Les Expendables de la Ligue 1

Les stars envahissent la Ligue 1

En presque trois mois de Mercato la ligue 1 a méchamment changé de visage. Car cet été, quatre des gueules les moins affables du football mondial ont rejoint les rangs d’équipes françaises. Présentation des artistes.

 

Flingue et chapelet, le style Lavezzi

Des quatre, ce n’est certainement pas le plus sujet aux accès de violences pures. Pas de maitrise d’art martial comme Zlatan. Ni de démêlé avec les stup’ comme Mutu. Et que l’on sache il n’a pas écrasé un cigare dans l’œil d’un type alors qu’il fêtait Noël. Oui mais voilà, non seulement Ezequiel Lavezzi porte un prénom (qui signifie « Que Dieu rend fort ») qui siérait très bien à un perso de comics tueur à gage biblique mais c’est surtout sa gueule à donner la réplique à Clint dans un Sergio Leone qui détonne. Sur le terrain, l’Argentin est un infatigable travailleur. Totalement porté sur le collectif, ce n’est forcément pas le genre de mec à planter 30 pions en une saison mais plutôt à en faire marquer autant qu’il en met. Un peu trop altruiste pour un bad boy non ?

Le gros tacle les deux pieds décollés dans les chevilles d’André aurait pu nous rassurer quant aux velléités de Lavezzi. Et pourtant il n’a même pas bronché lorsque l’arbitre a sorti le carton rouge. Pire, il s’est directement excusé, visiblement peu fier de son mauvais geste. Même pas il n’a tenté en scred de pécho quelque chose, n’importe quoi, dans les poches de sa malheureuse victime, encore à terre. Putain mais à quoi lui ont bien servis ces cinq années dans le cocon de la Camorra Napolitaine ? Merde, ça a bien changé le Napoli… Il a beau être tout fier de son gros tatouage de flingue sur sa hanche, l’animal n’est donc pas vraiment un méchant. Il y a bien eu cette altercation avec un automobiliste qui lui a fait une queue de poisson en plein centre de Naples ou encore ce petit crachat à la figure d’Aleandro Rosi (Roma). Mais rien qui puisse faire de lui une véritable terreur sur et en dehors des terrains. Pour que les papelards nationaux s’agitent autour de sa personne, c’est dans le jeu qu’il va devoir s’employer. Vue la régularité qu’il affiche depuis sa venue en Europe, on n’est pas franchement inquiet pour lui. Plus pour les défenses adverses.

 

Zlatan le fils préféré des Balkans

L’histoire personnelle de Zlatan rejoint celle avec un grand H. Enfant d’immigrés, de mère croate et de père bosnien, le petit Ibrahimovic grandi dans la banlieue de Malmö et le quartier pauvre de Rosengård. Il y côtoie d’autres gosses immigrés de seconde génération de ces Balkans alors en train de s’entre déchirer. Comme ceux-ci, Zlatan est indirectement un enfant de la guerre. Même s’il vit loin des bombes, l’enfant ne peut échapper à ce qu’il se passe dans le pays de ses parents. Pour cause, les Ibrahimovic sont originaires de Bijeljina où les tigres d’Arkan ont massacré plus de 1040 civils lors d’un des nettoyages ethniques de cette guerre de Bosnie. Avec un père passant ses journées devant les infos à la télé en enchainant les bières et une mère totalement dépassé par les cinq frères et sœur du futur colosse, ce dernier ne reçoit pas vraiment l’éducation idéale. Son enfance, il la passe donc entre ses potes de la rue et le terrain du FC Balkans où il tape dans ses premiers ballons.

Impulsif, difficilement gérable, les parents décident de mettre leur gosse au Taekwondo, histoire de lui inculquer une certaine discipline. Bien mal leur en a prit, puisqu’après une ceinture noire obtenue à l’âge de 18 ans, le jeune Zlatan va prendre un malin plaisir à martyriser ses coéquipiers des différents clubs où il va poser ses valises durant toute sa carrière. C’est justement sur les terrains entraînements et pendant les matchs qu’il va dignement gagner son titre d’Expendables. Car de ses débuts à Malmö jusqu’à son arrivée aux PSG, la vie footballistique de Zlatan va être ponctuée de rivalités haineuses avec d’autres joueurs, de duels musclés qui ont mal finis et de highkick même pas retenus. L’histoire retient d’abord la relation toute particulière qu’il a entretenue avec Rafael Van Der Vaart lors de son passage à l’Ajax. Les deux jeunes attaquants se disputent alors le titre de superstar de l’équipe. Comme dans toutes bastons de chefs de la meute, il ne doit en rester qu’un. Malheureusement pour lui, le hollandais va en faire physiquement les frais. Après trois saisons passées à se détester cordialement au sein du même effectif, le point de non-retour est atteint lors d’une des rares confrontations entre les deux joueurs. Le 18 août 2004, à l’occasion du match Pays Bas – Suède, Zlatan essuie copieusement ses crampons sur son rival et le blesse. La guerre étant maintenant ouverte, l’un des deux doit quitter l’Ajax. Le Suédois s’envole alors 10 jours plus tard pour l’Italie et la Juventus.

