Le nouveau visage de l’Italie

L'Italie du football est à un tournant d'un révolution culturelle et sportive

Prenez un dictionnaire s’il vous plait, ouvrez-le à la page des mots commençants par R… « REVOLUTION : Changement brusque et violent dans la structure politique et sociale d’un État, qui se produit quand un groupe se révolte contre les autorités en place et prend le pouvoir. »

Voilà. C’est ce que sont simplement en train de vivre nos voisins transalpins à l’heure où ces lignes s’écrivent. Un changement, une transformation, une métamorphose brutale qui remet en question des décennies de certitudes et d’acquis. Bien entendu, cela ne s’est pas fait en un jour, loin de là. Il aura fallu les crises économiques, l’absence de véritables leaders, les échecs, jusqu’à ce qu’un constat simple s’impose de lui-même : Il est temps de tout changer. Alors la vieille aristocratie dominante est chassée peu à peu, bien qu’elle fasse encore tout aujourd’hui pour s’accrocher aux talons de la botte. Dans le même temps, une nouvelle génération arrive, porte avec elle de nouvelles visions et théories, elle incarne d’autres valeurs plus en phase avec ce qu’est vraiment le peuple Italien aujourd’hui et enfin elle apporte une nouvelle manière d’aborder ce qui est le plus important en Italie : LE CALCIO

Et cette révolution est venue de là où jamais personne ne l’aurait attendu. Du bastion du conservatisme politico-socialo-footbalistique italien, de la Lombardie et de son Milan AC. Tout le monde se souviendra des images de la fin de saison 2012. Le championnat est déjà plié depuis deux journées, les rossoneri  viennent de gagner leur match face à Novara, mais peu leur importe le résultat à ce moment-là. L’instant va bien plus loin  que les considérations terre-à-terre du score. Les trois coups de sifflet résonnent dans les travées de la Scala du Calcio. Ce n’est pas simplement un match qui se termine, c’est toute une génération qui se doit de faire maintenant ses adieux. Que l’on soit tifoso du Milan ou pas, le moment est poignant, car l’Italie voit partir là certains de ses plus glorieux représentants de ces 15 dernières années avec Nesta, Gattuso, Zambrotta ou encore Inzaghi mais aussi des non-italiens, l’immense Seedorf en tête. Tous ont contribué à mener le calcio au sommet. Tous sont forcés de partir. La crise est passée par là, les clubs Italiens ne peuvent plus se permettre d’aligner les zéros sur les chèques pour garnir leurs effectifs de stars. Le vide laissé parait alors impossible à combler avant de nombreuses années de purgatoires faites de restriction économique. Et pourtant…

Pourtant c’était oublier que l’Italie a toujours été l’une des plus grosses usines à grands joueurs de la planète. Les talents sont là, prêts à éclore. Manque plus qu’à leur donner la chance qu’ils méritent. Chose qui par là-bas, n’est franchement pas dans les habitudes. De l’autre côté des Alpes, on est généralement espoirs jusqu’à 25 ans, en pleine explosion à 27 ans et un joueur arrivé à maturité après 31 ans. Autant dire que pour les Insigne, El Sharaawy, Immobile et autres Verratti, respectivement 21, 20, 23 et 20 ans, il valait mieux se préparer à cirer le banc pendant quelques années encore avant d’avoir réellement sa chance. D’ailleurs, conscient de ça, le petit gros Verratti préfèrera s’exiler vers un PSG boulimique d’ambition plutôt qu’à la Juventus, le club de son cœur qui ne voulait lui promettre une place de premier plan dans l’effectif dès la première année.

Et c’est probablement là l’un des actes fondateur de ce changement de mentalité dans la gestion des effectifs. L’Italie se rend compte d’un seul coup qu’elle vient de laisser filer son jeune le plus talentueux, un réel fuoriclasse qui n’a besoin que d’accumuler les minutes à gambader sur le pré en compétition officielle pour confirmer tout naturellement son talent. Alors la Juve fait le forcing pour chopper un autre grand espoir européen, français cette fois, Pogba, 19 ans. Quelques apparitions auront suffi au milieu de terrain pour s’imposer comme un élément indispensable de l’entrejeu de la vieille dame. De son côté, le Milan voit son attaque pillé de ses talents, Ibra est parti, Robinho est aussi fiable qu’une Lada sur un chemin paumé des montages de l’Oural, Pato continue sa formation en alternance en infirmerie et Cassano a enfin profité de l’occasion pour se tirer chez son club de cœur aka l’ennemis Interiste. Bref le Milan ne ressemble plus à rien, son nouvel effectif rachitique digne du niveau milieu de tableau serie A devient responsable d’une explosion des cas de dépression en Italie du nord. Reste quelques types dont on ne sait pas trop quoi penser, Boateng et El Shaarawy, pire, le Milan donne dans le recrutement gag en faisant venir M’baye Niang, tête brulée française de 18 piges, peu coutumière des concepts de discipline ou de sacrifice. Le profil type du mec à faire grève dans un bus quoi. Alors forcément, à voir les choses comme ça, on peut légitimement se dire que les rossoneri vont se manger une saison à oublier rapidement. Voir plus qu’une saison, puisque que le président Silvio pourrait bien passer par la case prison pour une liste de poursuite judiciaires longue comme un bras d’Usain Bolt. Et le coureur jamaïquain a de très longs bras.  Le début de la saison 2012-2013 donne raison aux sceptiques. Le Milan enchaine les défaites, plus de cent années de gloires sportives sont souillées par des matchs horribles. Le jeune M’baye Niang fait connaissance et noue de solides relations avec la police locale et les carabiniers. C’est clairement le bordel dans le château Lombard et journées après journées, l’entraineur Allégri voit se rapprocher lentement la lame de la guillotine de la chaire tendre de son cou.

