrer des matchs de ce niveau.

L’équipe qui m’a fait la plus grosse impression c’est l’Olympique Lyonnais féminine et leur meneuse Camille Abily qui est très à l’aise techniquement. Sinon des mecs comme Belfodil, Maupay, Grenier, Zouma ou Arai étaient franchement au dessus.

 

Penses-tu qu’il faut avoir été joueur pour être un bon arbitre ?
Personnellement, le fait d’avoir été joueur m’a fortement apporté du point de vue de la lecture du jeu et de la détection de certains gestes vicieux. Comme par exemple se placer devant le ballon pour empêcher l’équipe adverse de le jouer rapidement. Mon expérience en tant que joueur me permet d’anticiper ce genre de faits. Je pensais qu’il fallait forcément avoir été joueur pour être un bon arbitre mais j’ai rencontré des arbitres qui n’ont jamais joué au foot en club et qui sont pourtant excellents.

 

Tu te considères meilleur arbitre que meilleur joueur ou l’inverse ?
Joker ! Je pense être meilleur en ski !

 

Qui est pour toi le meilleur arbitre en France ? Dans le monde ?
En France le meilleur pour moi c’est Stéphane Lannoy. J’aime aussi beaucoup Anthony Gautier et Clément Turpin. A l’échelle mondiale c’est l’anglais Howard Webb et l’ouzbek Ravshan Irmatov que je trouve excellents.

Si un enfant de 10 ans vient te voir et te demande des conseils pour être arbitre qu’est-ce que tu lui dirais ?
Je lui dirais de ne pas hésiter à se lancer dès qu’il atteint l’âge minimum de 14 ans. Qu’il y a parfois des moments difficiles certes, mais les bons moments l’emportent. Que l’arbitrage apporte beaucoup plus que ce qu’on peut le penser. Il incarne des valeurs qui vont au-delà d’un sport et qui devrait être plus courant dans notre société comme l’impartialité, la psychologie, savoir appliquer une règle avec de l’esprit. Développer sa communication et sa personnalité… et bien d’autres encore !

 

Propos recueillis par Elias TOUMI
@Sir_Elias_

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