Quoi qu’il en dise, la botte tient une part importante dans la vie sportive d’Ibrahimovic. Ses débuts à la Vieille Dame sont assez houleux. Si l’excellence de ses prestations ne souffre d’aucune contestation, le suédois va à plusieurs reprises s’accrocher avec ses coéquipiers et ses adversaires. On se souviendra de cette baston dans les vestiaires avec Patrick Vieira. Finalement plus une embrouille entre deux gros caractériels qu’une nouvelle rivalité. Les deux joueurs vont même devenir de très bons amis par la suite. Sur le terrain c’est avec le serbe de la Lazio, Sinisa Mihajlovic qu’il va s’accrocher. Cette fois, l’Histoire et la politique rattrapent encore l’immigré bosnien. Il va le retrouver lors de son passage à L’Inter. Le serbe y tient alors une place dans le staff et prend Zlatan sous son aile. Lors des séances d’entrainement, il lui apprend à tirer les coups francs, à l’écart du groupe. La relation entre les deux hommes est bien plus chaleureuse que leur première rencontre sur le terrain. Le cynisme de l’histoire veut que Sinisa Mihajlovic soit un nationaliste serbe déclaré et ami proche d’Arkan. Ce même Arkan, ancien président de club et chef de guerre de la Serbie de Milosevic. Celui dont les troupes, « les tigres », ont mis à sac, Bijeljina, la ville d’origine des Ibrahimovic et tué 1040 de ses habitants.

Mais le Suédois se fout royalement de l’histoire. Ce qui l’intéresse, tout le monde le sait, c’est lui et lui seul. Parents absents, peu éduqués, Zlatan s’est construit tout seul en tirant partie de son physique impressionnant et de son talent naturel hors norme. Rarement dans sa carrière, il aura souffert de la comparaison avec un joueur d’une équipe dont il aura porté le maillot. Il n’y a peut-être qu’au Barça de Messi que ce fut le cas. Est-ce un hasard finalement que cela ait été son seul semi-échec ? Une autre constance de cette riche carrière, ce sont ces altercations sur le terrain et en entrainement. Zlatan s’en est fait une spécialité. Les victimes sont nombreuses. Aux Van Der Vaart, Vieira et Mihajlovic s’ajoutent Materazzi (Inter), Onyewu (coéquipier au Milan), Aronica (Napoli), Storari (Juve) et d’autres moins illustres. Parfois même juste pour s’amuser, le géant suédois fait une démonstration de Taekwondo sur un pauvre coéquipier qui n’a rien demandé. Cassano, Rodney Strasser ou encore Christian Wilhelmsson ont tous tâté du highmiddle ou lowkick sans aucune raison. Enfin si, une seule, celle de montrer à tout le monde que Zlatan, que ce soit pour marquer des buts, ou mettre des tatanes dans la gueule, restera toujours le plus fort.

 

La carrière en pointillé d’Adrian Mutu

La violence n’est pas son domaine de prédilection. Plutôt que de distribuer des beignes sur le terrain, c’est plutôt avec la justice que Mutu a eu à faire ces dernières années. Adrian se fait d’abord de nouveaux amis au sein de la brigade des stup’ anglaise. En octobre 2004, alors qu’il porte le maillot de Chelsea, il est déclaré positif à la cocaïne à l’issue d’un test antidopage. S’ensuit logiquement une suspension de sept mois à laquelle s’ajoute une amende de 50 000 euros. La sanction la plus dure vient de la part de son propre club. Voir son image salie par un joueur ayant recours à des produits illicite n’est pas du gout du staff dirigeant de Chelsea. Mutu est donc licencié pour faute grave. La FIFA condamne le joueur à verser 17 millions d’euros de réparation à son ancien club. A ce jour, la dette n’a toujours pas été réglée. Aussi bien payé soit un joueur de la trempe de Mutu, ce dernier ne peut pas rassembler une telle somme comme ça. Il doit donc aller voir du côté de son pays d’origine et de ses hommes d’affaires véreux. Aux dernières nouvelles, le président du Dinamo Bucarest a lancé une quête auprès de ses supporters pour venir en aide à Adrian. Sans grand succès. Mais l’attaquant ne laisse pas abattre et se relance dans un autre pays, l’Italie. Pas encore rassasié, le premier avertissement reçu en 2004 par les instances anti-dopage ne va pas suffire à notre roumain préféré.

