Quand les papys font de la résistance

Steven Gerrard et Frank Lampard font partie des papys qui vont jouer la Coupe du Monde 2014

A maintenant moins d’une semaine du début de la Coupe du Monde, il est désormais temps de rendre hommage à l’expérience. Si tout le monde a déjà fait le tour des jeunes pépites attendues au tournant au Brésil, Les Remplaçants ont décidé de se pencher sur les vieux grognards qui vont participer à ce qui sera certainement pour eux leur dernier Mondial. Tour d’horizon des dix petits vieux qui pourraient faire parler d’eux cet été sur les pelouses brésiliennes.

Gianluigi Buffon

Gianluigi Buffon

A 36 ans, le capitaine de la Squadra Azzura n’est certes plus au sommet de son art mais il a de beaux restes. Indéboulonnable à la Juventus avec qui il vient de gagner le Scudetto avec 102 points, il reste aussi le patron en équipe nationale. S’il a passé la Coupe du Monde 98 sur le banc et l’Euro 2000 sur le flanc à cause d’une blessure, « Gigi » Buffon va participer là à son 5ème Mondial. Depuis sa 1ère apparition avec l’Italie à Moscou en octobre 1997, le gardien de la Vieille Dame a parcouru un long chemin en équipe nationale. Malgré ses bonnes performances, il ne peut pas éviter le naufrage de son pays en 8ème de finale contre la Corée du Sud. En 2004, l’Italie se fait même éliminer de l’Euro dès la phase de poules. Au final, et malheureusement pour la France, c’est en 2006 que Buffon connait la réussite avec la Squadra. Une finale pendant laquelle il a montré le meilleur, une parade exceptionnelle sur une tête de Zizou en prolongations, mais aussi le pire quand il est allé voir le 4ème arbitre pour le pousser à demander l’exclusion de ZZ. En 2012, l’Italie est finaliste de l’Euro mais Buffon ne peut rien faire contre une équipe d’Espagne largement au dessus du lot. Bref, quand on sait que Dino Zoff a gardé la but italien avec brio jusqu’à 40 piges et que « Gigi » a pu profiter d’une fin de saison en roue libre avec la Juve pour se reposer, il est certain que ses adversaires devront s’employer pour le battre cet été. Du haut de ses 17 ans en Nazionale, de ses 139 sélections et avec sa coupe au Pento, Gianluigi Buffon restera dans l’histoire des grands gardiens de but.

Iker Casillas

Casillas le Superman espagnol

Si l’Italie peut compter sur Buffon, l’Espagne peut elle s’appuyer sur « San Iker » et ses 153 sélections. Celui qui est désormais numéro 2 au Real n’est pas non plus à son top niveau, mais il reste quand même une valeur sûre. A 33 ans, Casillas est devenu celui que Madrid ne sort que pour les matches de coupe. Ne vous y trompez pas il n’a pas pour autant le statut d’un Douchez ou d’un Vercoutre qu’on aligne que pour la Coupe de la Ligue ou la Coupe de France. Non lui a le privilège de jouer les coupes nationales bien sûr, mais c’est également lui qui tenait le but madrilène en Ligue des Champions. Tout cela avec le brassard de capitaine. Même s’il prend un peu un but casquette lors de la finale contre l’Atlético, Iker n’a jamais failli quand Ancelotti a fait appel à lui. Et si cette confiance aveugle que les Merengue mettent en lui sur la scène européenne, alors qu’il n’est que remplaçant, ne suffit à montrer son statut d’icône en Espagne, le fait qu’il reste titulaire en sélection en est la plus belle preuve. En place depuis la Coupe du Monde 2002, pour remplacer Canizares blessé, à seulement 21 ans, Casillas est devenu le patron de la Roja. Vainqueur des deux derniers Euro et de la dernière Coupe du Monde, le gardien espagnol a de grandes chances d’à nouveau soulever le trophée cet été.

