Grenoble, terre fertile

Malgré un statut de petit club à la dérive, le Grenoble Foot 38 a sorti quelques pépites de son centre de formation

Rétrogradé en 2010 suite à un dépôt de bilan le Grenoble Foot 38 végète actuellement dans le ventre mou de son groupe de CFA. A la suite de ce triste évènement, le club Isèrois a du se résoudre à laisser filer gratuitement tous les joueurs qui étaient sous contrat professionnel. Parmi eux, un paquet de jeunes joueurs dont certains qui sont en train aujourd’hui de prouver que l’avenir du GF38 aurait pu être meilleur qu’il ne l’est aujourd’hui.

Si vous faites un tour du côté du centre de formation du Grenoble Foot 38, vous ne seriez même pas étonné par la vétusté qui frappe les infrastructures, en temps d’hiver les bâtiments ressemblent d’avantage à une carte Soviétique de Call of Duty qu’à un centre censé accueillir les meilleurs jeunes footballeurs du coin. Après tout le club vient de (re)monter en CFA. Mais si on vous dit que les locaux n’ont pas évolué d’un pouce depuis quasiment une décennie, durant laquelle le club était une solide écurie de Ligue 2 puis un surprenant promu en Ligue 1, vous trouveriez ça un peu louche. Alors si on vous rappelle que Sofiane Feghouli, Saphir Taïder ou encore Jonathan Tinhan entre autres foulaient il y a quelques temps le seul terrain synthétique du complexe avouez que c’est quand même bizarre.

Centre de formation GF38
La Masia ? Quelle Masia ?
 

De Youri Djorkaeff à Olivier Giroud

Depuis toujours, la fierté de la formation à la Grenobloise se nomme Youri Djorkaeff, champion du monde 98 avec l’équipe de France. Sorti du terreau Lyonnais il a complété son bagage technique et physique au sein de la capitale des Alpes où il a intégré l’équipe première du feu FC Grenoble à l’âge de 17 ans. Le club oscille alors entre la D3 et la D2 Française sans grand coup d’éclat et dans un relatif anonymat. Et après Djorkaeff ? Plus rien. Il faudra attendre le 21ème siècle pour voir la formation Grenobloise repointer le bout de son nez.

Youri Djorkaeff - Grenoble
Le Snake Grenoblois, une espèce en voie de disparition

En 1997, le Grenoble Foot 38 voit le jour de la fusion entre l’Olympique Grenoble Isère (ex FC Grenoble) et le Norcap Grenoble. Après quelques années à zoner entre CFA 2, CFA et National le club accède à la Ligue 2 en 2001. Puis tout s’accélère en 2004 quand les fameux Japonnais d’Index Corporation acquièrent le club Alpin pour en faire « un club de L1 en cinq saisons, puis un club Européen en dix ». Les idées pleuvent sur Grenoble entre nouvelles mascottes, joueurs nippons et la construction d’un nouveau stade. Le centre de formation et le centre d’entraînement sont eux pourtant laissés en second plan. Ces infrastructures remplissent les standards minimum du monde du football professionnel pourquoi y toucher ? C’est pourtant une des plus grosses erreurs de la direction de l’époque. On ne refait pas le passé, mais on peut se poser quelques questions sur cette gestion désastreuse. En s’appuyant beaucoup plus sur la formation, le club Grenoblois n’aurait certainement pas connu autant de problèmes liés aux finances. Et puis bon un stade de 20.000 places en CFA c’est carrément inutile maintenant.

Malgré l’arrivée de pseudo-stars comme le Japonnais Masashi Oguro, les jeunes loups Grenoblois commencent à pousser la porte de l’équipe première. On parle alors de joueurs comme Yann Kermorgant qui évolue maintenant à Charlton dans l’antichambre de la Premier League, Chair Belghazouani ailier virevoltant à Ajaccio,  Francis N’Ganga qui fait les beaux jours de Charleroi ou encore Ghislain Gimbert, attaquant polyvalent du côté de Laval cette saison. Ça fait pas rêver c’est clair mais la volonté de laisser une petite place au jeunes issus du cru est louable. Sauf qu’à ce moment là, le GF38 passe à côté de deux belles promesses : Henri Bédimo et Olivier Giroud. Le premier n’aura jamais percé chez les pros Grenoblois et s’en ira voir à Toulouse une herbe plus verte pour ses crampons avant de passer par le Havre ou Lens puis d’atterrir à Montpellier avec la réussite qu’on lui connaît. Pour Olivier Giroud c’est un peu différent il apparaît souvent dans l’équipe première mais est rarement titulaire. On ne lui fait pas confiance, il n’entre pas dans les plans des dirigeants alors il prendra la poudre d’escampette en direction d’Istres puis de Tours. Il retrouvera Bédimo à Montpellier où les deux compères seront sacrés Champions de France 2012 et enfin la même année il découvre les Bleus et la Premier League avec Arsenal. Qui l’eut cru ?
 