Le 29 juillet 2010 l’étau se resserre à nouveau autour de lui. A l’issue du match Fiorentina – Bari en coupe d’Italie dans lequel il vient de planter un doublé pour la Viola, c’est à la sibutramine qu’il est cette fois contrôlé positif. Ce produit est un stimulant utilisé dans la lutte contre l’obésité. Adrian se serait-il un peu trop laissé aller avec les gelati ? L’effet désiré par le dopé serait plutôt une augmentation de l’agressivité. Le Comité Olympique Italien le condamne à 9 mois de suspension totale. Durée finalement rabaissée à 6 mois. La Fiorentina n’apprécie pas beaucoup plus que Chelsea de voir son image ternie, surtout par sa plus grosse star. Elle offre donc généreusement trois mois supplémentaire de suspension à Mutu. Il réintègre l’équipe en février 2011 mais l’alchimie qui avait fait de lui l’attaquant vedette de l’équipe toscane est brisée. A la fin de la saison il s’envole alors pour Cesena.

Les suspensions, le roumain s’en est fait une spécialité. S’il s’est adonné à cette discipline tout à fait spéciale en club, il ne voit pas pourquoi il ne pourrait pas faire de même en équipe nationale. En aout 2011, il est surpris dans un bar en train d’enfiler les verres les uns après les autres avec son pote et coéquipier Gabriel Tamas, la veille d’une rencontre capitale contre la redoutable équipe de Saint Marin. Sa fédération use alors de tout son courage et annonce une suspension à vie des deux joueurs de la sélection nationale. Etrangement, au bout de trois petits matchs, la sanction est miraculeusement levée. Geste de bonté la part de la fédération roumaine ? Non, plutôt que Mutu est leur seul atout offensif valable.

Ajaccio accueille donc un mec qui n’est pas le meilleur pote de la discipline. Entre sa fâcheuse tendance à tester divers produits exotiques et son amour certain pour les soirées arrosées, Adrian n’est pas un type facilement gérable. C’est regrettable car au-delà des conneries dont il est capable, le néo-corse ne manque pas de qualités sur le terrain. On ne s’impose pas dans une équipe telle que la Fiorentina de Prandelli pour rien. Sa technique et son sens aiguisé du but lui ont permis de planter 67 pions en 144 matchs sous les couleurs de la Viola. A maintenant 33 ans, le roumain s’offre donc un dernier challenge sur l’ile de Beauté. La venue d’un tel talent peut sacrément booster l’attaque de l’ACA. Encore faut-il qu’il se tienne un peu. Ça tombe plutôt mal, car niveau poudre on s’y connait pas mal là-bas…

 

Street Fighting Man

Joseph Anthony Barton tape dans ses premiers ballons dans les rues de Huyton, banlieue pauvre de Liverpool qui a vu naître Steven Gerrard mais aussi l’ancien premier ministre travailliste Harold Wilson. Taper, voilà bien le verbe qui revient le plus souvent à la bouche lorsque l’on se met à parler de Joey Barton. Au même titre que fracasser, détruire, casser, massacrer ou démolir d’ailleurs. Le milieu de terrain s’est construit sa légende, non pas balle aux pieds mais en enchaînant les frasques. Multiples agressions, coups et blessures sur des coéquipiers, adversaires, mecs croisés bourré dans la rue le soir ou jeune qui n’a rien demandé, son casier judiciaire est plein à craquer. On dit souvent que l’endroit où l’on a grandi conditionne l’homme que l’on est. C’est effectivement le cas pour l’ex-Citizen.

Huyton est un de ces nombreux quartiers ouvrier du nord de l’Angleterre sinistré par les années Tatcher. Joseph est l’ainé de quatre frères aux parents séparé. Il passe son enfance entre sa grand-mère qui fait tout pour le tenir loin de la drogue et un père charpentier qui lui inculque le gout du travail bien fait. Il n’échappe pourtant pas au destin de nombreux ados du coin qui jonglent entre pauvreté et délinquance. Le football est alors une porte de sortie miraculeuse que beaucoup essaient d’ouvrir mais que très peu parviennent à passer. Barton a plus de chance et de talent que la moyenne. Il fait donc ses premières armes chez les jeunes d’Everton. Puis malgré les avis de certains recruteurs, qui le trouvent trop petit pour le football, il poursuit son ascension jusqu’à intégrer le centre de formation de Manchester City. La pratique du sport à haut niveau ne va pourtant pas le calmer et jamais il n’abandonnera ce caractère colérique et sa très grande susceptibilité. Il joue son premier match dans l’équipe première des Citizens en novembre 2002 contre Middlesbrough. A partir de ce jour-là, ses prestations solides vont progressivement en faire un élément indispensable de l’effectif Mancunien.

