FC United, l’autre Manchester

Le FC United of Manchester grandit à l'ombre de Manchester United

Le 12 mai 2005, Malcolm Glazer homme d’affaires américain prend le contrôle de Manchester United pour 1,2 milliards d’euros. En mettant les deux pieds dans le foot business, le club mythique du nord de l’Angleterre provoque la colère de son peuple rouge. Les supporters ne veulent pas devenir des spectateurs, ils fondent le FC United.

Back to 2005, au nord du Royaume, là où les rues sont humides et les bâtiments en briques, rayonne une ville envahie par de gigantesques entrepôts: Manchester. Entre les drogues et la musique, le troisième vice de Cottonopolis c’est le football. Au pays des Robson, Best et Cantona, du côté rouge de la cité pas encore ombragé par les pétrodollars du modeste voisin bleu, vit un monstre sacré : Manchester United. Fondé en 1878, Man U est l’un des clubs qui compte le plus de supporters dans le monde et ses revenus sont plus élevés que n’importe quelle autre écurie. Son palmarès est aussi long qu’une question de Daniel Lauclair et ses légendes aussi nombreuses que les conneries de Christian Jeanpierre. Alors forcément un tel potentiel ne peut pas laisser indifférents les magnats de la finance. Malcolm Irving Glazer en est l’un d’entre-eux. Fils d’immigrés Lituaniens, il voit le jour et grandit à Rochester, dans l’état de New-York. Après avoir fait fortune dans l’agroalimentaire il se dirige vers le milieu du sport et s’achète en 95 l’équipe de foot US, les Bucaneers de Tempa-Bay, qui remportent le Super Bowl quatre ans plus tard. C’est pas assez pour Glazer qui s’incruste petit à petit dans le milieu du ballon rond Européen en achetant 6% des actions de Manchester United, un chiffre qui ne va pas arrêter de croître jusqu’à 30% en 2005 donc, date à laquelle il lance son OPA.

« Love United, hate Glazer »

La première décision de Malcolm est de nommer Avram et Joël – ses fils – à la présidence du club. Les supporters sont inquiets et manifestent devant le stade à coups de pneus brûlés, drapeau à la gloire Mancunienne et de slogans percutants « Manc’s is not Yan’ks » (Manchester n’est pas américain) ou le plus célèbre d’entre eux « Love United, hate Glazer » (on aime United, on déteste Glazer).

  On avait l’impression qu’on était en train de leur arracher leur enfant […] que les Glazer allaient effacer toute l’histoire de Manchester United…

Mickaël Silvestre, joueur de Manchester United

.

Pourtant rapidement ils vont se résigner face au tournant de la mondialisation que prend United. C’est l’heure des premiers matchs amicaux grassement payés en Arabie Saoudite, aux Etats-Unis ou à Macao. L’industrie des produits dérivés tourne à plein régime et les supporters se transforment petit à petit en conso-spectateurs. Pour répondre avec leurs armes, les fans par milliers vont peupler les modestes tribunes du stade Gigg Lane à Bury. La raison ? Histoire de contester concrètement, ils vont soutenir un club créé la même année, leur club : le FC United of Manchester.

FC United Fans

Old Trafford c’est pour les nuls.

Loin d’être pionniers en la matière, les fans de Manchester ont suivi l’exemple de ceux du Wimbledon FC. En 2002, le président du club annonce le déménagement du club dans la ville de Milton Keynes à près de cent kilomètres de Wimbledon, entraînant la colère des supporters qui créent leur propre équipe : l’AFC Wimbledon.

Pourtant fondamentalement, l’arrivée des Glazer n’a rien changé, le club était déjà sur la pente ascendante du marketing global, mais pour les supporters de United, c’est plus un besoin essentiel de revenir aux sources, revenir à une époque oubliée où le football faisait le lien local entre les Mancuniens. Ils se décrivent comme des gens simples qui ne veulent pas « vendre leur âme ». C’est aussi et surtout parce qu’en temps de début de crise mondiale, les dirigeants ne consentent pas à geler les prix des abonnements à Old Trafford, comptez 700€ minimum pour voir les Red Devils jouer. Le divorce est consommé et les fans se considèrent comme « des supporters en exil ». Certains fustigent la dette du club, qui atteint 800M€, et craignent un destin à la Leeds United.

