Porto, alors c’est un bon cru ?

Bouleversé à l'intersaison, le FC Porto est-il capable de faire une bonne saison ?

Dépassé par ses deux rivaux en championnat et discret sur la scène européenne, le FC Porto a bouclé la saison dernière l’une des pires de l’ère Pinto Da Costa. Vexé, le président emblématique des Dragons a effectué un virage en angle droit en misant sur l’espagnol Julen Lopetegui pour redresser le club. Si pour l’instant la greffe est à peu près réussie elle soulève encore quelques interrogations, entre recrutement de masse, rigueur tactique et turnover.

Julen Lopetegui FC Porto
Julen Lopetegui

Après une saison pourrie et vierge de tout trophée, affirmer que le FC Porto a fait sa révolution cet été en choisissant le coach ibérique Julen Lopetegui, n’est qu’un doux euphémisme. D’ordinaire si conservateurs, les Tripeiros ont bousculé leurs habitudes et surtout leurs traditions. Avant que Lopetegui n’appose sa signature en bas du contrat, Porto n’avait plus misé sur un coach étranger depuis 2005 avec le batave Co Adriaanse et dans son histoire n’avait accordé sa confiance qu’à deux de ses compatriotes : Luis Pasarin en 1952 et Victor Fernandez pour quelques matchs en 2004. Avec l’arrivée d’une nouvelle tête pensante ce sont deux autres secteurs historiques du clubs qui se sont retrouvés impactés : la tactique et surtout le recrutement.

 

La fièvre espagnole

Recruter malin, dénicher des talents avant tout le monde et les revendre au prix fort est la marque de fabrique des Dragões. Deco, Hulk, James Rodriguez ou Falcao pour ne citer qu’eux sont tous passés dans les travées du Estádio do Dragão. Pourtant cette année si on jette un coup d’œil à la colonne des arrivées on se rend compte qu’on a un peu mis de côté la politique habituelle du club et deux choses nous sautent à la face : le nombre d’arrivées (plus d’une vingtaine) et la proportion de joueurs estampillés Liga qui ont signé.

Yacine Brahimi
Brahimi, numéro 8 se la joue comme Madjer

Le président portuan affirmait au début du mandat de Lopetegui « J’ai un maximum de confiance en lui ». Le technicien basque mis à l’aise par ces déclarations a réclamé et obtenu à peu près tous les joueurs qu’il a voulu, en chassant allègrement sur les terres voisines. Que ce soit pour des prêts comme ceux d’Oliver (Atlético Madrid), Tello (FC Barcelone), Casemiro (Real Madrid) ou des transferts secs de joueurs comme Brahimi (Grenade), Fernandez (Osasuna) ou Adrian Lopez (Atlético Madrid) c’est du 100% made in Liga. A ces arrivées ils faut ajouter celles côté terrain de  José Campaña, Marcano ou  José Angel et celles côté staff de Calero, Martinez et Arévalo qui font de Porto cette saison une enclave espagnole en pleine terre portugaise. S’il est impossible pour lui de nier qu’il a fait son marché avec des produits de sa terre natale, Julen Lopetegui ose une phrase qui sent bon la langue de bois « Tous les joueurs qui arrivent sont recrutés par le FC Porto, et non par Lopetegui, ils sont sur un pied d’égalité, qu’ils viennent d’Espagne, d’Algérie, du Brésil ou du Portugal. » Après avoir bien enrichi toutes les colonnes transferts des gazettes locales et obtenus les pleins pouvoirs de la part de son président Lopetegui se devait de transformer ça en résultats concrets sur le rectangle vert. Pas encore exceptionnels, ils donnent cependant un certain crédit à la philosophie que tente d’insuffler le technicien basque.

 

Tactique « Classico » et turnover

A 48 ans, Julen Lopetegui est loin d’être un grand nom du football européen et sa réputation n’avait pas ou peu dépassé les frontières ibériques. Avant de s’engager à Porto, ses seules expériences en club se résument à quelques mois en deuxième division à la tête du Rayo Vallecano et une saison à la Castilla. Ses véritables faits d’armes il les a effectué en tant que sélectionneur des espoirs espagnols. Vainqueur de l’Euro U19 en 2011 avec la génération Morata, Deulofeu, Alcacer, il récidive en 2013 avec les U21 des Isco et Thiago Alcantara. Coach au profil de formateur biberoné dans les couloirs de la fédération espagnole, il reconnait que son projet de jeu tourne autour du fameux tiki-taka mais pas que. « Nous voulons le ballon et être les acteurs mais, parfois, ce n’est possible et nous devrons alors comprendre comment il nous sera possible de jouer. » Le Porto version Lopetegui n’a pas abandonné le schéma légendaire en 4-3-3  qui a fait la la force du club portugais, mais il s’est adapté aux exigences du natif d’Asteasu. Adepte du turnover, il a déjà utilisé 22 joueurs en une dizaine de matchs et concrètement ça donne une équipe qui aime avoir le ballon mais quand le match s’endort ou se transforme en partie de handball Porto se la joue alors plus direct. Pour Lopetegui c’est simple c’est un peu de Barça et un peu de Real, rien que ça, et pour l’instant les résultats lui donnent plutôt raison. Deuxième au classement toujours invaincus en championnat, ses hommes viennent de subir leur première défaite de la saison en coupe du Portugal contre le Sporting, mais rien d’alarmant. En Ligue des Champions, le FC Porto est bien installé en tête de son groupe, le plus « hype » de la compétition en compagnie du BATE Borisov qu’ils ont explosé 6-0, du Shaktar Donestk et de Bilbao.

Ruben Neves en Ligue des Champions
A 17 ans en Ligue des Champions, au calme.

Et au niveau de l’effectif quelques têtes sortent du lot et seront certainement les plus-values de demain. Comment ne pas citer Yacine Brahimi, tricard à Rennes qui s’est refait une santé à Grenade avant de se présenter au football européen avec un triplé en C1 contre Borisov. Le duo colombien Martinez-Quintero déjà en place l’année dernière confirme ses bonnes dispositions au même titre que Danilo latéral fraîchement international chez les Auriverde ou le playmaker mexicain Hector Herrera. Et une fois n’est pas coutume à Porto, le véritable frisson cette saison est un portugais de 17 ans titulaire depuis la reprise. Ruben Neves numéro 36 sur le dos enchante tout son petit monde par son incroyable aisance technique. International espoir, on parle déjà de lui chez les A et la liste du nombre de clubs qui le convoitent ne cesse de s’allonger.

Si pour le moment le pari ibérique de Pinto da Costa est plutôt réussi il faudra voir dans la longueur si Porto tient la route face à un Benfica rôdé. Autre élément très important à prendre en compte ce sont les chiffres financiers des clubs portugais qui sont sortis ce mois-ci. La dette cumulée des trois grands clubs lusitaniens est de plus d’un milliard d’euros dont 209 millions pour les Dragons. Pour l’économiste Antonio Samagaio « Le football portugais vit au-dessus de ses moyens depuis des années. Les récents bons résultats européens sont certes dus à la qualité des acteurs, mais aussi à un endettement incontrôlé. Les trois grands sont en faillite technique. S’ils ne trouvent pas de nouvelles façons de se financer, ils devront réduire fortement leur train de vie. » Avec un Porto qui a investi près de 30 millions d’euros sur le marché cet été et en imaginant les salaires qu’il faut aligner pour attirer des mecs comme Martins Indi ou Aboubakar, le choix à long terme d’engager un formateur comme Lopetegui n’est peut-être pas si fou que ça.

 

Elias TOUMI
@Sir_Elias_

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