L’Italie face à sa deuxième Renaissance

En échec à la Coupe du Monde l'Italie doit revoir son système

En 2014, le Brésil se montre beaucoup moins accueillant qu’au 15ème siècle avec ses envahisseurs Européens, pourtant seulement équipés de crampons et de shorts cette fois-ci. Pour cette 20ème édition de la Coupe du Monde, avec six représentants qualifiés pour le second tour et malgré la victoire finale de l’Allemagne, la vieille Europe poursuit sur sa mauvaise lancée de 2010 et laisse la part belle à l’Amérique du Sud. Nombreuses sont les raisons mises en avant pour expliquer le phénomène. On a cru pertinent d’avancer que le climat tropical et changeant du Brésil est au cœur de cet échec, d’autres disent que la saison fut bien trop longue ou que la motivation des grands champions s’est effritée. Mais rares sont ceux qui pointent du doigt le système de formation des jeunes joueurs qui est clairement défaillant au sein de quelques pays européens comme en Russie, en Angleterre ou au Portugal, tout sauf un hasard. Petit focus sur l’Italie dont l’avenir est en plein brouillard.

«Quand l’Uruguay repartait en contre, elle le faisait avec une vitesse impressionnante. Notre football ne produit actuellement pas de joueurs capables de faire ce genre de choses, et devra donc inventer quelque chose de différent». Ces mots claquent tellement justes dans la bouche du désormais ex-sélectionneur Azzuro, Cesare Prandelli. L’Italie repart du Brésil après trois matchs et une seconde élimination consécutive au premier tour, deux défaites face au Costa-Rica et l’Uruguay, une véritable honte pour un groupe de joueurs qui se baladent avec quatre étoiles sur le torse. Alors certes, la Squadra a battu l’Angleterre, autre grand malade du football européen, certes les Italiens ont accroché une finale à l’Euro 2012 et une troisième place à la Coupe des Confédérations en 2013, mais toutes les certitudes qu’ils avaient pu afficher dans ces moments se sont écroulées aussi rapidement que le mental de Richard Gasquet.

Claudio Marchisio Italie

L’Italie à la croisée des chemins

Éternelle instable, l’Italie était notamment sortie de l’Euro 2004 par la case premier tour avant d’accéder au sacre mondial deux ans plus tard en Allemagne. Alors doit-on s’attendre à un grand retour de la Squadra en 2016 ? Rien n’est moins sûr tant le réservoir national de bons jeunes joueurs n’a jamais paru aussi près de la panne sèche. Premier état des lieux, la Série A n’est que l’ombre du championnat qui regroupait tous les meilleurs joueurs du monde dans les 90’s. Exemple criant, les stars du Milan AC, ont fait place aux seconds couteaux comme Bakaye Traoré, Kévin Constant ou Valter Birsa… Deuxième constat, en jetant un coup d’œil à l’effectif des boss de la Botte on se rend vite compte que les jeunes joueurs sont rares et que les prometteurs sont étrangers comme à l’Udinese ou à la Lazio où on préfère former des Chiliens et des joueurs des Balkans que des locaux. Vous comprenez mieux la situation ?

Verratti et puis ?

Si on regarde les joueurs de moins de 25 ans déjà présents ou susceptibles d’intégrer la Nazionale seuls quelques noms sortent péniblement du chapeau et un seul a pris ses responsabilités sur les terrains brésiliens : Marco Verratti. Encore loin du niveau d’un Pirlo, le petit milieu de terrain du PSG a bien annoncé à la face du monde qu’il faudra compter sur lui pour les années qui suivent. Alors qui pour l’entourer ? Chez les plus jeunes la situation est catastrophique c’est le désert complet, seuls Romagnoli (Roma, 18 ans) et Berardi (Sassuolo, 19 ans) font office de mirages crédibles.

Alessio Romagnoli (AS Rome)
Alessio Romagnoli (AS Rome)

Il faut grimper un peu plus dans la pyramide des âges pour trouver de quoi satisfaire l’avenir italien… et encore on n’y voit aucun fuoriclasse à l’horizon. Florenzi, Darmian, De Sciglio, Poli et Zaza peuvent être de très bons lieutenants. El-Shaarawy, Insigne et Immobile dans une moindre mesure ont goûté partiellement au gâteau du très haut niveau et semblent un cran au-dessus. La plus grosse énigme concerne et concernera toujours Mario Balotelli. Âgé de 23 ans, l’attaquant est certainement intrinsèquement l’un des plus talentueux des derniers buteurs italiens, mais sa folie ne le laisse pas tranquille et difficile alors d’imaginer en lui un leader pour le futur. Au pays du catenaccio, des Nesta, Maldini et Baresi, la vraie urgence se situe en défense où tout le pays attend vainement l’éclosion d’un grand. Andrea Ranocchia devait être celui là, mais à 27 ans ça semble mort pour lui. Un peu comme si on attendait encore que Philippe Mexès devienne Laurent Blanc.

 

Revoir le système

Donner les pleins pouvoirs aux jeunes semble encore un peu tôt et bouleverserait complètement les traditions d’un système trop peu habitué à ce genre de changements. Comme dans une bonne recette de cuisine, il faut les incorporer petit à petit et les encadrer par des hommes d’expérience. Si les retraites de Buffon et de Pirlo marquent incontestablement la fin d’une époque, l’Italie ne repartira pas de zéro à ce niveau-là puisque les Chiellini, Bonucci, Barzagli, Motta, De Rossi, Marchisio ou Candreva représentent le présent mais aussi le futur.

L’Italie, sa Squadra et son championnat doivent panser leurs plaies et repenser leur football. La fédération n’a plus de président, la Nazionale plus de sélectionneur et la meilleure équipe d’Italie est sans entraîneur. Le chantier est énorme, il faut réinventer la formation et surtout faire confiance aux jeunes au lieu de les trimbaler pendant 5 ans dans les basses divisions de co-propriétés (dont le système vient d’être enfin supprimé) en prêts pourris. Comme l’exemple souvent cité et encore très actuel de l’Allemagne qui a tout réformé en 1998, l’enjeu actuel dans la Botte n’est donc pas de trouver uniquement un sélectionneur, mais tout un staff et des formateurs tant en club qu’en sélection capables de redonner à l’Italie ses lettres de jeunesse.

 

Elias TOUMI
@Sir_Elias_

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