Les nouvelles hypes

A son arrivée en Ligue 1 le GF38 se renforce en recrutant pas mal de gars d’expérience comme Flachez, Battles ou Daniel Moreira, cependant dans l’effectif Isèrois existe une petite pépite : Sofiane Feghouli. Débuts en L2 à 17 ans et titulaire en L1 à 19 ans. Chef de file d’une génération Grenobloise dorée incarnée par Yoric Ravet, Brice Maubleu ou Hugo Cianci. Tous jouent plus ou moins lors des deux saisons parmi l’élite. En 2010 c’est la rechute en Ligue 2 pour le club Alpin qui aura réalisé une saison insipide dans l’élite marquée par une série de 11 défaites lors des 11 premiers matchs de la saison. Les premières fissures dans la maison Grenobloise apparaissent, les joueurs d’expériences se tirent, Feghouli aussi et le déficit financier se confirme. Pour sa dernière saison professionnelle en Ligue 2, le GF38 doit s’inventer une équipe et forcément ça passe par les jeunes. Les Ravet, Maubleu et Cianci se voient propulser titulaires, auxquels s’ajoutent Atila Turan, Saphir Taïder et Jonathan Tinhan. La saison est un véritable calvaire, les Grenoblois terminent lanterne rouge de Ligue 2 et se voient rétrogradés en CFA 2 après leur passage devant la terrible DNCG en fin de saison. Les Japonnais lâchent l’affaire, les joueurs sont libres et tout repart à zéro.

Alors qui a vraiment réussi parmi tous ces petits jeunes qui étaient sans club ?

Après une période d’adaptation à Valence, Sofiane Feghouli régale en Liga et vient d’être nommé Ballon d’Or Algérien. Saphir Taïder explose cette année en Série A sous le maillot de Bologne, où il est courtisé par la Juve. Ex-international U20 en équipe de France il se murmure qu’il aurait choisi la sélection Tunisienne.

Saphir Taider
Saphir Taider à droite sur la photo, vraiment y’avait besoin de préciser

Jonathan Tinhan a rejoint Montpellier, sacré champion de France il n’a pas beaucoup joué avec l’équipe première. Cette saison il s’impose petit à petit notamment en Coupe de la Ligue où chacun de ses buts sont décisifs. La fusée Grenobloise a par ailleurs fêté ses premières minutes en Ligue des Champions face à Schalke. Atila Turan, international U19 et U20 avec l’équipe de France, était courtisé par le Barça mais a choisi de rejoindre le Sporting Portugal. Peu en réussite il refait surface du côté de Orduspor en L1 Turque. Yoric Ravet, ex-international U20, pensionnaire de l’AS Saint-Etienne est prêté au SCO d’Angers en L2 où il s’affirme chaque week-end comme une belle promesse. Que dire de Florian Thauvin qui a été sacré champion de Ligue 2 avec Bastia la saison dernière et qui fait partie des belles révélations de cet exercice de Ligue 1, où notamment son doublé contre Bordeaux a fait de lui le plus jeune double-buteur des 5 grands championnats Européens. Sans contestation une belle cuvée allant de 1989 à 1993 dont la formation Grenobloise peut s’enorgueillir.
 

Quel avenir pour le club ?

Le réveil est difficile pour le GF38 classé 9ème de son groupe de CFA et pour son centre de formation qui tourne au ralenti. Seuls les U17 évoluent à l’échelon national et il faudra plusieurs années pour redevenir attirant sur la scène régionale où règnent Lyon, Saint-Etienne ou Evian. Depuis le départ des dirigeants Nippons, la direction est composée uniquement de gens de la région, Olivier Saragaglia l’entraîneur est Grenoblois de naissance et au sein de son équipe fanion évoluent tout de même une dizaine de joueurs formés à l’ombre du Stade des Alpes dont Nathan Monti gardien de but international U21 en équipe de France de Futsal. Cette dernière décennie fut assez exceptionnelle pour la formation à la Grenobloise avec peu de moyens beaucoup de jeunes talentueux sont sortis et commencent ou régalent déjà en L1 ou ailleurs. Cette année l’accent est encore plus qu’auparavant mis sur l’équipe première où la remontée vers le monde professionnel est le seul et unique objectif du club. Repassez dans 10 ans devant le centre de formation vous verrez ça n’aura pas bougé d’un poil et pourtant il y a fort à parier qu’un ou deux jeunes sortiront de la fabrique Grenobloise avec la réussite qu’on imagine.

 

Elias TOUMI
@Sir_Elias_

1 Comment

  • Je me rappelle de matches en U15 et U17 nationaux à Norcap Grenoble, avec les grillages autour…Insultes, clébards, crachats, c’est sûr qu’ils l’avaient leur 12ème homme, tout ça pour des matches de jeunes. Et encore, on a eu de la chance de repartir sans se faire caillasser ou pire.

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