Le jour où la Coupe de France a été volée

Un jour la Coupe de France a été volée pour des revendications

A quelques heures du coup d’envoi de la finale de la Coupe de France entre Rennes et Guingamp, Les Remplaçants vous font revivre une anecdote marquante de la compétition. Le 9 août 1979, le club du FC Nantes découvre que la Coupe de France a été volée au centre de La Jonelière.  Les dirigeants du club croient d’abord  à une farce d’un supporter.  Mais la vérité est ailleurs, bien plus à l’Est, dans un haut fourneau lorrain…

FC Nantes 1979

FC Nantes 1979

Au matin du 9 août 1979, les dirigeants du FC Nantes n’en croient pas leurs yeux: la Coupe de France a disparu. Entreposée dans la vitrine du club, elle a été dérobée durant la nuit. Le voleur a cassé un carreau d’une baie vitrée pour s’introduire dans les locaux. La nouvelle circule et les médias se pressent autour du centre de La Jonelière. Mais qui a pu commettre un tel larcin ? Pour ne pas attiser le feu, le président Fonteneau reste clément : « Aucune poursuite ne sera exercée contre le voleur » Il ajoute: « Qu’il la cajole, la caresse, mais qu’il nous la rende bien vite. »

Il faut dire que la Coupe est symbolique pour le club. Le FC Nantes a remporté deux mois plus tôt son premier titre dans cette compétition contre l’AJ Auxerre de Guy Roux. Au terme d’une rencontre gagnée 4-1 après prolongations, le capitaine de l’équipe Henri Michel a soulevé le trophée remis par le Président, Valéry Giscard d’Estaing, devant plus de 50 000 personnes au Parc des Princes.

Hormis la Coupe, aucun autre objet n’a été volé dans les locaux du FCN. Un constat qui fait dire aux enquêteurs que le voleur pourrait être un supporter…  Baptisée « Charles Simon », la Coupe de France est en argent ciselé et pèse 3,2 kilos. Son socle, lui, fait 15 kilos et est constitué de marbre blanc veiné des Pyrénées.

(A écouter avec des écouteurs)

Ils voulaient médiatiser leur combat contre la fermeture des hauts fourneaux de leur région

La fin des années 70 marque le déclin de l'industrie sidérurgique française

La fin des années 70 marque le déclin de l’industrie sidérurgique française

Moins de 24 heures après les faits, les auteurs du vol révèlent leur identité. Ils sont quatre et viennent de Longwy, une ville du nord de la Lorraine. Sidérurgistes de métier et syndiqués à la CFDT, ils disent avoir emprunté la Coupe pour médiatiser leur combat: celui contre la disparition des hauts fourneaux de leur commune ! En effet, un an plus tôt, le premier Ministre Raymond Barre a annoncé le démantèlement des usines sidérurgiques dans cette région. Douze mille emplois sont alors amenés à disparaître. Pour les salariés, l’annonce est brutale et certains refusent d’abdiquer. Le 7 mars 1949, une quarantaine d’entre eux « kidnappent » Johnny Hallyday à la fin d’un gala pour lui faire visiter les locaux de leur usine. Quelques mois plus tard, l’étape du Tour de France en direction de Tellancourt est stoppée.  En empruntant la Coupe de France,  Robert Giovanardi et ses collègues souhaitaient juste faire parler d’eux. Il n’y avait aucun acte de chantage mais seulement une volonté de « populariser » leurs revendications : « On essayait d’inventer des trucs spectaculaires qui marquent l’opinion » explique le leader syndical. « On s’était renseigné : pas besoin d’être Arsène Lupin pour réussir le coup ! « 

Le trophée est exposé sur la place du village. Les habitants semblent soutenir l’acte des quatre mousquetaires. Mais pour le reste des Français, cela reste un vol ! « Notre action a été mal perçue, tout comme la CFDT de Loire Atlantique » reconnait Robert Giovanardi.

Quarante huit heures après les faits, la Coupe de France est rendue au FC Nantes. En l’absence du président Fonteneau, c’est le trésorier du club, Camille Plantier, qui reçoit le trophée des mains de la délégation lorraine. Pour se faire pardonner, les ouvriers de Longwy ont ramené un cadeau aux joueurs et  dirigeants du club : des assiettes en faïence, spécialités de leur région! L’histoire ne dit pas si les Nantais ont mangé dedans…

 

Nicolas DURDILLY
@NicolasDurdilly

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