Imbula, très vite, trop vite

En 2015, on se demandait si Giannelli Imbula allait participer à l’Euro 2016 sous le maillot de l’équipe de France ou celui de l’équipe de Belgique. Aujourd’hui, il doit se résoudre à ne pas faire partie de la liste des 23 joueurs qui se rendront en Égypte pour défendre les couleurs de la République Démocratique du Congo pour la CAN. Problème administratif ? Manque de niveau ? Une chose est sûre, la carrière du natif de Vilvorde n’a jamais pris le virage attendu.

D’une surface à l’autre, la pelouse, pourtant immense du Vélodrome paraît presque trop petite pour ce joueur ciel et blanc qui arbore le numéro 25 dans son dos. Loin de la grâce et la conduite de balle classieuse que l’on peut exiger d’un milieu de terrain, Giannelli Imbula donne plutôt dans les courses intenses, les folles remontées de balles et les dribbles efficaces. Pour sa deuxième, et dernière saison avec l’Olympique de Marseille, le joueur formé à Guingamp explose. Sous les ordres de l’exigeant Loco Bielsa, il effectue certainement le meilleur exercice de sa carrière, à 23 ans. Un vrai box to box moderne, une version beta quelque part entre Abou Diaby, Matuidi, Pogba et Ndombele, il rayonne en phocéen au milieu des Lemina, Payet et Romao. Imbula termine même la saison comme étant le milieu de terrain le plus utilisé par Marcelo Bielsa, c’est dire. Malgré ce constat enchanté, le mage argentin qui se trompe rarement sur le potentiel d’un jeune joueur aurait lâché en fin de saison à son président de l’époque Vincent Labrune, une funeste, mais prémonitoire punchline à son propos : « Je l’ai amené là, il n’ira pas plus loin. Il faut le vendre tout de suite, il ne sera jamais meilleur qu’il n’a été ». Meilleur, Giannelli Imbula ne l’a effectivement plus jamais été, et Vincent Labrune a eu le nez creux, et surtout le porte-monnaie qui criait famine, en cédant son joueur à Porto pour 20 millions d’euros lors de l’été 2015. Le début de la traversée du désert pour le gaucher qui avait été élu meilleur joueur de Ligue 2 en 2013. Pourtant, au moment d’apposer sa signature en bas du contrat de cinq saisons siglé aux couleurs des Dragões, Giannelli Imbula est l’une des hypes du football européen. Le petit monde des réseaux sociaux, jamais le dernier quand il s’agit de s’enflammer, réclame que ce briseur de lignes rejoigne la liste automnale de Didier Deschamps avant de faire le bonheur d’un autre maillot.

Le Coq, le Diable et les Léopards

Il faut dire que le passeport de Giannelli Imbula Wanga est édité en trois exemplaires : République Démocratique du Congo, pays d’origine de ses parents, Belgique son pays natal et France où il est arrivé à l’âge de… 15 jours. Ses parents ayant prévu de déménager sur Argenteuil juste avant sa naissance ont finalement reporté le déplacement des cartons pour que maman Imbula puisse accoucher en toute sérénité à Vilvorde au nord-est de Bruxelles. Histoire de compléter le lobby, l’entourage du joueur lui conseille de multiplier les apparitions dans un maximum de médias et balance tranquillement des coups de pression à la FFF.

« La balle est dans le camp belge, à l’heure actuelle, c’est du 52 pour la France, 48 pour la Belgique » déclarait alors son père Willy Ndangi dans La Dernière Heure. Quand on connait le caractère de Deschamps et le petit historique d’Imbula sous le maillot des Espoirs, une altercation avec un kiné et une mise à l’écart de plus d’un an, on se doutait bien qu’Imbula avait peu de chances d’intégrer les Bleus. Du côté des Diables Rouges, Marc Wilmots ne se mouille pas plus « C’est le choix du joueur. Il doit écouter ce que lui dicte son cœur et faire ensuite les démarches nécessaires pour devenir belge. C’est ça la vérité. Ce n’est qu’à partir de ce moment-là que moi, je réfléchirai si je dois le convoquer ou pas ». Finalement, il n’y que les Léopards du Congo qui se sont montrés internationalement entreprenants en 2012 puis en 2015, pour essuyer deux refus secs de la part du clan Imbula. La Fédération congolaise décide alors de ne plus tenter de l’appeler. Pour compléter le tableau, à peine son transfert au FC Porto entériné, que la FIFA se penche sur la transaction pour découvrir d’étonnantes choses. Pour faire court, le transfert est truffé d’irrégularités en tout genre, entre manque de liquidités côté portugais, intervention de Doyen Sports, agents douteux et tierce-propriété. Et le joueur dans tout ça ? Il déclare vouloir se consacrer pleinement sur le football et à sa nouvelle aventure au Portugal. Avec un tel tableau, on imagine aisément la suite idyllique que va prendre la carrière d’Imbula.