Didier Drogba

Didier Drogba

Qui dit Côte d’Ivoire, dit forcément Drogba. Le joueur de Galatasaray (qui devrait signer à la Juventus cet été) est LE joueur emblématique des Eléphants. A 36 ans, il compte 101 sélections. Mais plus que ces performances avec sa sélection, c’est son rôle au sein de ce groupe qui interpelle. Le capitaine est devenu le « grand frère » mais a aussi aujourd’hui un rôle politique dans son pays qu’il le veuille ou non. Lui s’est toujours défendu d’appartenir à un camp ou à un autre alors qu’en Afrique le football à une dimension politique 100 fois plus grande que n’importe où ailleurs. Pour preuve, depuis 2006 Drogba profite de chaque occasion pour appeler au calme en Côte d’Ivoire. S’il est convenu qu’il mettra un terme à sa carrière internationale après ce Mondial, il ne fait aucun doute que Drogba va tout faire pour sortir par la grande porte pour la 3ème participation consécutive de la Côte d’Ivoire à une Coupe du Monde. Pour une fois dans un groupe à leur portée (Colombie, Grèce et Japon), les Eléphants seront sans doute un adversaire difficile à jouer pour tous ceux qui croiseront leur route. Ils devront notamment se méfier du duo Drogba-Kalou. Si Drogba a toujours militer en faveur de la paix, sur les terrains il est le premier à aller à la guerre et n’hésite pas à allégrement fusiller les gardiens.

Samuel Eto’o

Samuel Eto'o

Si Drogba refuse toute implication politique, Eto’o (33 ans/114 sélections) lui dénonce clairement les actions de sa fédération et des dirigeants camerounais en général. Comme l’Ivoirien, lui aussi est une sorte de grand frère en sélection. Mais contrairement au joueur de Galatasaray, il est loin de faire l’unanimité chez les Lions Indomptables. En effet, sa simple présence suffit à couper le vestiaire en deux. Si Eto’o divise au sein même du groupe, il est également la cause de nombreux tracas à la fédération. Depuis 2011, la guerre est déclarée entre Samuel Eto’o et ses dirigeants qu’il accuse d’amateurisme. Lui, la star camerounaise, estime avoir tous les droits quand il s’agit de SA sélection. Un égo sans limites qui l’a même conduit à ne pas s‘entraîner simplement parce qu’Alex Song avait refusé de lui serrer la main. Malgré une vraie-fausse retraite internationale et ces histoires internes, son impact en sélection est indéniable. Demandez à la Tunisie que le Cameroun a éliminé en barrages. S’il est moins prolifique depuis quelques mois, il est toujours capable de débloquer une situation. Et puis surtout, les « pro-Eto’o » sont prêts à tout pour leur idole. Peu utilisé cette saison par Mourinho à Chelsea, le Camerounais devrait arriver au Mondial assez frais même s’il est en délicatesse avec un genou depuis quelques jours. Ce quatrième et dernier Mondial pour Eto’o sera l’ultime occasion pour lui de laisser son emprunte sur le monde du football. Et connaissant la haute estime qu’il a de lui même vous pouvez compter sur lui.

Franck Lampard

Frank Lampard

Comme Eto’o, Lampard disputera son dernier Mondial cet été. Le Blues de Chelsea âgé de 35 ans, arrive au terme de sa carrière internationale (103 sélections). Si depuis des années l’Angleterre se repose sur ses vieilles gloires, il semble que cette époque est révolue. Lampard qui quitte Chelsea et qui ne joue plus avec la sélection anglaise c’est vraiment la fin d’une époque. Parce que l’air de rien, il défend les couleurs du Royaume depuis 1999. Mais aujourd’hui le joueur « box to box » qu’il était s’est éteint. Il a peu de temps de jeu et son rayonnement sur le terrain est moindre. Mais vous le connaissez le garçon. Il est toujours là pour vous sortir un coup franc au millimètre pour la tête d’un de ses camarades. Et puis même parfois pour mettre une bonne vieille mine à l’ancienne, sur coup franc ou pas d’ailleurs. Même s’il ne devrait pas être titulaire, Roy Hodgson sait qu’il peut compter sur lui. En effet, son implication totale n’a jamais fait défaut en sélection. En plus d’être de bons conseils, Lampard pourra donner un coup de main à son équipe dans un groupe compliqué où son expérience ne sera pas de trop.

