« J’ai fait mon deuil »

Emerse Faé retraité à 28 ans qu'est-il devenu ?

Le 1er février 2012, Emerse Faé annonçait la fin de sa carrière professionnelle à cause de phlébites à répétition. La pratique du football était devenue trop dangereuse pour sa santé. Deux ans plus tard, l’ancien international ivoirien nous raconte sa nouvelle vie. Entraîneur adjoint des U17 de Nice, il dit avoir tourné la page sur son passé de joueur. Mais la nostalgie n’est jamais très loin quand on lui parle du ballon, forcément.

 

 

Emerse, avant de commencer, on voulait d’abord prendre de tes nouvelles ?

Ça va bien ! En ce moment, j’effectue ma deuxième saison avec les U17 de Nice en tant qu’adjoint. J’ai demandé au club de me faire la main avec une équipe car, en parallèle, je passe mes diplômes d’entraîneur. Je viens d’obtenir le BE1 au mois de mars et là, j’attends la prochaine session du DEF. Il y a une réforme en cours donc je dois patienter jusqu’en septembre 2014. J’ai la chance aujourd’hui de côtoyer un entraîneur (Alain Wathelet) qui me donne des responsabilités et qui me consulte beaucoup : je m’occupe parfois des séances, j’interviens aussi pendant les exos. J’ai une grande liberté. Je ne suis pas le genre d’adjoint à qui on demande juste de placer les plots.

 

La pratique du foot ne te manque pas trop ?

Ah si, bien sûr… C’est vrai que c’est compliqué de ne pas être sur le terrain alors qu’on se sent en bonne santé. Au départ, j’ai eu du mal à accepter ma blessure, mais avec le temps les choses s’atténuent. Aujourd’hui ça fait deux ans que j’ai arrêté, et on peut dire que j’ai fait mon deuil.

 

 J’aime bien ce que je fais en ce moment

 

Qu’est ce qui te manque le plus ?

La compétition, les entraînements, l’adrénaline, la pression… Les belles pelouses aussi! Surtout depuis qu’ils ont construit un nouveau stade à Nice. Voir les matches depuis les tribunes, et me dire que je n’aurai pas eu la chance d’y jouer, ce n’est pas toujours facile. Mais bon, comme je l’ai dit, ça fait deux ans que j’ai arrêté et avec le temps je m’y suis fait.

 

Les phlébites, c’est terminé ?

Depuis que j’ai arrêté ma carrière, je n’ai pas eu de nouvel épisode. Mais je suis encore sous traitement. Je prends un comprimé par jour, du Préviscan. Ce n’est pas contraignant et je ne ressens pas de fatigue.  Donc tout se passe bien de ce côté-là.

 

Et tu joues encore ?

Nan, plus du tout. C’est vrai que de temps en temps, s’il manque un joueur sur un exercice, je peux le remplacer. Mais sinon j’évite. Ça m’est vraiment interdit. C’est le traitement qui veut ça. Si je prends un coup, ça peut être douloureux et je risquerais de faire une hémorragie interne.

 

Quels sont tes prochains objectifs ?

Avoir mes diplômes le plus rapidement possibles pour ensuite coacher une équipe de jeunes !

 

Tu souhaites vraiment commencer par les jeunes ?

Oui, franchement, j’aime bien ce que je fais en ce moment. C’est enrichissant sur le plan personnel. J’ai des joueurs qui découvrent le monde professionnel car c’est leur première année en centre de formation. C’est vraiment intéressant pour moi de les emmener vers le haut niveau.

 

Et ils ne sont pas impressionnés ?  

Non, parce que je n’ai pas voulu dresser de barrière entre eux et moi. En revanche, c’est vrai qu’ils profitent de mon expérience. Ils sont souvent curieux et me demandent comment ça se passait pour moi au club et en sélection. Ils me posent souvent la question : « Est-ce que c’est dur d’être professionnel ? » Mais impressionnés, non. Il y a du respect entre nous mais pas de timidité. On sait faire la part des choses entre le travail et la rigolade.

 

A terme, tu souhaites quand même t’occuper d’une équipe professionnelle ?

Tout dépendra de la manière dont vont se dérouler mes premières expériences. Pour l’instant, je n’ai qu’un poste d’adjoint. Je n’ai pas encore les responsabilités d’un entraîneur d’une équipe de centre de formation. On verra comment ça se passe quand j’aurai à faire mes preuves. Vous savez, dans ce métier, on ne peut pas prévoir les choses trois ans à l’avance. De mon côté, je n’ai pas envie de brûler les étapes. Je veux apprendre le job correctement en prenant mon  temps. Si après je dois aller plus haut, ça se fera tout seul.

 

 Je pense qu’ils sont plus rêveurs que nous, mais moins ambitieux

 

Toi qui as fait un centre de formation, quelle est la mentalité des joueurs aujourd’hui dans ces structures. Daniel Riolo parle de « racailles ».

