Honda, Kagawa : Samouraï Supa Crew

Les stars du Japon

Nagatomo, Ushida, Sakai, Inui, Honda, Kagawa. Vous n’avez rien compris ? C’est aussi ce que se dit un gardien qui vient de se prendre un coup franc direct de Keisuke Honda. C’est ce que se dit toute une défense de Premier League lorsqu’une passe de Kagawa la transperce et arrive dans les pieds de Van Persie. C’est ce que s’est dit Jallet après s’être pris plusieurs grands ponts par Nagatomo. Comme nous l’avons vu, le football japonais a connu bien des déboires avant de s’affirmer au plus haut niveau mondial. Avec une génération de jeunes joueurs très talentueux, l’équipe nationale Japonaise  a subi un sérieux lifting ces dernières années. La victoire arrachée contre la France, équipe qu’ils n’avaient jamais battue avant l’a prouvé. Les Samurai Blues présentent aujourd’hui le visage le plus séduisant qu’ils n’aient jamais porté.

Dans l’épisode précédent, nous avons laissé le Japon à son élimination de la Coupe du Monde 2002, qu’il organise alors. Sous le maillot des Samurai Blue évoluent seulement deux grandes stars, Hidetoshi Nakata de l’AS Roma et Shunsuke Nakamura, numéro 10 du Celtic Glasgow. Les clubs européens restent assez réticents à l’idée de faire venir des types d’aussi loin. Faut dire que l’expérience Koji Nakata à l’OM fait plus l’objet de plaisanterie qu’autre chose. Il y a bien Le Mans qui aura tenté le coup Matsui. Pas forcément un mauvais joueur que ce petit milieu de terrain. Il pouvait même facilement prétendre à être l’un des meilleurs éléments de l’effectif manceau. Mais par rapport au reste de la ligue 1, c’était un peu trop léger pour laisser une trace indélébile. Pas au niveau la formation des joueurs japonais ? Pas sûr. Le Japon a connu un changement de génération radical avec la Coupe du Monde 2010. De nouvelles têtes ont été appelées dans la sélection de Takeshi Okada. Parmi-elles Yuto Nagatomo du FC Tokyo, Keisuke Honda du CSKA Moscou, Atsuto Ushida de Schalke 04, ces jeunes joueurs viennent renforcer un effectif porté par le vieillissant Shunsuke Nakamura et l’excellent mais trop méconnu Yashuito Endo. La sauce prend sans trop de problèmes. Le Japon tombe dans un groupe assez relevé, dominé par le futur finaliste Hollandais et composé du Danemark et du Cameroun. Les Samurai Blue n’ont pas trop de problème pourtant pour se qualifier pour les huitièmes de finale après une courte victoire contre les lions indomptables et réelle démonstration technique face aux Danois. L’équipe est portée par un Honda explosif qui met au supplice les défenses avec sa technique et surtout par la précision de ses coups de pied arrêtés. Pourtant l’épopée s’arrête à nouveau en huitième de finale dans un match ultra accrochée contre le Paraguay. A vrai dire, le Japon domine outrageusement la rencontre. Comme d’habitude, le milieu de terrain est impérial, sans mauvais jeu de mot. Mais les assauts répétés des nippons se heurtent à la défense guerrière des sud-américains. Ils sont éliminés de la pire des manières, aux tirs aux buts. Encore une fois, l’équipe avait les armes pour aller plus loin dans la compétition. C’est une nouvelle grande désillusion pour une équipe qui n’a cessé de progresser depuis 10 ans mais qui semble toujours incapable de passer un palier pourtant à sa portée. Faute d’efficacité offensive.

Mais en trois ans d’autres lascars encore plus talentueux se sont rajoutés à un effectif déjà séduisant. Une génération qui a remporté une quatrième Coupe d’Asie et qui a fait du Japon, l’équipe la plus titrée de son continent. Une petite présentation de ses deux porte-étendards s’est naturellement imposée à nous.

 

Le prodige : Shinji Kagawa

 

C’est l’une des plus grandes plus-values de l’histoire. En 2010 le Borussia Dortmund est pris d’une envie d’exotisme. Les allemands vont alors chercher du côté de l’extrême orient et du pays du soleil levant. Ils tombent sur un phénomène d’1m72 et 63 kg qui se promène littéralement dans une J-League bien trop faible pour lui. Pourtant, le jeune Shinji Kagawa ne joue dans l’élite que depuis un an. Le reste de sa carrière professionnelle il la passe au sein du Cerezo Osaka. Il sera d’ailleurs le plus jeune joueur nippon à signer un contrat pro, en 2006 à l’âge de 17 ans seulement. Rapidement, il trouve ses marques et s’installe tranquillement comme un titulaire indiscutable. En 2009 il se voit associé avec Takeshi Inui, autre grand espoir du foot local. Le duo fait des merveilles et le club ne rencontre aucune difficulté à remonter dans l’élite. L’année suivante, les exploits s’enchaînent avec un effectif pourtant peu reluisant hormis les deux phénomènes. Le club arrive donc à la troisième place de son championnat. C’est donc le moment parfait pour Kagawa pour passer un pallier et parti à la quête de la grande Europe.