 

Miroslav Klose

Miroslav Klose

Cet été l’Allemand pourrait battre le record de buts marqués en phase finale de Coupe du Monde pour l’heure encore propriété de Ronaldo (15 buts). Avec déjà 14 pions au compteur, le joueur de la Lazio a égalé la légende Gerd Muller. Et il ne devrait pas en rester là parce que malgré ses 35 ans il est l’attaquant de pointe de la Mannschaft par excellence. Il a surtout derrière lui des mecs comme Ozil, Kroos ou Gotze toujours prêts à déclencher une passe lumineuse pour que le Polonais d’origine égale et batte le record du Brésilien. Et puis il joue surtout dans une sélection qui est toujours présente lors des grands rendez-vous (finaliste en 2002, demi-finaliste en 2006 et 2010, finaliste de l’Euro 2008 et demi-finaliste de celui de 2012). Mais cet été les Allemands devront se méfier dans un groupe où ils croiseront le Portugal de Ronaldo, Cristiano cette fois, mais aussi le Ghana qui est une solide équipe très difficile à manoeuvrer. Pour éviter toute déconvenue, le pays entier compte sur Klose. Joachim Low le premier. Cette saison l’attaquant (131 sélections) n’a pas beaucoup joué en Italie et à son âge ce n’est pas une mauvaise nouvelle avant d’aborder une Coupe du Monde dans des conditions climatiques qui seront parfois très compliquées à gérer. Sa « fraîcheur » lui permettra sûrement d’une nouvelle fois répondre présent. Et puis de toute façon il n’a pas le choix : s’il veut marquer l’histoire du Mondial c’est cette fois où jamais.

 

Andrea Pirlo

Andrea Pirlo

Cet été l’Italie risque également de perdre une autre de ses cartes maîtresses. Si Buffon pourra peut-être en faire une de plus, il semble que cette Coupe du Monde soit la dernière pour Pirlo. Comme son gardien, le milieu italien a été sacré champion d’Italie il y a quelques jours avec la Juventus. Et comme Buffon, Pirlo a une grande part de responsabilité dans ce Scudetto. Grâce à des mecs comme Paul Pogba, le « métronome » peut se concentrer sur ce qu’il sait faire de mieux avec la Vieille Dame : distiller. Avec la Squadra, il sera aussi au cœur du jeu. S’il n’a jamais brillé par sa vitesse ou sa puissance, sa vision du jeu et sa qualité de passe sont uniques. Quand on le voit jouer avec sa nonchalance légendaire on se dit qu’il pourrait continuer à jouer dans son « fauteuil » pendant encore 15 ans. Mais à 35 piges, il espère un dernier grand coup avant de tirer sa révérence. Dans un rôle de pur relayeur, il devrait encore servir quelques caviars à ses camarades de l’attaque. Avec sa barbe et ses cheveux longs, Pirlo a désormais une dégaine de philosophe. Pas étonnant pour un joueur aussi intelligent sur le terrain. Depuis son arrivée à la Juventus en 2011 il a réussi à faire taire ceux qui le pensaient fini pour le foot et qui le jugeaient trop fragile. Au Brésil, l’Italie pourra encore confier les clés du jeu à « l’architecte » aux 108 sélections, pour pourquoi construire un nouveau succès.

