L’Egypte entre ombre et lumière

L'Egypte pays mythique africain navigue entre galère et violence dans les stades

Au lendemain du sacre d’Al-Ahly en Ligue des Champions et à la veille d’un barrage retour qualificatif pour le Mondial 2014 qui opposera les Pharaons au Ghana (mardi prochain), l’état du football égyptien est inquiétant. Entre suprématie continentale et naufrage de l’équipe nationale, le Caire vacille.

 

 

Sa place de 9ème au classement FIFA en 2010 (le Maroc 10ème en 1998 et le Nigéria 5ème en 1994 sont les seules autres nations africaines à avoir atteint le top 10 mondial) et ses nombreux triomphes continentaux ont permis à l’Egypte de jouir d’une reconnaissance mondiale. Et ce n’est pas la victoire d’Al-Ahly le week-end dernier en finale de Ligue des Champions qui viendra entacher cette belle réputation. Après avoir arraché le nul (1-1) contre les Orlando Pirates en Afrique du Sud lors de la finale aller grâce à l’inépuisable Mohamed Aboutrika (35 ans), les Cairotes n’ont pas tremblé à domicile. Même si les Pirates sont allés à l’abordage du but de Sherif Ekramy avec deux énormes occasions pour Tlou Segolela (35ème) et Lennox Bacela qui a réussi à dribbler le portier avant de manquer le but vide, ce sont bel et bien les hommes de Mohamed Youssef qui se sont imposés. Et c’est comme toujours ou presque « Captain » Aboutrika qui a ouvert le score (54ème) avant qu’Ahmed Abdel Zaher ne fasse exploser le stade à dix minutes du terme. Grâce à cette victoire, les « Diables Rouges » ont conservé leur trône et remporté leur 8ème titre en C1 africaine devant quelques 35 000 spectateurs qui avaient enfin le droit de goûter à nouveau aux joies du football. Mais les deux héros du soir n’auront pas vraiment eu le temps de profiter de l’allégresse.

 

Un titre et des polémiques

Auteur du second but, Abdel Zaher n’a pas trouvé mieux que de célébrer sa réalisation en montrant 4 doigts. Un geste anodin pour les moins avertis, mais qui a fait grand bruit sur les rives du Nil. En effet, ce signe est un soutien très clair au président islamiste déchu Mohamed Morsi en référence à la place « Rabaa » (quatrième en arabe) où les partisans des Frères Musulmans se réunissaient et où des centaines d’entre eux ont été abattus le 14 août dernier. Pour cette attitude l’attaquant a été suspendu par son club de Coupe du Monde des clubs le mois prochain au Maroc.

Outre cette affaire Abdel Zaher, le capitaine Aboutrika a lui aussi fait la Une de l’actualité pour ne pas être allé chercher sa médaille des mains du ministre des sports égyptien. Même si certains de ses proches précisent que le « Captain » était à ce moment dans les vestiaires pour récupérer un tee-shirt en mémoire des victimes du drame de Port-Said (70 spectateurs en majorité du club d’Al-Ahly avaient trouvé la mort lors de violences autour du match opposant leurs favoris à l’équipe d’Al-Masry le 1er février 2012), il semble clair qu’il ait habilement évité d’aller serrer la main d’un membre du gouvernement ayant éjecté Mohamed Morsi du pouvoir. Aboutrika a pour cela écopé d’une amende de 10 000$ mais participera bien à la Coupe du Monde des Clubs qui seront certainement ses derniers matchs sous les couleurs d’Al-Ahly avant de prendre sa retraite.

 

Al-Ahly, les seuls égyptiens qui iront à une Coupe du Monde

Mais avant de partir, Aboutrika devra également jouer le barrage retour qualificatif pour le Mondial brésilien mardi prochain contre le Ghana des frères Ayew. Après la joie de ce sacre continental, les supporters égyptiens ne devraient pas connaitre celle d’une qualification en Coupe du Monde. Les Pharaons étrillés 6-1 au match aller n’ont guère d’espoir de faire l’exploit. Ils auront malgré tout une carte à jouer dans leur stade devant un public chauffé à blanc et face à des Black Stars qui n’ont aucune envie d’aller jouer au Caire pour des raisons de sécurité. Toutefois, la sélection égyptienne, aujourd’hui dirigée par l’Américain Bob Bradley, n’a plus son lustre d’antan. Les Pharaons sept fois champions d’Afrique (dont trois titres consécutifs en 2006, 2008 et 2010 ce qui est un record mondial) ne se sont pas qualifiés pour la dernière CAN en Afrique du Sud. Et cette fois encore les choses semblent bien mal engagées pour la Coupe du Monde. Malgré des qualifications bouclées avec six victoires en autant de matchs, l’Egypte n’a pas su confirmer son regain de forme. Même si Aboutrika a marqué sur penalty, les égyptiens n’ont rien montré qui pourrait laisser croire à un retour de derrière les fagots. Bob Bradley va devoir trouver les mots pour motiver ses joueurs et surtout essayer de limiter la casse pour éviter tous débordements.

 

Un championnat qui tourne au ralenti

Des débordements ? C’est la raison pour laquelle la fédération égyptienne a décidé d’instaurer le huis-clos pour tous les matchs de championnat. Suite à la révolution et au drame de Port-Said, l’Egyptian Premier League a été interrompue pendant une année entière.

L’édition 2012/2013, qui marquée la reprise, a été arrêtée le 20 juin dernier à deux journées de son terme suite aux différents problèmes sécuritaires qui touchent le pays. Cette décision approuvée par les 18 clubs de l’élite a débouché sur le sacre de deux champions : le Zamalek et Al-Ahly en tête de leurs poules respectives. Du jamais vu ! A l’instar de la Tunisie, l’Egypte avait aussi opté pour un championnat avec deux poules, mais face à la situation du pays les phases finales n’ont pas eu lieu. Aujourd’hui le championnat tourne au ralenti. Pour preuve le site de la fédération n’est plus à jour depuis 2011 hors équipe nationale. Le football reprend petit à petit son souffle en Egypte mais a de plus en plus de mal à briller. Avec seulement deux équipes (Zamalek et Al-Ahly) qui servent de locomotives à tout le pays et qui abreuvent en grande majorité l’équipe nationale, l’Egypte semble plafonner et avoir beaucoup de mal à se développer. Outre ces deux mastodontes du football africains les autres clubs vivent  dans leur ombre. Au sommet de la pyramide continentale mais inexistant sur au niveau mondial, le football égyptien est une des plus grandes énigmes de la planète football. L’arrivée de Bob Bradley semble être un premier signe d’ouverture sur le monde mais qui reste malheureusement pour le moment sans suite.

 

Nourredine REGAIEG
@Nourregaieg

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