Le jeune  japonais est appelé à faire des tests auprès des grands d’Espagne, Real Madrid et Barça. C’est finalement le Borussia qui va empocher le gros lot en embauchant le milieu de terrain pour 350 000 euros. C’est simplement l’affaire de l’année en Bundesliga. L’équipe est en pleine phase de reconstruction avec pour chef de chantier son entraineur Jürgen Klopp. Les finances tirent la gueule, le club est particulièrement touché par la crise. Mais les dirigeants tiennent à ce que l’équipe retrouve une place de choix dans le football teutons après des années de galère. Les achats de jeunes talents pas encore éclos s’enchaîne. Kagawa est donc un pari de plus, qui va se révéler plus que gagnant.

En quelques journées le joueur s’impose facilement dans le milieu de terrain du club de la Ruhr pourtant déjà bien fourni en talent. Jürgen Klopp ne tarde pas à lui donner les clés du jeu en le positionnant en numéro 10. Les stats parlent d’elle-même. Lors de sa première saison, le japonais est titularisé à 27 reprises et plante 15 buts. Honorable pour un attaquant, excellent pour un milieu. Il devient le danger numéro un pour les autres équipes de Bundesliga. Un véritable épouvantail au jeu simple fait d’accélérations supersoniques, de cassages de rein en série à coup de crochets imprévisibles et de passes lumineuses. Simplement inarrêtable, comme le Borussia qui en deux ans rafle deux championnats et une coupe d’Allemagne.  Clément Chantôme qui l’avait rencontré avec le PSG dans un match d’Europa League en octobre 2010 se souvient très bien de l’effet Kagawa : « Il nous avait tous impressionnés. Dans le vestiaire, on avait tous retenu son nom. Il a tout: simplicité, vitesse, technique.» Mais son statut de superstar il va l’acquérir cet été lorsque Sir Alex décide d’en faire son nouveau petit protégé. Le montant de l’indemnité de transfert est estimé à 15 millions d’euros, soit 45 fois ce qu’avait dépensé le club allemand pour le faire venir du Japon. Même si avec Kehl, Götze, Großkreutz ou encore Błaszczykowski , le club allemand ne manquait pas de concurrence, l’intégration à Manchester United est une toute autre paire de manche.

Mais ça Shinji Kagawa ne semble même pas s’en soucier. Les complexes, ce n’est définitivement pas pour lui. Titularisé dès son premier match et déjà décisif dans cette même partie. Il plante son premier but dans ce nouveau championnat à l’occasion de la seconde journée contre Fulham. En passant chez les Red Devils, le nippon prend une toute autre dimension. Il devient donc le premier japonais à évoluer dans l’une des plus grandes équipes de l’histoire du football. Un nouveau statut à l’international qui rime forcément avec une attention décuplées de la part des médias. Le Japon s’est trouvé une nouvelle idole après Nakata, Nakamura et Honda. Sa prétendue relation sulfureuse avec une star du X locale ne choque que les plus puritains et ne change donc rien. Le pourtant très discret et sérieux Shinji Kagawa emplifie encore un peu plus l’explosion du phénomène football au Japon.

 

La star : Keisuke Honda

Pourtant, aujourd’hui celui qui fait tourner les toutes les têtes dans l’Archipel, et surtout celles des nippones, joue dans un club bien moins huppé que son compère du milieu de terrain des Samurai Blue. Teinture blonde, allure longiligne élégante, tronche à figurer dans un groupe de J-Rock, Keisuke Honda est l’atout cool du foot nippon. C’est aussi le premier de cette génération à avoir explosé aux yeux du monde. Le garçon aime choisir ses moments pour briller. La Coupe du Monde 2010 est l’occasion parfaite pour montrer à la planète entière que Captain Tsubasa ou Olive et Tom, c’est selon, n’est pas totalement de l’ordre de la fiction.

Honda est un gosse spirituel de Yoichi Takahasi. Comprenez, l’inventeur des frappes aux effets surréalistes, des courses folles sur les terrains courbes et des coups spéciaux surpuissants. Le blondinet du CSKA Moscou, c’est un peu tout ça à la fois. Mais sa plus grande spécialité, celle qui l’a rendu célèbre et qui a fait entrer certaines de ces œuvres dans le panthéon des buts improbables, c’est bien le coup franc direct. Keisuke commence à s’amuser des lois de la physique dès ses jeunes années dans le de sa ville natale, Settsu. Le petit Honda n’est peut-être pas encore passé à la teinture blonde mais le football est déjà une vocation. Il fait un test auprès chez les jeunes du grand club pro du coin, les Nagoya Grampus. Pas vraiment concluant, puisque les entraineurs préfèrent le laisser dans la section junior plutôt que de le faire monter en niveau. Direction l’université de la Seiryo High School pour taper la balle au sein de l’équipe du campus.