Racaille, ce n’est pas le mot. Après, oui, ça a changé. Je pense qu’ils sont plus rêveurs que nous, mais moins ambitieux. C’est vrai qu’à notre époque, on avait faim. Pour ma part, dès que je rentrais sur un terrain, j’avais le feu. Peu importe contre qui je jouais. Je faisais vraiment tout pour devenir professionnel. Aujourd’hui, il y a un décalage entre ce que les jeunes te disent et ce qu’ils font. Et dans le comportement aussi. Tu as l’impression qu’ils ont moins faim que nous.

 

Que penses-tu de la Côte d’Ivoire et de la prochaine Coupe du Monde qui s’annonce pour eux ?

C’est dur de le dire aujourd’hui. Après, quand on regarde l’effectif, on se dit qu’on n’a rien à envier à des grandes nations comme l’Angleterre, l’Italie ou d’autres. On a des grands joueurs comme eux.  C’est vrai qu’ils ont plus d’expérience que nous dans les grandes compétitions, mais à part ça, on a ce qu’il faut pour réussir. Après, on sait que ce genre de compétitions se joue sur des détails, et c’est ce qu’il nous a manqué lors des dernières éditions.

 

Tu n’as pas trop tremblé durant le match retour des barrages contre le Sénégal ?

Ce serait mentir de dire que je n’ai pas eu peur. Le match a été compliqué. Les mecs ont eu beaucoup d’occasions en première période et ils ont marqué très tôt en deuxième mi-temps.  Ils ont pris conscience qu’ils pouvaient le faire. Ils ont poussé, poussé… Ils ont franchement raté des trucs assez… exceptionnels ! Donc oui, ça a été compliqué jusqu’à la dernière minute. J’avais eu mes potes au téléphone avant la rencontre. Depuis, je n’ai pas eu l’occasion d’en parler avec eux. Mais je pense qu’ils ont dû bien profité. Je suis souvent en contact avec Salomon Kalou. On s’envoie souvent des messages. Et puis j’ai mon petit cousin, Giovanni Sio, qui vient d’intégrer l’équipe.

 

  Les joueurs africains n’ont pas forcément envie de rester dans le foot

 

Si tu étais sélectionneur, tu choisirais la France ou la Côte d’Ivoire ? En tant que joueur, tu as opté pour la Côte d’Ivoire…

Ça dépend des projets. Ça peut être une autre équipe aussi. Ce n’est pas parce que j’étais international ivoirien et français que j’irai obligatoirement entraîner la France ou la Côte d’ Ivoire. C’est plus une question de projet.  J’irai là où il me plaira le plus.

 

De tous les entraîneurs que tu as eus, quel est celui qui t’a le plus marqué ?

Je dirais Antonetti. C’est vrai qu’il a une forte personnalité, mais c’est quelqu’un qui aime beaucoup le beau jeu. C’est un vrai passionné qui s’investit à fond dans ce qu’il fait. Il aime ça ! Quand on apprend à le connaître, on se rend compte que l’image qui circule de lui dans les médias ne colle pas forcément avec ce qu’il est dans la vie de tous les jours.

 

Est-ce que tu trouves normal qu’il y ait si peu d’entraîneur noir au niveau professionnel ?

Ce n’est pas une question de normalité. En tout cas, ce n’est pas parce qu’on ne leur donne pas leur chance. C’est peut-être parce qu’en général, quand ils arrêtent leur carrière, les joueurs africains n’ont pas forcément envie de rester dans le foot. Les gens pensent que parce que tu as été joueur professionnel, tu peux devenir entraîneur. Mais ce n’est pas forcément le cas. Il faut aimer ça. C’est une vocation. Entraîner, ça prend du temps. C’est du travail. Ça n’a rien à voir avec une carrière de joueur. Déjà pour passer les diplômes, ce n’est pas facile. Pour en avoir pas mal discuté avec des potes africains, c’est vrai qu’ils n’ont pas envie de devenir entraîneur à la fin de leur carrière. Pour moi, c’est la raison qui explique qu’il n’y ait pas beaucoup de coachs noirs aujourd’hui. Mais à l’avenir, je pense que la situation va changer, parce qu’il y en quand même de plus en plus qui sont intéressés par cette reconversion.

 

Et sinon, ton surnom de « Faé Clochette » te suit toujours ?

(Sourire) Non c’est terminé. C’était quand je jouais ça. Pour l’instant, je n’ai encore rien démontré en tant qu’entraîneur.

 

Mais peut-être qu’un jour, tu seras un magicien sur le banc de touche (rires) ?

J’espère bien. Je vais essayer en tout cas. Si on me donne ma chance, je vais faire le maximum pour donner satisfaction. Le problème, c’est que quand tu es joueur, tes performances ne dépendent que de toi, alors que quand tu es entraîneur, ça dépend aussi des joueurs qui sont sur le terrain. Tu peux donner des conseils, mettre en place une tactique mais ce n’est pas uniquement toi qui peux faire la différence.

 

Propos recueillis par Nourredine Regaieg, Elias Toumi et Nicolas Durdilly

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