Mondial 1978: l’appel au boycott de la dictature argentine

Le Mondial 1978 en Argentine est marqué par la dictature du général Videla

Toujours dans notre série spéciale Coupe du Monde, à quelques jours du début du Mondial au Brésil, Les Remplaçants vous font revivre les histoires marquantes de la compétition. En 1978, la Coupe du Monde se déroule en Argentine, pays en proie à la dictature du général Videla. En opposition à la junte militaire, des voix appellent au boycott du tournoi en Europe. Retour sur une triste Coupe du Monde au cours de laquelle le sélectionneur  français Michel Hidalgo a failli être kidnappé.

Ce 25 juin 1978, dans un stade Monumental en fusion, Daniel Passarella, capitaine de la sélection argentine, soulève la Coupe du Monde dans une joie démesurée. L’Albiceleste vient de remporter chez elle son premier Mondial, en battant les Pays-Bas, 3 buts à 1, après prolongations. Devant plus de 71 000 spectateurs en pleine communion, le général Videla se frotte les mains. Lui, le chef de la junte militaire au pouvoir, a réussi son pari : celui de voir son pays triompher et ainsi montrer au monde entier que son peuple est uni. Mais en coulisses, les opposants au régime continuent d’être torturés et les exécutions sommaires se multiplient. Cette année-là, la Coupe du Monde a servi la dictature.

Videla remet la Coupe du Monde à Daniel Passarella

Videla remet la Coupe du Monde à Daniel Passarella

Tout commence en 1966, lorsque la Fifa attribue le Mondial 1978  à l’Argentine. Le pays est alors en proie à une grande instabilité politique. En 1976, le général Videla s’empare du pouvoir, et avec l’appui des organisations patronales, promet « l’éradication du cancer marxiste ». Comme un peu partout en Amérique du Sud, la dictature s’organise et les libertés sont restreintes. La torture contre les opposants s’installe, et les disparitions forcées se généralisent. A quelques mois du Mondial, des voix appellent au boycott de la compétition en Europe.

 

L’enlèvement avorté de Michel Hidalgo était l’œuvre d’une organisation luttant contre la dictature argentine

Face à  la violence du régime argentin, le Parlement suédois demande aux joueurs de choisir entre la participation à la compétition ou le forfait général. Après de nombreuses tractations, l’équipe nordique décide de faire le déplacement. Les joueurs allemands Sepp Maier et Paul Breitner prennent publiquement position contre la dictature de Videla. De son côté, le triple Ballon d’Or Johan Cruijff, annonce qu’il renonce à participer au Mondial en soutien aux victimes du régime (il avouera finalement en 2008 que son forfait résultait d’un stress généré par une tentative d’enlèvement subie par sa famille quelques temps avant le tournoi.)  En France, les manifestations pour le boycott de la Coupe du Monde rencontrent plus de succès qu’ailleurs. Elles sont l’œuvre d’organisations d’extrême gauche dont les idées sont combattues en Amérique du Sud. Des personnalités de gauche comme Jean-Paul Sartre, Louis Aragon ou encore Yves Montand soutiennent leurs actions.  Le COBA (Comité pour le boycott de la Coupe du Monde en Argentine) est un des fers de lance de la rébellion. Mais malgré la publication d’un journal (L’Epique) et la diffusion de tracts, le mouvement peine à convaincre la population.

C’est alors que se produit un événement rare. Le 23 mai 1978, la veille du départ de l’Equipe de France en Argentine, le sélectionneur Michel Hidalgo est victime d’une tentative d’enlèvement. Alors qu’il se rend avec sa femme en gare de Bordeaux, il est forcé par une voiture de s’arrêter sur le bas côté de la route, près de Saint-Savin. Un homme sort alors du véhicule, arme à la main, et demande au sélectionneur de le suivre dans le bois situé à côté. Dans un réflexe de survie, Michel Hidalgo attrape le canon du fusil et s’empare de l’arme. Les deux individus, surpris par le retournement de situation, s’enfuient à bord de leur voiture.  Quelques jours plus tard, les médias annoncent que cette tentative d’enlèvement était l’œuvre du COBA. Les auteurs voulaient attirer l’attention « sur la complicité de la France qui fournit du matériel militaire au régime argentin ». Sonné par ce qu’il vient de vivre, Michel Hidalgo hésite à se rendre au Mondial avant de se raviser. La France n’a plus connu la Coupe du Monde depuis celle de 1966 en Angleterre.

Une Coupe du Monde bien terne

Finalement, le tournoi se déroule sans accrochage. L’Argentine remporte la compétition malgré les doutes de corruption qui tournent autour d’elle. Seuls les joueurs des Pays-Bas refusent de participer à la cérémonie après la finale, en désapprobation du régime militaire. Alors que dans le stade Monumental, les supporters crient leur joie, deux kilomètres plus loin, les prisonniers politiques continuent de mourir sous la torture du pouvoir, dans les locaux de la Escuela Mecanica de la Armada. Non, décidément, cette Coupe du Monde n’avait rien de grandiose…

 

Nicolas DURDILLY
@NicolasDurdilly

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