Dans sa relation avec le football, le Japon a toujours eu ses écoles dans le rôle de l’intermédiaire. Encore aujourd’hui quelques très bons joueurs de J-League se sont d’abord illustrés dans les compétitions nationales étudiantes. C’est par là que le destin de Honda va passer pour le faire devenir un élément important du foot nippon. Notre milieu de terrain va d’abord s’illustrer en championnat national des écoles supérieures en menant son équipe jusqu’en demi-finale. Une surprise, puisque jamais une équipe de sa région n’avait atteint un tel niveau. En fait le reste de l’équipe ne joue pas un jeu de premier ordre. Il n’y a que Honda pour vraiment faire le boulot. Cela est suffisant pour que ceux qui lui avaient fermé les portes jadis, le rappelle. Alors qu’il est encore étudiant, les Nagoya Grampus le signent. S’ensuivront deux saisons en J-League où le jeune joueur s’impose facilement comme le meilleur milieu du championnat.

Si le joueur enchaine les coups d’éclats et les nettoyages de lucarnes, la case palmarès sent un peu le renfermé. Les ambitions ne manquent pas chez Honda, pas plus que l’assurance d’avoir un potentiel énorme. Alors Keisuke pense à l’Europe, cet eldorado où si peu de ses compatriotes ont réussi à briller. Ce qui tombe particulièrement bien à ce moment-là, c’est que son entraineur aux Grampus est un néerlandais, Sef Vergoossen.  Avant d’être pris d’une envie certaine d’exotisme, le bonhomme a occupé les bancs de touche de plusieurs clubs de son pays, dont 11 années de services là où on aime tant la lettre V, le VVV Venlo. Le technicien joue les intermédiaires privilégiés et vend les prouesses de son prodige à son ancien club. En quelques jours la transaction est effectuée et le joueur s’envole pour deux ans et demi en Hollande gratuitement. Il n’y rencontre pas plus de soucis pour s’y imposer comme un des cadres de l’équipe dès ses premiers matchs. Mais la saison va être difficile pour l’équipe dans son ensemble. Malgré la rétrogradation, Honda décide de rester chez ceux qui l’ont accueilli dans le cirque du foot européen. Un sens du devoir bien nippon en quelque sorte. Le deuxième exercice est plus concluant, le japonais se ballade. 16 buts en 36 matchs qui permettent au VVV Venlo de dominer le championnat de deuxième division et de renouer avec l’élite, une fois le titre 2009 acquis. Sur le plan personnel, Keisuke reçoit le trophée du taureau d’or désignant le meilleur joueur de la seconde division. Le retour en première division est explosif. Honda marche littéralement sur ses adversaires et massacre même à lui tout seul le ADO La Haye. En janvier 2010, il part pour la Russie et le CSKA Moscou en échange de 9 millions d’Euros.

Depuis ce jour-là, Honda est devenu une figure habituelle de la Champions League et les rumeurs l’envoient à peu près dans tous les pays d’Europe à chaque période de mercato. Pourtant aujourd’hui le japonais continue à porter les couleurs du club de russe. Difficultés à percer au très haut niveau ? Pas vraiment, le milieu de terrain a gardé sa très bonne habitude de s’imposer tranquillement dans chacune des équipes par lesquelles il est passé. Le CSKA ne déroge pas à la règle. Disons que le personnage est plutôt difficile et ambitieux. Peut-être même un peu trop. Il va donc tour à tour refuser des destinations prestigieuses comme le PSG, pris de folie mercantile, ou la Lazio, de retour au premier plan en Série A. Le tout agrémenté de punchlines saignantes, histoire de se mettre à dos les supporters de ces équipes, «Bien jouer contre le PSG pourrait m’envoyer rejoindre un grand club comme Paris ? Mais où est le grand club ? Je n’ai jamais considéré le PSG comme un grand club, même quand mon nom y était associé pendant les transferts. J’ai le niveau pour aller dans un très grand club, comme Kagawa ». Appelez ça de la vanité ou de l’ambition. Ce que le blondinet a oublié c’est qu’avant de cartonner à Manchester United, son compatriote a mené son Borussia à remporter un doublé historique dans les des championnats les plus prestigieux en Europe. Le CSKA a bien  remporté une Coupe de Russie, mais c’est bien trop peu pour s’attirer les faveurs d’une très grosse équipe. A force de laisser passer les différents trains, Honda risque bien de rester à quai et de finir par prendre définitivement racine chez mère Russie.

Après son excellente Coupe du Monde sud-africaine, le joueur jouissait d’une certaine hype auprès des gros clubs européens et d’une réelle popularité chez l’ensemble des footeux. Aujourd’hui il nous a fallu le match des bleus contre son Pays pour nous rappeler qu’il en est l’un des plus talentueux représentants. Et encore, il n’a même pas pu jouer, la faute à une blessure. Ses prestations ne sont pas à mettre en cause, tant il fait preuve d’une excellente régularité et d’un niveau de jeu tout à fait digne de la C1. Finalement, son principal problème est plutôt le manque de visibilité de son club, qui depuis sa Coupe de l’Uefa remporté en 2005, a bien du mal à enchaîner les bonnes performances à l’échelle Européenne. Un comble quand on porte une coupe de cheveux aussi flashy.

 

Cyril MORACHIOLI
@_Cym_

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