Et eux ?

Présentation de quatre joueurs qui mériteraient bien leur place en équipe de France

Si toute la France du football bande actuellement sur le duo Pogba-Varane et déverse sa haine sur l’inefficacité de Benzema, c’est bien parce que les médias lui indiquent un peu dans quelle direction souffler. Qu’on veuille se l’avouer ou non, la presse, les émissions télé et de plus en plus les sites internet et leurs sondages influent sur notre perception du football et de ses acteurs. Soulever cette remarque en pleine période internationale prend du sens quand on voit le lobbying que mènent et qu’ont mené les médias soutenus par leur public qu’on a coutume d’appeler « le peuple » dans la sélection ou pas d’ailleurs, de tel ou tel joueur. D’en arriver à déduire que les médias font et défont des carrières, le raccourci est un peu facile. Loin de remettre en cause le talent indéniable d’un Pogba c’est plutôt le système foot-business qui nous fait tilter. S’y attaquer revient à foncer dans un mur, c’est pourquoi on a décider de prendre un autre chemin. Quand la surexposition des uns fait l’ombre des autres, chez Les Remplaçants vous vous doutez bien qu’on préfère mettre un coup de torche dans les coins sombres.

 

Jonathan Schmid, l’autre Ribéry

Jonathan Schmid

A moins d’être un étudiant Erasmus du côté de Fribourg ou un forcené de Football Manager, le nom de Jonathan Schmid ne vous dit pas grand chose, pourtant depuis le début de la saison le petit gars de Strasbourg met l’ambiance sur son couloir droit et mériterait qu’on s’intéresse beaucoup plus près à ses performances.

Justement niveau statistiques, à Fribourg il est le joueur de champ qui a passé le plus de temps sur le pré. Et il rend plutôt bien cette confiance à son mentor et entraineur Christian Streicht, avec trois passes décisives et six buts, soit presque autant que son modèle : Franck Ribéry. En l’espace de quelques mois, Schmid est devenu la star à Fribourg, dans un effectif plutôt anonyme et jeune où les seuls joueurs français notables qui y sont passés se nomment Régis Dorn, Jonathan Jager ou Simon Pouplin.

Alors qu’on vous parlait il y a quelques temps des joueurs aux parcours atypiques, Jonathan Schmid pouvait tout à fait rentrer dans cette case. Issu de la génération 1990, passé par les équipes de jeunes du CS Neuhof puis par le centre de formation de Strasbourg où il sera viré pour « insuffisance de résultats » – comprenez qu’il ne se bougeait pas assez le cul – il a ensuite galéré à Schiltigheim et Mars Bischeim. Convaincu par un ami il passe la frontière pour rejoindre Offenburg en Allemagne à seulement une vingtaine de kilomètres de Strasbourg. La belle histoire s’enclenche quand il met à terre l’équipe U19 de Fribourg en inscrivant notamment un but sur une superbe frappe des 25m en pleine lucarne et tape dans l’oeil de l’entraineur d’en face : Christian Streicht, déjà lui.

A Fribourg il remporte l’équivalent de la Coupe Gamberdella, outre-Rhin et intègre le groupe pro en juillet 2010 avec lequel il fera ses début contre Nuremberg un après-midi de janvier 2011. « Johnny » doit cependant attendre l’année 2012 pour enfin s’imposer chez les Rouges et Noirs ce qui coïncide avec la prise en main de l’équipe par … Christian Streicht. Dès lors l’Alsacien ne quittera plus le groupe avec des performances ne faisant que s’améliorer, à tel point que cette saison celui qui vit encore à Strasbourg et effectue 180km par jour pour s’entraîner fait tout bonnement partie des meilleurs joueurs de Bundesliga. Tout ceci reste-t-il insuffisant pour attirer l’oeil sur lui en France ? Pas forcément, les médias français commencent à s’intéresser au phénomène comme le prouve ce reportage de Canal+ en décembre dernier. Et les Bleus ? « La fédération autrichienne m’a déjà contacté, mais je n’ai pas encore mon passeport. Je ne fais pas une croix sur les Bleus mais il faut réfléchir. Quand je vois que des gars comme Amalfitano, qu’on ne connaissait et qui a eu sa chance à 25 ans, on se dit ‘pourquoi pas ?!' » Ce serait bête de le laisser filer sans s’y intéresser.

 

Morgan Schneiderlin, le meilleur tacleur d’Europe

Morgan Schneiderlin

Le 16 mars 2013, Southampton affronte Liverpool au St Mary’s Stadium et n’a pas le droit au faux-pas dans sa lutte pour le maintien en Premier League. 90 minutes plus tard, les hommes de la Mersey rentrent à la maison la tête basse avec 3 buts dans les valises. Morgan Schneiderlin seul Français sur la pelouse, lui repart avec le titre d’homme du match. Flamboyant, il a ratissé un nombre fou de ballons, a aiguillé le jeu des Saints et s’est même permis d’ouvrir le score face à Pepe Reina. Parfaitement intégré dans un effectif ambitieux mêlant jeunes talents comme Luke Shaw, Nathaniel Clyne et Gaston Ramirez et vieux briscards tels que Rickie Lambert ou Arthur Boruc, le natif de Zellwiller s’est imposé comme l’une des révélations parmi les maîtres de l’entrejeu en Premier League. Abou Diaby who ?