Cependant les liens entre les supporters de Man U et ceux du FC United, ils sont loin d’être cassés. Red Issue, le magazine des supporters de Man U, ne rate jamais une occase de parler, en bien, du FC United. Et les heures de match permettent quand même aux fans de suivre les performances des ouailles de Sir Alex.

 Le football ne doit pas se vendre au plus offrant (…) Beaucoup de familles allaient à Old Trafford mais n’en n’ont plus les moyens

Andy Walsh, président du FC United

7 principes du United of Manchester

Le FC United débute son histoire dans les bas fonds du football amateur anglais en Division 2 de la North West Counties Football League (D10) et le club attire entre 2 000 et 5 000 spectateurs quand il évolue à domicile. Plutôt solide, mais tout n’est pas tout rose pour autant. En effet, le club attire rapidement une bande de jeunes en rupture avec la société, des hooligans en puissance. Mais en développant le travail social et local en lien avec les organismes de proximité le problème est très vite enrayé. Grâce à de nouvelles règles, aux antipodes du foot-business, le FC United innove et détonne.

Rory Patterson et les autres

Qui sont les joueurs qui ont accepté le projet ? Beaucoup d’entre-eux sont des recalés des centres de formation de clubs moyens ou viennent du sérail amateur Britannique. Notons la présence d’un joueur formé au PSG, le défenseur français Cédric Krou. Mais la star locale c’était le Nord-Irlandais Rory Patterson qui est resté quatre saisons à défendre l’honneur des Red Rebels en inscrivant pas moins de 107 buts jusqu’en 2009. L’autre gros nom cette saison c’est le cocu Rhodri Giggs, frère de Ryan donc.

Pas super glorieux, mais pourtant, le club s’en sort plutôt pas mal puisqu’il termine champion consécutivement de la North West Counties Football League (D10) puis de la Northern Premier League Division One (D9) et parvient à grimper jusqu’en Northern Premier League Premier Division (D7) en seulement 4 saisons d’existence. Depuis 2008, le club a raté de peu la promotion en sixième division à deux reprises et cette saison les Red Rebels en course pour la montée occupent la 3ème place. Quelques beaux parcours en FA Cup sont venus rompre le quotidien du championnat sans pour autant attirer la lumière sur eux.

United of Manchester - Champions

Réponds à ça Sir Alex !

Quel avenir ?

Les dirigeants ont dressé en 2006 un plan de leurs ambitions courant jusqu’en 2013, parmi toutes leurs exigences seules deux n’ont pas été remplies : la promotion en Conférence North (D6) et la création d’une équipe féminine. Le FC United of Manchester grandit lentement mais sûrement, à l’ombre du mastodonte Manchester United qui vient de remporter son 20ème titre de Champion d’Angleterre. L’initiative de ses fans en mal de football est pour l’instant typiquement Britannique, puisque des supporters de Liverpool on suivi le mouvement en 2008 en faisant naître l’AFC Liverpool qui évolue toujours en D9 sous les yeux d’à peine 200 spectateurs.

Alors idée innovante ou simple fantaisie de fans ? L’avenir tend à leur donner raison, en entrant dans l’ère du fair-play financier les clubs doivent purifier leur gestion budgétaire et les règles imposées par l’UEFA devrait être de plus en plus sévères, demandez donc à Malaga et aux Glasgow Rangers. En dénonçant l’arrivée du foot-business,  le FC United of Manchester reste pour l’instant un phénomène à part. A l’heure du « Rêvons plus grand » mais pourquoi ne pas rêver plus petit par exemple d’un Auteuil FC ou d’un Saint-Germain de Paris évoluant en Division d’honneur à Charléty devant 6 000 spectateurs ?

 

Elias TOUMI
@Sir_Elias_

2 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.