Où en est le football tunisien ?

Point sur la situation sportive et footballistique de la Tunisie touchée par la Révolution de Jasmin

Alors qu’un peu partout dans le monde les championnats touchent à leur fin, la Tunisie semble se diriger vers un dénouement plus compliqué. Un an et demi après le « Révolution de Jasmin », l’ancien royaume de Ben Ali va mal et cela touche également le football. Etat des lieux d’un championnat en reconstruction…

Après un exercice 2011-2012 amputé pour cause de troubles sociaux, les dirigeants du football tunisien ont pris la décision de geler les montées et descentes. Leur objectif : mettre en place une nouvelle formule transitoire pour permettre aux clubs de l’élite et même de Ligue 2 de se remettre sur pieds.

L’organisation du championnat 2012-2013 est donc historique : deux poules de huit équipes avec des playoffs pour les deux premiers de chaque poule en vue du titre dans un « mini championnat », pendant que les trois derniers de la Poule A batailleront pour leur maintien contre ceux de la Poule B. Idem à l’échelon inférieur. Diminuer le nombre d’équipes par poule doit réduire les frais pour les clubs. L’intention est noble et ce fonctionnement paraît des plus simples. Mais la situation du pays a tout complexifié.

 

L’instabilité sociale complique les choses

La « Révolution de Jasmin » a eu raison du dictateur en place, mais n’a pas pour autant réglé tous les problèmes dans le pays. Au contraire. L’instabilité politique qui en découle laisse place à des épisodes de perturbations sociales. Le gouvernement a donc décidé de maintenir les matchs à huis clos. Cette décision représente un grave manque à gagner pour des clubs déjà en grandes difficultés financières. Malgré tout, nombreux ont été les matchs perturbés par des supporters passés outre l’interdiction. Pour preuve, le match opposant Gabès (Sud-Est du pays) à Sfax a du être interrompu. En cause, quelques « énervés » ayant décidé d’envahir la pelouse à chaque but…c’est-à-dire quatre fois ce jour là (2-2 au moment de l’arrêt de la rencontre). A chaque réalisation de leurs protégés ils manifestaient leur joie, et à chaque but encaissé ils descendaient des tribunes pour menacer le joueurs adversaires. Un spectacle vraiment hors du commun !

 

Les supporters turbulents ne sont pas le seul problème…

Outre les matchs perturbés par les supporters, le football tunisien connait bien d’autres maux. Le match opposant l’équipe de Hammam-Lif (banlieue de Tunis) à celle de Hammam-Sousse a lui aussi été l’occasion d’un scénario surréaliste. En effet, avant le début de la rencontre un groupe de « réticents au rasoir » locaux apparemment très enclins à propager la parole religieuse, se sont rendus dans le vestiaire de l’arbitre. Leçon du jour : « Notre équipe gagne ou gare à toi » (malgré nos recherches nous n’avons pas trouvé à quel verset cette leçon se raccroche Ndlr). Même si l’arbitrage n’est pas un des points forts de la Tunisie (rappelons nous la « main de Dieu » ou encore l’exclusion de Pitroipa en demi-finale de la dernière CAN estampillées « arbitrage tunisien »), il y a des situations que les hommes en noir ne peuvent pas accepter : match annulé.

Il faut également noter le cas de Gafsa (centre du pays). Les dirigeants du club, après quelques défaites estimées injustes puisque dues selon eux à des « erreurs d’arbitrage », ont menacé de se retirer du championnat à quelques journées de la fin. Ils changeront d’avis suite à l’intervention du Ministre des sports qui  promet « une surveillance accrue des décisions arbitrales pour la suite ».

Pour clore le tour d’horizon du quotidien du football tunisien en cette fin de saison 2012-2013, il ne faut surtout pas oublier les retards de salaires. Les joueurs souvent obligés de courir derrière ce qui leur est dû, en arrivent à se mettent en grève. Comme ceux de l’équipe d’El Kef (Nord-Ouest du pays) qui se sont rendus au stade de Radés pour le match contre le Club Africain (banlieue de Tunis) mais qui ont refusé de jouer.

 

Pour couronner le tout la Tunisie doit faire face à des affaires de corruption

Malgré toutes ces péripéties, la phase régulière du championnat est terminée. Place aux playoffs pour désigner le vainqueur … pas tout à fait. En effet, la Poule B remportée par un Club Sportif Sfaxien talonné par l’Etoile de Sousse est réglée. Mais c’est loin d’être le cas dans la Poule A où l’Espérance de Tunis, le Club Africain et Bizerte (Nord du pays) sont à égalité de points. Il faut d’abord noter que pour des raisons obscures l’Espérance de Tunis est d’ores et déjà qualifiée. Reste alors à départager les deux autres équipes sur la base d’un article 22 rédigé pour départager les égalités d’un « championnat à poule unique ». Puisqu’elles sont à égalité de points et que les confrontations directes n’ont pas réussies à les départager, il faut alors se pencher sur le troisième critère du règlement basé sur le goal-average. Problème réglé puisque le Club Africain a une meilleure différence de buts. Pas vraiment. Les dirigeants bizertins ne comptent pas en rester là. Certes le Club Africain à un meilleur goal-average mais pourquoi l’Espérance de Tunis n’est pas soumise aux mêmes calculs ? La situation est donc bloquée puisque chacun estime être qualifié. Pour compliquer le tout, les supporters bizertins se sentant lésés ont manifesté donnant lieu à des affrontements avec les forces de l’ordre.

Plus encore, Bizerte a menacé de ne pas représenter la Tunisie en Ligue des Champions Africaine (ils sont revenus sur leur décision). Pendant ce temps les choses suivent leur cours en L2. La L1, elle, est bloquée et attend la décision du Conseil National d’Arbitrage Sportif. Mais les choses ce sont encore compliquées ces derniers jours. Le Président du Club Africain a publié sur sa page Facebook des enregistrements où l’on entend un joueur de Bizerte et un joueur de Kairouan (Nord-Est) trouver un accord pour que le second laisse filer le dernier match de phase régulière. Ces accusations ont d’ailleurs été confirmées par l’intéressé. Affaire à suivre…

Depuis plusieurs semaines, les débats ont donc lieu sur la scène administrativo-judiciaire et non pas sur le rectangle vert. La Tunisie est empêtrée dans une situation de laquelle il semble difficile de sortir indemne. La « Révolution de Jasmin » a laissé la société dans une situation précaire et proche de l’implosion. Le football n’y échappe pas. On en serait presque à regretter le bon temps où Slim Chiboub (proche de Ben Ali) présidait l’Espérance de Tunis. Au moins à cette époque on savait déjà dès le début qui allait être champion…

 

Nourredine REGAIEG
@Nourregaieg_

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