Le Cécifoot, une discipline en plein boom

Le Cécifoot est une discipline en plein boom

La médaille d’argent obtenue aux Jeux Paralympiques de Londres par la sélection française a mis en lumière le Cécifoot. Cette pratique du football réservée aux malvoyants et aux non voyants jouit aujourd’hui d’une notoriété grandissante. La Coupe de France, organisée les 4 et 5 mai au Cendre dans le Puy de Dôme, était une occasion privilégiée de découvrir cette discipline.

Même pour les spécialistes du foot, il faut expliquer en quoi consiste le Cécifoot. Cette pratique créée en 1987, permet aux personnes non voyantes (catégorie B1 discipline paralympique) ainsi qu’aux personnes malvoyantes (catégorie B2/B3), de s’adonner aux plaisirs du ballon rond. A ses débuts, le ballon était simplement enfermé dans un sac plastique afin d’être entendu en roulant et repéré par les joueurs.

Cécifoot - Coupe de France

Mais très rapidement, la pratique s’organise et les ballons se perfectionnent. Depuis le milieu des années 90, ils sont fabriqués dans les prisons brésiliennes grâce à un amendement du ministre des sports d’alors qui n’est autre que … le « Roi Pelé » lui même. Les « cuirs » sont depuis équipés de grelots plus facilement repérables par les joueurs. Le Cécifoot est discipline paralympique depuis les Jeux d’Athènes en 2004. A l’heure actuelle la France compte 17 clubs pour quelques 250 licenciés.

 

La France domine l’Europe

Le Cécifoot met aux prises 2 équipes de 5 joueurs, dont seuls les gardiens sont voyants. L’aire de jeu a des dimensions proches de celles d’un terrain de handball et est entourée de barrières. Des guides se placent derrière les buts pour indiquer le chemin des filets. A chaque déplacement, les joueurs doivent se signaler par un « Voy » (« J’arrive » en espagnol) afin de prévenir coéquipiers et adversaires. Les règles en vigueur s’approchent donc de celles du « Foot à 5 » avec quelques aménagements spécifiques mis en place par la Fédération Internationale des Sports pour Aveugles (FISA). Chez nous, le Cécifoot est rattaché à la FFF via la Fédération Française Handisports (FFH) par une convention signée le 27 novembre 2012. Depuis quelques années la France a réussi à se faire un nom sur la scène internationale. En effet, outre la belle médaille paralympique, les « Bleus » sont double champions d’Europe en titre. Malgré tout, la discipline reste peu connue du grand public.

L’objectif premier été de faire découvrir la pratique aux gens, de leur montrer ce qu’est réellement le Cécifoot

Pour remédier à ce déficit de notoriété, la FFH a décidé d’organiser plusieurs évènements partout en France. C’était notamment le cas de la 13ème édition de la Coupe de France délocalisée au Cendre (63). L’objectif de ce choix géographique tient avant tout au souhait des dirigeants nationaux de faire découvrir le Cécifoot dans une région où il est peu présent. Cette réunion a permis au public auvergnat de venir voir les rencontres entre les 8 équipes de catégories B1 et les 11 des catégories B2/B3, ainsi qu’une équipe belge (catégorie B1) invitée pour l’occasion. Et l’objectif a été largement atteint.

Cecifoot

Jean-François Cerralbot, secrétaire du club local en atteste : « L’objectif premier été de faire découvrir la pratique aux gens, de leur montrer ce qu’est réellement le Cécifoot ». Outre cette réussite, le dirigeant insiste sur le fait que cette réunion a également été « une véritable leçon de vie». « Ce sont de vrais compétiteurs. Durant tout le week-end aucun des joueurs ne s’est plaint malgré leur handicap. C’est loin de ce qu’on voit tous les dimanches avec des joueurs qui râlent pour un oui ou un non (rires) ».

 

Professionnalisation et engagement de partenaires économiques sont les conditions du développement de la pratique

Julien Zelela, directeur sportif du Cécifoot au sein de la FFH, estime lui aussi que de telles initiatives ne peuvent être que bénéfiques. Pour lui, la réussite de ces réunions ainsi que les victoires de l’Equipe de France engendrent une dynamique forte. « Aujourd’hui notre objectif est de réussir à mettre en place une certaine proximité avec les clubs « classiques ». Mais cela nécessite dans un premier temps de développer des formations pour les dirigeants (qui existent déjà en interne à la FFH) et de les intensifier ». Pour l’instant la discipline ne se développe que dans les grandes agglomérations où il est plus simple de s’organiser. « Le Cécifoot doit faire face aux mêmes problématiques que tous les autres football. Il faut trouver des créneaux et des installations disponibles, et ce n’est pas simple car tout est occupé » précise-t-il.

Mais il pointe surtout deux enjeux majeurs pour l’avenir de la pratique. Tout d’abord les clubs doivent faire face à de grosses contraintes économiques. « Le championnat est national et se déroule sur trois grands week-end qui nécessitent des déplacements à travers la France. Les frais de fonctionnement représentent entre 15 et 20 000€ pour chaque club par an. De plus à l’heure actuelle, la FFH n’a pas de partenaires directs (elle ne bénéficie que de partenariats indirects via la FFF). Le seul budget que l’on a est celui alloué par la FFF d’un montant de 80 000€ ». Dans ce cadre, il lui est difficile de pouvoir aider les clubs convenablement. Julien Zelela précise « qu’il faudrait au moins 1 ou 2 grands partenaires économiques pour que la discipline puisse se développer ».

Mais cette recherche s’avère compliquée. Pour preuve, à l’heure actuelle seule la Coupe de France bénéficie d’un partenariat avec GDF-Suez. Enfin, le directeur sportif souhaiterait un geste du football professionnel. « Je milite pour que les clubs pros intègrent à leur structure des sections Cécifoot. C’est une condition sine qua none pour que nos internationaux soient de vrais sportifs de haut niveau. Pour l’instant ils doivent concilier vie professionnelle et entraînements quotidiens. Il suffirait aux clubs de prendre dans leur giron les structures déjà existantes sans même devoir les créer. Malheureusement, on ne fait pas partie de leurs priorités… ».

Le Cécifoot connait donc un véritable essor sportif, mais les partenariats économiques peinent à se mettre en place. Même le monde professionnel ne semble pas prêt à s’engager. A l’heure où le PSG version Qatar fête son titre de champion de France, le Cécifoot devrait, peut être, profiter de l’euphorie pour aller taper à la porte du « Chèque Al-Thani »

 

Propos recueillis par Nourredine REGAIEG
@Nourregaieg_

 

L’UNADEV Bordeaux a remporté le titre catégorie B1 (victoire 1-0 contre l’AS Cécifoot Saint Mandé en finale). Pour les catégories B2/B3 c’est l’UNADEV Boulogne-Billancourt qui est repartie avec le trophée (5-1 en finale contre l’AVH Paris). Plus d’infos ici.

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