Plus jeune professionnel de l’histoire du Racing Club de Strasbourg en signant un contrat pro à 16 ans en 2006 (il a côtoyé Jonathan Schmid dans les équipes de jeunes) il ne compte que 5 apparitions chez les pros quand il décide de rallier contre toute attente l’équipe de Southampton qui bataille en Championship (D2 Anglaise). Un choix qui plonge l’une des plus belles promesses Française dans un relatif anonymat. A 18 ans à peine il se retrouve seul dans un championnat dur, physique et cerise sur le gâteau il connait quelques mois plus tard les affres de la relégation en League One (D3 Anglaise).

 

  La première année où je suis venu en Angleterre, je me suis un peu blessé. J’étais tout seul, j’avais 18 ans et mon hygiène de vie n’était pas top. Je ne savais pas cuisiner, donc je prenais beaucoup de pizzas et ce genre de trucs…

 

Pourtant il ne lâche pas l’affaire, loin de là. Avec les Saints il bataille dans toute l’Angleterre au sein d’une division où le football rime plus souvent avec kick n’rush qu’avec toqué. Après deux saisons émaillées de voyages en bus de plus de 5h, de terrains boueux et de stades vetustes, Southampton réussi à remonter en Championship. Morgan Schneiderlin de son côté n’a même pas 20 ans mais a engrangé. Une centaine de matchs, un seul petit but mais surtout une grosse envie de revenir dans la lumière. Sur leur lancée la saison suivante les Saints emmenés par un Lambert de folie, terminent à la deuxième place et s’ouvrent les portes de la prestigieuse Premier League.

La marche est trop haute pour Schneiderlin ? Loin de là ! Titulaire indiscutable dans l’entre-jeu, il aligne les bonnes performances avec régularité. Mieux, depuis l’arrivée de Pochettino à la tête des Saints, il s’est vu confier les clés du jeu et cela lui réussi plutôt pas mal avec déjà 5 buts inscrits cette saison, son meilleur total. Plutôt faiblard à son arrivée en Angleterre il a su muscler son jeu et avec 7 biscottes récoltées cette année il a de quoi faire un beau petit-déjeuner.  Et les Bleus dans tout ça ? Celui que les supporters surnomment « Spiderman » a connu le maillot frappé du coq dans toutes les sélections de jeunes. Sa dernière apparition à Clairefontaine c’était avec le maillot des Espoirs en octobre 2010 et une victoire contre le Danemark aux côtés de Maxime Gonalons et Moussa Sissoko. Si il avoue attendre un signe de la part de Didier Deschamps il ne se prend pas plus la tête que ça « Le plus important pour moi, c’est que mon coach et mon club reconnaissent mon travail. Après, je ne vais pas implorer les gens pour parler de moi comme certains peuvent le faire. » Si pour l’instant Southampton lutte pour le maintien, le board du club nourrit de grosses ambitions avec l’Europe en ligne de mire notamment. Convaincu, Schneiderlin vient tout juste de signer un nouveau contrat jusqu’en 2017.

Élu « meilleur tacleur d’Europe » par le Daily Echo, à 23 ans, joueur de devoir avec une technique au dessus de la moyenne et un sens de l’engagement très british, Morgan Schneiderlin est en train de démontrer qu’il fait partie des tous meilleurs à son poste, en Premier League s’il vous plait. Changer de club ou être le sujet d’un reportage Téléfoot l’aiderait sûrement, mais vous l’aurez compris, Schneiderlin lui ne courre pas après ça.

 

Cyril Théréau, le parcours du combattant

Cyril Théréau

En 2006, Cyril est passé du National à Ligue des Champions en l’espace de 4 mois. De juillet à septembre de cette même année il aura donc connu trois clubs, Angers, Charleroi et le Steaua Bucarest. Premier tricolore à évoluer en Roumanie, il croisera le fer avec l’OL et le Real Madrid avant de retomber dans l’anonymat du championnat Belge. Un parcours chaotique, c’est ce que nous inspire la carrière de Cyril Théréau quand on regarde les clubs qu’il a fréquenté. Le petit gars de Privas n’est pas passé par un centre de formation, en même temps on a déjà vu qu’il n’y avait pas besoin de ça pour réussir. Débuts dans les Hautes-Alpes à Gap où il flambe en DHR, il rallie Orléans en National où ses qualités lui permettent d’inscrire 12 buts en 10 matchs. Il s’envole ensuite pour Angers en L2 puis en National où il s’avère moins efficace, Théréau décide de se tirer dans le Plat-Pays à Charleroi. Après un début de saison canon, il est repéré par le club du sulfureux Gigi Becali le Steaua Bucarest, qu’il rejoindra après deux mois à peine en Belgique. C’est avec le club Roumain qu’il va avoir ses premiers frissons Européens en Ligue des Champions. Mais l’aventure prendre vite fin puisqu’à la fin de la saison il est de retour au pays d’Hergé chez les Mauves d’Anderlecht.