Sa progression comme professionnel va être suivie en parallèle par un enchaînement de conneries toujours plus graves.  La suite tout le monde la connait. Noël 2004, après une plaisanterie un peu osée de ses coéquipiers qui viennent de bruler le T-Shirt de Joey, ce dernier plante son cigare dans l’œil de Jamie Tandy. Visiblement, il n’avait pas apprécié la blague. Un an plus tard, il renverse un piéton et lui casse la jambe.  En Mars 2007 il casse la gueule d’un chauffeur de Taxi. Fallait pas tenter de l’embrouiller avec le compteur. Il ne perd pas son rythme et en Avril 2007 lors d’un entrainement, c’est sur Ousmane Dabo qu’il passe ses nerfs. C’est cet épisode qui va rendre Joey Barton célèbre par chez nous. Enfin surtout les photos de Dabo la gueule de travers, qui vont faire le tour de toutes les revues sportives d’Europe. C’est aussi un coup d’arrêt pour l’anglais qui voit sa progression dans le Fight Club se freiner pour quelques mois. Car c’est aussi et surtout l’incident de trop pour son club qui décide de se séparer définitivement de leur joueur. La justice anglaise lui inflige quatre mois de prisons avec sursis et deux cents heures de travaux d’intérêts généraux. Il se relance quelques mois plus tard, un soir de décembre 2007 en semant la terreur dans les rues de Liverpool. Bien sur l’alcool tient une part de responsabilité certaine dans cette affaire, mais n’enlève rien à l’exploit du joueur. 5h du matin, il explose la tronche d’un mec qu’il vient de croiser et qui lui aurait mal parlé. Ceci fait, il continue tranquillement sa route et tombe sur un jeune de 16 ans auquel il brise la mâchoire. Une soirée entre Street of Rage et Final Fight en somme. Cette fois c’est un réel tournant dans la vie de Barton. Après 77 jours passés derrière les barreaux, le milieu de terrain décide d’arrêter de boire. Avec succès, puisqu’il a récemment déclaré ne plus avoir bu une seule goutte d’alcool depuis ce jour-là. Le joueur se calme pour de bon, du moins en dehors des terrains de foot.

En match, il reste toujours aussi délicat avec les chevilles de ses adversaires. Xabi Alonso (Liverpool), Pedersen (Blackburn) mais aussi Tevez, Aguero et Balotelli (City) dans le même match, sont ses principales victimes. Aussi populaire soit Barton auprès des Anglais, ses exploits en kick-boxing ne sont plus vraiment du gout de la fédération anglaise. Ainsi, après s’être fait mettre à l’amende par son club de Newcastle, son prêt à l’OM sonne comme un exil forcé. La vie chaotique qu’on lui connait ont fait de Joey un personnage atypique dans le football moderne. Avoir un demi-frère qui a tué un étudiant noir à la hache ne doit pas aider non plus à avoir un mental totalement équilibré.  Le natif d’Huyton est un joueur à l’ancienne, du genre rugueux et généreux. Du genre aussi à se donner corps et âme pour son équipe. Le genre de mec que les supporters adorent donc. Cette agressivité, lorsqu’elle est bien utilisée, en fait un joueur précieux dans un effectif. Car sur un terrain de foot, Barton est loin d’être un manche. Milieu de terrain efficace, son profil se situe à mi-chemin entre le nettoyeur Gattuso et un Steven Gerrard. Marseille à beaucoup à gagner à avoir un type aussi intéressant. Encore faut-il qu’il se concentre sur son football plutôt que sur son crochet du droit. Joey a annoncé s’être calmé pour de bon et vouloir prendre un nouveau départ en venant en France. Les neuf matchs de suspension qu’il lui reste à tirer vont lui laisser tout le temps pour s’imprégner de la relation unique qui uni l’OM et ses supporters. Reste qu’il ne fait aucun doute que Barton avec son fighting spirit exacerbé risque bien de devenir la nouvelle idole qu’attendent les supporters marseillais depuis longtemps.

 

Cyril MORACHIOLI
@_Cym_

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