Et pourtant tout n’est pas noir dans la nuit milanaise. Une étoile commence peu à peu à briller de manière toujours plus forte à chaque match. C’est Stephan El Shaarawy, le pharaon, mère italienne, père égyptien et crête sur le crane. Son mauvais gout capillaire ne l’empêche pas d’enchainer les pions et de planter à chaque match. Le jeune attaquant se révèle rapide, technique, vif et franchement efficace devant les cages adverses. Le phénomène tient le Milan à bout de bras. On se dit que ça ne risque pas de durer bien longtemps et que seul, à son âge, il va bien vite s’effondrer. Sauf que c’est tout l’inverse, les autres nouveaux arrivant, au nombre de 14 en tout, s’intègrent et prennent tranquillement la mesure de leur place dans l’effectif. Le Milan relève la tête petit à petit et commence alors la grande remuntada au classement. L’embelli va continuer avec la trève hivernale. Et les milanais vont profiter, un peu malgré eux, d’un évènement, qui à la base n’a pas grand-chose à voir avec le football et qui va donner un sacré coup de fouet au mercato de l’équipe : les élections générales italiennes. Tonton Berlusconi est du genre calculateur, ça l’univers connu dans son ensemble le sait. Il est du genre à retenir un Kaka, annoncé depuis des mois au Real, pendant des semaines jusqu’au terme d’une élection municipale afin que les Milanais votent en massivement pour le candidat de son parti. Et bien sûr, une fois la victoire électorale en poche il laisse le brésilien se barrer vers l’Espagne et empoche un bon gros chèque de 68 millions. Comme ça, tranquille. Cette fois le coup de boost dans les urnes s’appelle Balotelli. L’enfant terrible du foot rital qui a retrouvé une certaine grâce aux yeux de observateur transalpin après son Euro plutôt réussi.  Le Cavaliere signe un chèque de 23 millions et s’assure environ 400 000 voies supplémentaires, rien que dans la région de Milan. Deux conséquences, le Milan a maintenant une attaque de feu avec El Shaarawy au top de la forme (16 buts depuis le début de la saison) et un Balotelli revenu au niveau qu’il avait à l’Euro  et l’Italie se retrouve totalement ingouvernable avec trois partis politiques à plus de 20% qui ne risquent pas de s’entendre puisqu’ils ne peuvent simplement pas se blairer (Alors que Berlusconi était donné largement perdant avant les élections). Bon certes, cela est bien regrettable mais ce qui nous intéresse nous chez les Remplaçants c’est le ballon. Et de ce côté-là, le Milan avec son effectif rajeuni, 26 ans en moyenne contre 29 l’an dernier, est simplement en train de retrouver une forme de tout premier ordre. Les rossoneri sont remonté tranquillement à la troisième place et pourraient bien bouffer le Napoli second mais en perte totale de vitesse. Mieux, ils viennent simplement de mettre la rouste au grand Barça, aka la plus grande équipe de l’univers « que si tu les supporte pas t’es un gros PD qui aime pas le beau jeu ».  Rien que ça. (Bon ok il s’en sont mangé une bien plus grosse, une énorme au retour dans le Camp Nou)

 

Ok, vous m’direz, le titre s’appelle « Le nouveau visage de l’ITALIE », sauf que là on ne parle que du Milan. Alors écoutez-moi bien, non seulement vous n’avez pas à me dire ce que je dois gratter dans mes papiers mais en plus j’n’ai pas franchement envie que cet article soit publié dans 6 mois ! Or le Milan à travers son attaque de crêtes est bien l’exemple le plus marquant de ce renouveau dans le foot rital. Bien sur d’autres clubs virent les vieux avec plus ou moins de bonheur pour les remplacer par des gars qui viennent tout juste de percer leur dernier bouton d’acné. Naples a l’atomique Insigne, le Genoa compte sur Immobile, sans trop de succès et la Juve a honteusement fait partir le légendaire symbole Del Piero pour rappeler à prix d’or l’éternel espoir Giovinco qui peine franchement à confirmer. Mais le changement est plus profond, il prend racine dans une évolution de mentalité générale de la société italienne. Non seulement on fait confiance à la jeunesse mais cette Italie fait maintenant connaissance avec son nouveau visage, celui du multiculturalisme. Un phénomène pas forcément nouveau mais que les italiens commencent à accepter. Il est temps, car le pays compte aujourd’hui près de 6 millions d’habitants issus de l’immigration. Alors il va falloir s’y habituer, le joueur de foot rital moderne ne sera plus forcément blanc, brun et mannequin pour Cerrutti. Il pourra très bien être black, avec une crête et poser pour Gucci. Peut-être que le renouvellement de génération au Milan AC est plus une conséquence de la cure d’amaigrissement forcé de l’effectif due aux difficultés économique du club plus qu’à une réelle volonté de la part de ses dirigeants de donner un nouveau visage à l’équipe. D’autant que les (très) jeunes que préfère Berlusconi portent plutôt talons hauts, mini jupes et décolletés plutôt que crampons, shorts et maillots. Finalement, il est plutôt jouissif de voir que c’est dans le club dirigé par un mec pas franchement ouvert et qui a tiré dans les pattes de la jeunesse de son propre pays pendant 20 ans, que l’on trouve les deux nouvelles stars italiennes hautes de leurs 20 et 22 ans et fières de leurs origines égyptiennes et ghanéennes.

 

Cyril MORACHIOLI
@_Cym_

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