 

Xavi Hernandez

Xavi Hernandez

Comme Pirlo avec l’Italie et la Juve, Xavi est le dépositaire du jeu de l’Espagne et de Barcelone. A 34 ans, il n’a plus ses cannes de 20 ans pour couvrir tout le terrain mais il reste dangereux sur tous les ballons qu’il touche. Capable de trouver des décalages à tout moment, et avec une attaque comme celle de l’Espagne, il est fort probable qu’il fasse encore un maximum de dégâts dans les défenses adverses cet été. Assez intelligent pour se gérer et laisser ses coéquipiers aller au charbon quand c’est nécessaire, Xavi est toujours dans les bons coups avec une dextérité à toutes épreuves. Du haut de ses 131 sélections, il est l’un des piliers de la Roja avec qui il pourrait encore participer au prochain Euro. Ce qui est certain c’est qu’au Mondial l’Espagne pourra compter sur lui. Avec Iniesta, ils constituent une paire géniale que le monde entier du football envie à leur équipe. Celui qui est un des rares joueurs capables à faire des 100% de passes réussies dans un match peu aussi être buteur. Et pas seulement sur penalty. Bref, dès que le ballon touche les pieds de Xavi tout peut arriver.

 

Ivica Olic

Ivica Olic

Il y a des joueurs comme ça qui ne font pas de bruit mais qui sont diaboliquement dangereux. Olic fait partie de cette catégorie. Celui que le FC Nantes n’avait pas conservé à la suite d’un essai en 1998 estimant son niveau « insuffisant » a bourlingué avant de se faire un nom. Entre Croatie natale et Allemagne adoptive les allers-retours ont été nombreux. Après un passage en Russie plutôt fructueux au CSKA Moscou, il retrouve l’Allemagne et s’impose comme joueur de couloir hors norme. En 2009, quand il débarque au Bayern il est voué à cirer le banc de touche derrière les Klose, Toni et Gomez. Mais Olic fait petit à petit son trou et fait ses preuves notamment en Ligue des Champions. Demandez aux joueurs de l’OL. Mais le Croate (91 sélections) est sujet aux blessures et n’arrive pas vraiment à retrouver son meilleur niveau depuis 2010. Il reste tout de même un joueur avec un énorme potentiel et qui peut être très dangereux. Cet été le joueur de Wolfsburg sera un des joueurs à surveiller côté croate dans un groupe A très relevé (la Croatie devra jouer contre le Brésil, le Cameroun et Mexique). Quoi de plus beau pour terminer sa carrière internationale qu’un Mondial au Brésil pays du football par excellence ?

 

Daniel Van Buyten

Daniel Van Buyten

Pour clore cette liste des vieux garçons qui vont jouer cette Coupe du Monde, il fallait bien citer un défenseur. Et c’est Van Buyten qui a l’honneur de représenter toute une profession. Les mauvaises langues penseront aux bouchers ou aux équarisseurs, mais on parle bien là de défenseurs. A 36 ans, le joueur du Bayern ne compte que 79 sélections dans une équipe belge sans grande histoire jusque là. Mais cet été, il se pourrait bien que les Diables Rouges soient la surprise de ce Mondial. Si l’ex Marseillais devrait être cantonné à un rôle de remplaçant comme en club d’ailleurs, Marc Wilmots a en Van Buyten un remplaçant de choix si Kompany ou Vermaelen ne tiennent pas le coup. En plus avec son mètre quatre-vingt seize il est l’un des défenseurs qui marque le plus depuis quelques années. Rien de plus normal pour lui qui était attaquant dans sa jeunesse. Si les défenseurs font partie des joueurs qui jouent le plus vieux au foot, il semble quand même que la carrière de Daniel touche à son terme. Avec un tel gabarit il est compliqué de durer. Et être à son niveau à 36 ans c’est déjà beau. Cet été il sera le seul joueur belge à avoir déjà goûté à la Coupe du Monde (en 2002). Comme la plupart des joueurs déjà cité, le défenseur du Bayern aura un rôle de cadre pour aider ses jeunes compatriotes à exprimer pleinement le potentiel que tous les observateurs leur concèdent. Mais que les puristes se rassurent, si on fait appel à lui, Daniel ne se refusera pas quelques bonnes interventions bien musclées.

 

On aurait aussi pu citer  :  Steven Gerrard (ANG/Liverpool, 33 ans, 110 sélections), Diego Forlan (URU/Cerezo Osaka, 35 ans, 109 sélections).
 

Nourredine REGAIEG
@Nouregaieg

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