Prodige égaré

« À Porto, ça ne s’est pas bien passé car je n’ai pas eu le rendement qu’il fallait », jugeait-il, dans une interview donnée à SFR Sport. Le Mister, Julen Lopetegui était, semble-t-il, très surpris par ses lacunes tactiques, son manque d’implication et sa nonchalance. 6 petits mois après son arrivée en grandes pompes sur les rives du Douro, Giannelli Imbula, qui aura joué 10 matchs de championnat portugais se voit luxueusement exfiltrer en Premier League du côté de Stoke City pour 22 millions d’euros, soit le plus gros transfert de son histoire pour le club anglais. « Je l’ai sorti du onze parce qu’il en avait besoin pour comprendre qu’il ne contribuait pas assez à l’équipe » avance alors son nouvel entraîneur Mark Hughes pour expliquer les absences d’Imbula. Un onze que l’ancien olympien ne côtoiera jamais régulièrement, n’apparaissant qu’à 28 reprises, toutes compétitions confondues, en une saison et demie sous la liquette des Potters.

Mais il fallait le voir à l’échauffement, on disposait deux plots distants de dix mètres, mais lui n’en faisait que cinq en courant…

Pascal Dupraz, son entraîneur à Toulouse

On continue ? Sauvé en 2017 de ses mésaventures étrangères par Pascal Dupraz alors à la tête du Téfécé, Imbula rembobine sa petite cassette et appuie sur replay. Prêté par Stoke, il débarque dans la Ville Rose pour « recommencer à jouer ». Il jouera, le temps pour lui de produire quelques étincelles par-ci, par-là, de planter une frappe de 35 mètres contre Montpellier puis de se voir finalement… écarté par Dupraz pour des raisons de comportement. « Mais il fallait le voir à l’échauffement, on disposait deux plots distants de dix mètres, mais lui n’en faisait que cinq en courant… Ce genre de comportement est très énergivore. Entre les problèmes de ponctualité ou d’irrespect, cette année, je n’ai presque jamais fait mon métier d’entraîneur ».

Retour à Stoke pour Imbula qui voit son nom garnir la rubrique des rumeurs de transferts de l’intersaison 2018/2019 du côté de Monaco ou Séville, pour finalement rebondir au Rayo Vallecano, toujours en prêt. Une saison à peine correcte plus tard, sans faire de vagues, Giannelli Imbula est à nouveau désirable internationalement. Mais, point de Didier Deschamps et encore moins de combinaisons à venir avec Eden Hazard, non, les Léopards de Florent Ibenge se sont rappelés à son bon souvenir juste avant la CAN. Après avoir longtemps décliné, Imbula accepte finalement de donner suite à une convocation avec la République Démocratique du Congo. Pré-sélectionné avec 38 autres joueurs en mai dernier, il échappera au premier écrémage, mais pas au second. Le 11 juin 2019, le nom de Giannelli Imbula n’apparaît pas dans la liste finale des 23 joueurs qui iront défendre les couleurs du pays en l’Égypte. Un problème de visa non délivré à temps est avancé d’un côté, un choix fort de la part du sélectionneur Ibenge est évoqué de l’autre.

Quoiqu’il en soit, le milieu de terrain gaucher va devoir se résoudre à regarder la compétition à la télé et songer à se trouver un nouveau club pour la saison prochaine, lui qui est indésirable mais engagé à Stoke jusqu’en 2021. Les tribulations de Giannelli Imbula, saison 6, épisode 1.

Article à retrouver dans notre magazine SAGA AFRICA

Elias TOUMI
@Sir_Elias_