Dans l’un des meilleurs clubs du pays ce supporter de l’OM s’échoue lamentablement en soldant sa saison avec un seul petit but. Charleroi, pas rancunier lui fait de nouveau les yeux doux et le voilà de retour chez les Carolos. Plus posé, il s’éclate chez les Zèbres de Charleroi et termine en 2010 deuxième meilleur buteur de Jupiler League avec 13 buts au compteur. Incarnation du « Bouger, Bouger » des Magic System, Cyril Théréau se taille en Italie dès août 2010 pour rejoindre le Chievo Vérone. Souvent blessé, pas trop titulaire, Théréau 26 ans n’arrive pas à s’imposer. Pourtant tout vient à point qui sait attendre, en 2011 il réalise enfin une saison complète qui le verra inscrire 6 buts en Série A. Positionné en meneur de jeu, ce qui est plutôt étonnant vu sa taille (1m89), il gagne en influence dans le jeu des Gialloblu. Cette saison, si le Chievo n’est pas transcendant en championnat, Théréau lui régale et se régale. 7 buts et 3 passes décisives déjà, ce qui est plutôt pas moche dans un championnat réputé pour sa rigueur tactique défensive. Convoité fortement par la Fiorentina pour la saison prochaine, Vincenzo Montella se verrait l’associer à Stevan Jovetic. Un temps annoncé du côté de l’équipe nationale Italienne, suivi de près par Prandelli, ça en est resté au stade de la rumeur. Si il apparaît prématuré et audacieux de viser une place chez les Bleus, le profil de Théréau est intéressant. A 29 ans, en Italie il lui reste encore de belles années à tirer et n’oublions pas qu’un gars comme Luca Toni a connu sa première sélection avec la Squadra à 28 ans, avec le destin qu’on lui connait.

 

Eliaquim Mangala, juste une question de temps

Eliaquim Mangala

Suivi par les deux Manchester, les deux Milan et dans le radar du seul Bayern, Eliaquim Mangala est le défenseur français le plus courtisé d’Europe. Titulaire inamovible au FC Porto depuis quelques mois après une adaptation un peu difficile, Mangala n’a rien à envier aux Sakho, Rami et autres Koscielny, si ce n’est qu’un zeste d’expérience.

Difficile pour nous Français de France de connaître un gars qui a passé plus de temps en Belgique et au Portugal que dans l’hexagone en 22 années d’existence. Arrivé à 5 ans dans le Plat-Pays il a commencé le football à Wépion puis a poursuivi à Namur avant de rallier le centre de formation des Rouches du Standard de Liège. L’histoire commence plutôt pas mal puisqu’il se présente au monde du foot pro à 17 ans en délivrant une passe décisive à Milan Jovanovic. Petit à petit, Eliaquim se fait une place au soleil en défense centrale où son incroyable puissance fait des merveilles.

Après une centaine de matchs en Belgique et une poignée de sélections chez les jeunes Coqs, Mangala débarque au FC Porto pour 6.5M€ avec Steven Defour. Sa première saison chez les Dragoes n’est pas convaincante, un peu limité techniquement pour prétendre à une place de titulaire en défense, il se contente de grappiller quelques minutes par-ci par-là. Conscients de son potentiel, les dirigeants des Dragons décident de lui renouveler leur confiance pour cette deuxième saison. Il début le championnat d’abord à gauche puis glissera petit à petit dans l’axe où il profite tour à tour des blessures et diverses absences  des Auriverde, Alex Sandro et Maicon. Il découvre cette saison la Ligue des Champions et forme depuis octobre dernier une paire redoutable avec l’intraitable Nicolas Otamendi.

Ce grand fan du PSG s’est même mué en buteur à plusieurs reprises cette année. Assez peu exposé aux yeux des téléspectateurs français, il reste néanmoins une belle promesse pour les Bleus. Déjà associé à Sakho ou Varane avec les Espoirs, d’ici peu il devrait rejoindre ses potes chez les A. Si Didier Deschamps reste silencieux à son sujet,  un autre ancien sélectionneur s’est montré plus bavard «Mangala a quelque-chose. Il a du caractère. Didier est au courant de sa situation. On en a discuté. Quand on voit des joueurs comme ça, il faut le signaler». Si Raymond Domenech le dit.

 

Elias TOUMI
@Sir_Elias_

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